‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 63 sur 269 · L'AUTEUR DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DRAMATIQUE

usent tant de ravages dans la population des grands; il a les propriétés du vitiver et du chlore : pas jeur dramatique n*est mort du chutera ! car Morean, oreau, cet auteur de tant de vaudevilles oubliés, il tombé victime du fléau que comme conseiller d*Eiii, feu Moreau, que la Révolution de 1830 avait nriiix flonflons, mort, à la fleur de son ^ge, conseil- Etat, vivrait encore s*il eût résisté aux embûches avoir. Eût-il été dévoré des hannetons, jusqu'à Ix d'honneur, dans sa tournée administrative, le

l'aimable, l'enjoué Romieu, s*il fût resté auteur unique vaudeville? mais les insectes des départesont très- friands de la chair des préfets, et je B pour M. Mazéres t A propos de départements, r dramatique veut- il aller promener sa gloire, lui EMDger d'air, ça ne peut pas nuire ; voyex le com- •m de police sourire bénévolement à cette réponse:

dramatique. — 11 s'agit d'un passe-port. — La Bon d'homme de lettres lui eût valu quelques ref s quelques signes invisibles de suspicion pour le vèter au prochain village. L'homme de lettres est caution ; mais la censure est la protectrice natum l'auteur dramatique ; grâce à elle, n'est-il pas En le plus politiquement orthodoxe de tous les a s, l'amuseur le plus crouslilleux de tous les w% publics ? Mais le pauvre homme ne s'appartient

fait partie du domaine public : on vend son porj^n buste, sa charge, il est à la foule, aux journau1 n*a plus de refuge, et quand il passe, il se trouve » badaud tout vain de le connaître, qui le signale '■ration publique. Mon Dieu! que j'étais heureux ^ jour où M. Paul Foucher, me prenant pour un «ligna me dire : i4rez-i*otii vu mon beau- frère? «iQ-frére, savez-vous quel il est? ce beau-frére, stor Hugo, Yti-enfant gublime, l'auteur de Ruyi«n que cela ! Moi qui vous parle et qui n'ai pas or d*étre membre de l'association des auteurs qiues, j'ai parlé à M. Paul Foucher, le bel>oncIe

de dieffiHi'œuvrel Je pourrais même vous le r au besoin. Je pourrais vous nommer les auleurs-

les auteurs-directeurs, qui se lisent leurs pièces Âmes, qui $e Ui reçoivent, qui ie lei jouent Je K aussi vous dire de quelle jambe boitent nos iciens. Je pourrais encore vous peindre embléiment MM. Théaulon, Mélesville, Guilbert de Oiuit, Ancelot, de Planard, d't^pagny et Bayard, sr sans peur. Mais il ne faut pas dire tout en un

ear dramatique du boulevard du Temple est toua grand gaillard, bien nourri, bien rubicond, qui >ia chapeau sur l'oreille, qui boil de la bière a la 'un café, près du théâtre, en fumant son cigare. iXiéme qu'il fume deux cigares à la fois, le soir de saiéres représentations. C'est le plus intrépide ad- V* de lui-même qui soit sous le dôme d'un théâtre; oit jouer que ses pièces, il ne comprend qu'elet] parle ingénument : Elles ne sont pas mal Quant à son collaborateur, il n'y a jamais rien ^ auteur-lé est ce qu'on appelle au théâtre le char- » Il dédaigne d'écrire, mais il corrige; il a son ''^ |>«rticulier, son style à part ; il lait toujours re- ^llection de ses drames pour l'ornement de sa Lêt|ue et pour rinstrudion de ses enfants. C'est ««luvagede l'auteur dramatique, c'est l i dramal*état d'anthropophage, il digère la viands crue, il ^B cailloux, enCn il croit é lui-même avec l'a- ^*tin maître en fait d'armes et la simplicité d'un

Auprès de lui, c'est un être bien débile que l'auteur dramatique de la rue de Richelieu, le fils des dieux, le successeur d'Àlcide. continuateur de Corneille et de Âlo« Hère, bonhomme à la voix flûtée, frêle colosi^ qui parle bas pour qu'on l'écoute. A l'entendre il ne prétend â rien, il veut tout ce que l'on veut, il ne gêne personne, pourvu que son nom soit sur Tafiiche. Ses sollicitations sont des ordres, et ses amis sont si puissants, qu'on tremble à ses moindres soupirs. Ses ouvrages sont d'ordinaire appris, répétés, mis en scène avant que l'administration ne se doute du titre; quel que soit leur mérite, ils doivent, quand même, faire des recettes forcées, sous peine de perdre de hautes faveurs, qui sait? peut-être la subvention. C'est le type civilisé de l'auteur dramatique : celuilà, il loue tout le monde pour qu'on loue les loges, et le primo mihi rime dans ses vers avec dévouement, avec bien généra], avec charité, avec sens commun et même avec popularité.

J'ai dit qu'on était auteur dramatique pour peu qu'on voulût le devenir; il y a cependant des gens qui ne peuvent jamais parvenir à l'êtie. L'exception, on le sait, prouve la règle, et comme l'intention est réputée pour le fait, accordons-leur le titre honoraire, s'il ne dépend pas de nous de leur donner les proflls. D'ailleurs ces gens-lé tiennent peu é l'argent : ce sont des imbéciles qui gâteraient bien vile le métier si on les laissait faire I Et d'abord ne veulent-ils pas que leurs drames aient un but ; ne tendent-ils pas é impressionner les masses dans une direction sociale; n'ont-ils pas égard é la vérité historique, é la vérité des caractères, é la vérité d'observation! avec eux pas d'invraisemblance, pas de ces coups de théâtre imprévus qui vous tiennent constamment les yeux ouverts, pas de ces péripéties laborieusement amenées; leur art est un art froid, raisonnable, fatigant, qui blesse les spectateurs dans les replis les plus cachés du cœur. Et que deviendrait le théâtre, bon Dieu 1 si l'on y faisait la guerre aux vices! Aussi, l'auteur dramatique non représenté est-il éconduit partout où le pousse sa mauvaise étoile; son signalement est donné, il n'y a pas pour lui de pseudonymes possibles ; tout le trahit, il n'écrit pas la scène u passe à tel endroit ^omme les autres ; sa conscience se manifeste si minutieusement par l'orthographe, par la ponctuation, par la simplicité et le natu^ rel des moyens d'exposition du sujet, et de développe ment, et de dénoûment, qu'il est toujours facile é reconnaître et é renvoyer.

« Monsieur, lui répondent tous les directeurs, l'ouvrage que vous avez bien voulu nous communiquer révèle une profonde connaissance des hommes, le sujet est neuf et intéressant, le dialogue facile et vrai, les caractères sont bien tracés et naturels ; on y distingue un esprit d'observation devenu bien rare : malheureusement il ne convient pas é notre théâtre de représenter une œuvre si remarquable, etc. > Cet homme-là ne peut jamais arriver jusqu'au public, il meurt inconnu, avec le chagrin d'emporter ses idées, son originalité, sa forme, son génie en un mot. C'est le type artistique du dramaturge; il sert é justiOer cette vérité devenue banale, que pour être auteur dramatique, il faut surtout, et avant toute chose, ne pas avoir de génie. Il y a encore une autre exception é la règle générale, une autre espèce d'hommes qui veut é toute force se faire auteur dramatique sans pouvoir l'être jamais, même au théâtre Castellane; c'est l'auteur qui a eu le génie de naître tout grand et tout riche, l'auteur titré, l'auteur qui donne é dîner, le véritable amphitryon : sa pièce a cinq actes, les vers ont le nombre de syllabes voulu, il consent é payer tous les frais; é faire exécuter les décora-

oâa

L'AUTEDR DRAMATIQUE.

lions et les costumes, à louer la salle entière ; il comble de cadeaux la principale actrice, il oflre sa bourse au grand comédien, il prodigue l'or et les caresses aux figurants, même au pompier : les journaux ont eu leur part dans ses largesses, cent mille francs jetés ainsi garantissent le mérite de l'auteur dramatique Eh bien, la magnifique tragédie est sifllée impitoyablement, les acteurs ae veulent plus y reparaître, les feuilletons s*en amusent, les amis s*en moquent, et le public à son tour, le public ]>nyant ne peut être admis à rire aussi, lui, du passe-temps aristocratique du grand seigneur. Il faut en convenir, le public payant nVst pas heureux.

11 y a encore Fauteur dramatique en jupons, la femmehomme de lettres, type diaphane derrière lequel on aprr* « çoit la figure étonnée du bourgeois de Blolicre. Mais l'auteur dramatique modèle, le grand auteur dramatique, celui qui résume en lui tous les auteurs dramatiques passés, présents et futurs, Tauleur multiple, c'est la table de Pythagnre incarnée. H pourrait dire â la rigueur ce que chaque trait de plume lui rapftorte bon an, mal an. Il vend en gros et en détail ; il fait généralement tout ce qui concerne son métier : des couplets, des drames, des comédies, des vaudevilles dans tous les genres, pour tous les goûts, à tous les prix. C*est le fournisseur breveté de toutes les entreprises; il a le monopole des théâtres royaux; ce qui sort do sa boutique porte son cachet; la province et l'étranger vivent de ses produits ; enfin, il est plus riche que ne le furent Voltaire et Beaumarchais à eux deux, tout millionnaires qu'ils fassent : maisons de ville» maisons de plaisance, chMeaux crénelés, prairies, vignes, labourages, hautes futiies, il a trouvé tout cela sur . du papier blanc avec d** l'encre de la petite vertu, bien et dûment, sans prendre dans la poche, ni dans le secrétaire de personne, au contraire, mais en pillant tout le monde, en chassant tous ses concurrents, ou pour mieux dire en les faisant tous concourir à sa fortune princiére. Qui voudrait ne pas lui ressembler! entendons-nous cependant; il a le front bas il fuyant, les oreilles longues et écartées, les sourcils épais, le teint rouge, un habit cannelle et la démarche pataude... mais l'esprit est léger, fin, délicat et gracieux comme les chifl'res arabes : avec lui deux et deux fv^nt vingt-deux, parce qu'il sait placer convenablement les choses. C*est l'agent de change le plus ingénieux! c'est Talchimiste le plus sur de son fait! dans ut heuTfuses mains, le cuivre devieni or^ et comme Vor est une ckimrre, il le transmute en propriétés foncières; pour confirmer cette grande vérité gênésiaque de notre | oil}*ine. si trivialomenl exprimée par le proverbe : ce qui ' vient de la flûte reîoume au tambour. Voilà la science hermétique de notre époque, et c'est ainsi qu'on n*in- Tcnte pas la poudre.

Gependtot ne crojes pas qu'il soit heureux sous le

soleil de son illastration» sar la litière àt m l'auteur dramatique uLÎversel. Sa ?ic ot il est condamné aux traTaaz forcés i perpè rouge de la renommée Ta marqué aa ci nous sommes mollement bercés dans aas sons de son galoubet, il Teille, loi, poari les vers que nous chantons si gaiement B k) sur ses doigts ; et le trait Bnal dn coopta, e l'inspiration, elle lui a demandé sept sans lesquelles il n*j aurait pas en de jours ni nuits. 11 va du travail de I' vail de la représentation : il faut lire anx ad faire répéter, et comment être à la mène ha théâtres difl'érents? ces vingt jeunes femBoi idolâtre, envie, elles sont toutes à loi; ni temps d'être à aucune d'elles'.' Quand nae d mine là, une autre ici commence. CestTiBtii des eaux. Prométhée sur son rocher, Ixioa a A l'Académie il se doit à lui-même de ae i d'avoir l'air d'écouter, d*aToir Tair de peB<«: tation le suit partout, le tient sur le qd m 1 pas, il ne saurait dépenser inutilement u h mais il écoute et il retient. D'ailleurs, c'eti donnera une idée, un avis» on bon mot; sa? d'une indulgence qui tient de Tabus ; la ftsj vorabic va jusqu'à lui supposer des inteaû:: jamais eues, jusqu'à transformer ses pléooisK tés ; a-t-il écrit par hasard : eertaîas uéa quaient, tout le monde se récrie : eoaavf'ri n'y a que lui en effet pour trouver de «fa Son cerveau est un ana méthodique, nmirà que, et sa plume puise à différents eDorisrM la joie, la douleur, en phrases toutes Im. ù i magasin de péripéties et de dênoûmat.isM moyens : toute chose lui sert pourra ^'A > > neuve, ni morale, ni hardie : il faut plâtOB sarder. De tout temps les idées noBveUsitfeB les réputations ; notre grand auteur émâ^* pas boire la ciguë. Boire! hélas, il a a phifti Mais c'est son hospitalité qui surtout ééàk ■< existence de dévouement et d'abo^HîMi ville, à la campagne, chacun travaille ai ses éplucheuses et ses dqprosslsscm.

che, tout le monde s'éveille et se BCt jeûner on rend compte de la 11 n'y a pas de ruche plus indu toutes les abeilles distillent; U»

pressurés, on en extrait le sue, et pare ce régal de miel et de lait qm, une manne abondante, tombe en peuple affamé, pour la grande pour maintenir son poids dans la

LA

MAITRESSE DE TABLE D'HOTE

AUGUSTE DE LACROIX

0 Yoas dont la santé robaste, flor S;:i: te,

Des plus riches festins peut sortir Uiomphante,

Approchez.

Bercdodi.

OU s iHes étranger, vous avùï vingt-cinq ans, et vous venez pleurer à Vàm la perte d'un oncle iTiiUionnaire.Aprésavoir ' ssayc de toutes les dis- |inciffïns, admiré conv^Tiâh Irritent toutes les 'ruerveillesde la capitale ^ lu ni»niie civilisé, le surpeibc dfimierdela place Louîs XV, avec ses cat de inarbre, ses roîs et ses reines de pierre et ses Ififfés; les piroueLtcs à atif^lescIroiM des demoiselles r, la ménagerie royale, la Ghamltre des députes et DGerts Musard; — un soir, en sortant d*un restau- BDommé, où vous avez fort mal diné pour dix francs, ous étonnez tout à coup d*avoir oublié, dans vos imites explorations, une des plus intéressantes curio- B Paris, — une chose qui a sa physionomie parti-

1, piquante, mobile et toujours originale, une chose Us attire et que vous redoutez peut-être comme un nr longtemps rêvé, — une chose évidemment bonne >*iiiéme, et que vous avez bien le droit de trouver ble, — ce qui fait le sujet de cet article.

2, le lendemain, quelques minutes avant six heures, >ii8 acheminez, sous la conduite d*un eieerone de is, vers le boulevard Italien» ou Tune des princi-

pales rues qui Tavoisinent, et vous montez ensemble au premier ou au second ét«ige d'une maison de belle apparence. Là on vous introduit dans un magniÛque salon, occupé déjà par un cercle nombreux et brillant. Votre protecteur vous présente, sans trop de cérémonie, à Ça maîtresse de la maison , qui vous accueille comme un ancien ami, et bientôt toute la société passe dans la sallei à manger. Le coup d'œil est ravissant. La table étincelle^ il n*y a pas moins de cinquante couverts, et les convive paraissent tous gens de bonne compagnie. Les femmesl sont généralement jeunes, jolies, mises avec recherche, gracieuses, avenantes, et abusant plus ou moins de leurs yeux noirs ou bleus, de la candeur touchante de leur beauté anglaise, ou de la provocante vivacité de leur physionomie parisienne. La maîtresse de la maison a quarante ans ; elle est grande, un peu fatigtiée, vise é l'eSet, et s'exprime facilement. Elle parle volontiers de ses relations avec le beau monde, de ses amitiés aristocratiques et de ses malheurs... car la femme qui préside à une table d'hôte à six francs par tête a toujours été belle, riche et noble. Les larmes, à la vérité, ont légèrement flétri sa beauté. Le tyran à qui on avait conflé son innocence et sa dot a également abusé de l'une et de l'autre, et, bien que la victime ne vous apparaisse plus aujourd'hui que sous l'humble nom de madame veuve Martin, ce n'est là, vous pouvez l'en croire, qu'une précaution dictée par une honorable flerté. Son véritable nom est illustre et sa famille très-haut placée. — U

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est rare que ce roman, flûte en si mineur â Toreille de quelque céladon en perruque, n*arrachc pas un gros soupir à i*hcureux conQdent. Sans doute, ie fond de Thisloîre nVst pas neuf, cl c'est là précisément ce qui fait son mpile et son succôs. On se prémunit contre les surprises, on repousse tout d'abord ce qui est extraordinaire; on est sans dcQance contre les choses vulgaires. Mais c'est dans les détails que brille particulièrement le talontde madame Martin. Quelle habilité à varier les épisodes de son récit, selon la qualité et le goût présumé derauditeur! (Jue de flnes broderies sur ce canevas usé! Avec quelle merveilleuse légèreté elle sait glisser sur ce qui peut déplaire, tourner les difticultés et raccommoder li'S contradictions! C'est, au point de vue de Fart, ;i tomber à genoux d'admiration devant celle profonde diplomatie, celte savante rhétorique de la coquetterie.

11 faut une grande expérience ou une perspicacité surnaturelle pour voir clair à travers ces nuages éblouissants, et tirer, du fond de son puits, une vérité qui ne gagne pas toujours â se montrer toute nue. Dans le fait, mad.-ime Martin n'est pas aussi inforlunée qu'elle veut le paraître, et sa douleur ne s'enveloppe pas de voiles tellement épais, qu'ils repoussent toutes les consolations. Si vous la surprenez plcumnlquelquelois, ce n'est ni sur sa fortune perdue, ni même sur sa réputation endommagée. Les regrets de madame Martin ont un fondement plus solide, et se traduiraieul assez Gd«*lement par le refrain peu s» nlimental d'une côlêbre Grand^Mère.

Madame Martin n'a pas vu le jour sous des lam!)ris dorés, mais dans la modeste soupente d'un |K)rtier, poétiqui' berceau, nid fécond, d'où s'envole incessamment cet essaim de jolies femmes qui font tour â tour le désespoir et la joie des amoureux incompris et des galants à la réforme. C'est de l.i que madame Martin s'est élancée un beau matin, de son pi« d léger, sur la sFCenc du monde, comme tant d'autres cbarniautes créatures de sun espèce s'élancent chaque jour sur la scène du Grand- Opéra, la corde ruiJe de madame Saqui, ou l'humble f.iuteuil de la modiste. Depuis, elle a parcouru l'Europe de toutes les manières et dans tous les équipages , à pi(d. à rheval, en voiture; en poste, en diligence, sur limpériate ou dans le coupé, selon les phases diverses de son inconstante fortune. Bladame Martin a beaucoup observé et beaucoup appris ; elle possède plusieurs langues, a étudié â fond les mœurs de plusieurs peuples, et connaît le cœur humain comme un livre longtemps feuilleté. Sa vertu a été soumise à bien des épreuves, et sa dc*itinée unie â bien des destinées. Elle a descendu une grande partie du fleuve de la vie en compagnie d'un I nonilire inihii de passagers compatissants et de pilo- I ip.% gf!iiéreux. Après avoir vu, à Tdge de dix-sept ans, : <Vleindre dans ses bras une di;s plus vieilles gloires de l'Empire, elle s'attacha â la fortune d'un jeune lord, qui remmena successivement à l^ndres, à Florence, â Vienne, en llus<ie, où il la laissa, sur les b;)rds de la mer Noire, ainsi que ses chevaux et ses équipages, entre les mains d'une bande de Cosaques irréguliers. Ceux-ci la vendtnnl à un juif, qui la revendit à un Turc, lequel la céda au d.y d'.Xiger. qui l'amena avec lui à Paris en 1851. C'est alors qu'elle établit, dans le plus beau quartier de la capitale, plusieurs riches magasins avec les châles, les étofles damas>ées, les parfums et les bijoux que le d#y ne lui avait pas donnés. Un jeune conmiis, à qui elle avait livré son cœur et ses marchandises, trahit l'un et vendit les autres, sous pr texte de venger le dey, qui n eu sut jamais rien. Madame Martin entra alors en relation d'amitié avec une société de femmes aimables, ((ui I*engagoreQt à fonder une table d'hôte sur un bon pied,

avec les d bris sauvés de ce grand naafragr frant, comme mise de foads à rosagedeso» émérites, leur habileté éprouvée a km ^ contestables.

Madame Martin n'est pas aenlement «aefe c'est encore une respectable dame parée, i de la vertueuse Cornélie* d'une charmante f tenient élevée hors du toit maternel, duot franchir ie seuil qu'aux jours et aux kein par la prévoyance et la sagesse de ta mm.! le salon de madame Martin réunît réiile de leurs; les femmes sont, â la Térité, rares, pr et mal mises, mais les hommes arconplic port de l'âge et de la fortune. Nadcnsist grande brune de dix-sept ans, qui danse b sa pension, et rédige la correspondance let petites amies, fait ici une véritable entrai i raire : elle a les yeux baissés, l'air candide. j mcnts et les exclamations un peu vives qn i apparition toujours inattendue lui c^waMm embarras, et elle court se cacher dan* In k mcre, avec un si-ntînient de pudeur vtr^eii d'admiration les spectateurs les plus espfriaM

Parmi eux se trouve toujours un hxmmU quantaine d années, cité pour sa fortoDftfvfr Ce monsieur est généralement désigné pnbu sous le nom de proUeteur. C'est â loi ^mwdÊà tin se hâte de présenter sa flile. La jeuep — ternellcment baisée au front, après vé ment rougi et fort gentiment joué ie pmar rôle, prélude au second sur son piano, tf voix de contralto adoucie, la romance dii^^ des champs. Ensuite vient la scène do^fiB fanlines, des agaceries innocentes, daUn^ mantes, des naïvetés délicieuses... A|Mifi«^< tante salue la compagnie, et retoanra attendant que son protecteur juge à pnpaitM sortir déCnitivement.

Il y a bien aussi, prés de la respedihkMi sieur qui pourrait, au besoin, pasfer pavii Homme de magnifique structure, orné i\ de favoris noirs, de brillants â plu chaîne d'or où pend un lorgnon. Ce , de faire, conjointement avec madame ncurs de la maison ; son administnlioa « déparlements, et son génie s'exerce toirâ salle à manger et dans le salon. II déeoaplii rige au jeu, avec une égale dextérité. Ifi tune envers lui-même ou les peroNiMi les intérêts.

Quant aux convives, ce sont, pour la garçons, rentiers de l'Etat, anciens flnauciers retirés, fonctionnaires et Les jeunes gens se montrent d'établissements, et n'y sont jamais pressement qu'on leur témoigne aillews.

ici, iMge mûr est de rigueur. Au resta, k Ai collent, élégamment servi, et les vins Midi désirer. Au dire de plus d*an coonaivev.ki vous venez de faire, et qui coûte vaut dix. Que devient dés lors la rcssante veuve? Voici le mot de !*<

Après le diner, vous rentres dans ft blés de jeu ont été préparées Vous .

d'elles, sur l'invitation de la maitiesâedeh vous perdes vingt-cinq louis en un fNrt cbance est pour vous, malgré la pnM^ main de votre adversaire, la Jolie iihktl'

LA MAITRESSE DE TABLE D'HOTE

ï21rt

idre lin si vif intérêt à vo^ succès vous demandera i!lil>lement à la (in de la soirée, une place d.ms votre lire, et vous ne tarderez pas a vous convaincre que I eo avez une autre dans son cœur, aintenanl, si voulez m'en croire, nous laisserons la maiNons niodi'les, et nous irons visiter â leur tour établis^; ments rrêcincnlés par la bourgeoi>ie des ommateurs à prix fixe, la table d*hôte à cin(|uante

ou trois Trancs. Ici, point ou très-peu de figures féines; mais, en revanche, les hommes sont nombreux ^néralemenl jeunes. L*élranger mode<le qui veut pas* *hiver à Paris, le journaliste du petit format, le proial qui vient d*hériter« le négociant ce il>ataire, l'emé bureaucrate du second degré, composent le perlel payant. Au contraire des grands élabli.ssements e <;enre, les consommateurs de passage y sont rares, femmes beaucoup moins fringantes, les hommes d'une nterie moins surannée. La conversation y est géné- , facile, souvent inléres.sante, et finit presque lou- 8, au dessert, par quelque di.scussion bruyante sur la ique, la liUérature, les arts et les llnctualions de la "sc. Quelquefois toutes ces questions s'agitent a la i'un b')ut de la table à Tautre. Alors c'est un brou-

à se croire au paradis des PunamSules ou à la ibre des députés, un jour où la milice du centre lie» avec sa merveilleuse intelligence, la savante Rnvre des couteaux d*ivoire avec accompagnement 3urra parlementaire. H n'y a pas de salon de jeu; 42 est servi bourgeoisement d«ns la salle à manger,

le gruyère de fondation et le pruneau quotidien. [ uefois seulement deux des plus vieux commensaux «nt sans façon, dans un coin de la sa le, une silen- ? et innocente parlîe d'écarté. Les femmes, s*il y ■le prennent aucune espèce d'intérêt à celte lutte :«nséquence, et chacun se relire pour vaquer à ses ->^ ou à ses a Ha ires.

I At au diner en lui-même, il est. comme le personcinnète et convenable, ni magnifique, ni mesquin, ipeu près, que peut le désirer pour ses vieux jours :« que la gloire n'a point enivré, ou le respectable sois arrivé directement de Quimper ou de Lons-le- «r.

inairement, ces établissements de second degré i« double physionomie : on y mange et on y loge. nanl un supplément de deux francs fuir jour. cha(|ue ^ peut être en même temps locataire d'une ou deux ^ves (selon leur dimension et le luxe de l'ameuble- . dont la maîtresse de logis s'elTorce d^ leur ren-

«éjour agréable et commode. Celle ci est une peïvnnie vive, accorte, qui ne s'eiTarouche ni d'un iment hasardé, ni d'un mot à double entente. Sa ion est d'être aimable avec ses hôles depuis six

I du matin jusqu'à minuit exclusivement; l'habileté l« à ne l'être jamais au delà. Le bon ordre et la ^ité de l'établissement dépendent de l'observation "eu^e de ce principe. Le premier devoir de sa pro-

II est d'entendre le moi pour rire, de promettre inlament, d'entretenir les rivalités sans haine, et de dnir constamment sa vertu entre ces deux écueils, [» et le trop peu. Pour cela, toute directrice de ta- ^àie à trois francs par tête doit avoir trente ans, les Ux bruns, la taille souple, l'œil exercé, la langue » et avoir joué pendant cFnq ans au moins les gran- *^lueUe$ en province ou à l'étranger. Si elle jjînt à i ces qualités l'amour de l'ordre et de l'économie, cceur inflexible à l'endroit des payements, comme iciarations de ses locataires, sa fortune est assurée : c^ote-cinq ans elle vend son fonds, unit irrévoca^

blement sa destinée i celle d'un séduisant commis voyageur, et tous deux s'en vont en province couler des jours tissus de joies conjugales, jusqu'à l'entière consommation de cinq mille livres de rente de la belle hôtesse.

Imn|édiatement au-dessous de ces établissements intermédiaires se présente la table d'hôte à vingt-cinq sous, qui mérite une étude toute particulière. Elle est toujours située par delà les barrières, ce qui explique la modestie de ses prétentions. Sa physionomie est d'une mobiLlé à défier la plume la plus exercée. Point de traits dislinclifs, poinide lignes arrêtées, point d'ensemble, de généralités ; mais des individualités saisissantes, des rapprochements heurtés, un péle*mêle de figures, de langages et de costumes les plus disparates. Le réfugié Italien et l'intrépide Polonais y représentent quotidiennement le héros sur la terre d'exil, vivant de l'amour de la liberté et des cinquante francs de secours mensuel inscrits au budget de la France. L'homme de lettres incompris, l'artiste ignoré, le spéculateur malheureux, le sous-lieutenant en demi-solde, le surnuméraire, le négociant en plein vent, la femme qui cherche à toute heure ce que Diogène cher, chait au milieu du jour avec une lanterne, le don Quichotte des carrefours, l'industriel de contrebande, l'homme qui écoute aur portes et dine des fonds secrets, tout cela, pressé, côte à côte, mange, boit, rit, parle, crie et jure moyennant vingt-cinq sous par tête, y compris le café. Les cure-dents se payent à part. Il y a aussi des cigares au rabais pour les amateurs des deux sexes ; car ici la plus belle moitié du genre humair;. pour mieux plaire à l'autre, ue craint pas d'adopter les goûts et les habitudes les plus antipathiques a la délicatesse féminine.

Rassurez-vous, cependant : il existe partout d'heureuses exceptions et des contrastes consolants. Des figures honnêtes et des maintiens décents se monirent souvent, de distance en distance, entre les profils plus ou moins rudes qui dressent, tout autour de la longue table, leurs deux lignes parallèles et mouvantes. Ça et là des conversations élégantes et des paroles polies s'échangent entre deux voisins étonnés. Cette confraternité de l'éducation se reconnaît d'abord : on se cherche d'instinct, des rapports s'établissent; ces différentes liaisons particulières s'agglomèrent, se centralisent, et il en résulte bientôt un noyau qui va grossissant, et une petite société à part au milieu de laquelle les excentricités du lieu n'aiment point à s'aventurer.

Un trait caractéristique de la table d'hôte, c'est la présence d'une ou deux jolies femmes (selon l'importance de l'établissement) qui s'affranchissent régulièrement chaque jour des prosaïques tribulations du quart d'heure de Rabelais. Ces dames sont placées au centre de la table; elles ne doivent pas avoir plus de vingt-cinq ans, être à peu près jolies, mais surtout excessivement aimables. On ne tient pas précisément à la couleur des cheveux, cependant on préfère les brunes : c'est plus piquant et d'un effet plus sûr et plus général. A ces conditions, ces dames sont traitées avec toutes sortes d'égards, exposées à toutes sortes d'hommages, et dînent tous les jours pour l'amour de Dieu et du prochain. Ces parasites femelles, qu'on désigne généralement sous le nom de moucha (soit a cause de la légèreté de leur allure, s;)it plutôt par analogie avec le rôle qu'elles jouent dans cdte circonstance), ne se trouvent néanmoins que dans les tables d'hôte du premier et du dernier degré. Elles ne se montrent point à la table d'hôte à trois francs ; la maîtresse de la maison les en éloigne avec une vigilance qui tourne au profit de la morale et de sa coquetterie, - deux incompatibiliiég qu'elle seule a trouvé le moyen d<r concilier.

LA SIAITiiESSE DE TAIILE D'HOTE.

Si jamais, dans un de ces accès d*hunieur vagabonde auxquels tout vrai Parisien est périodiquement soumis chaque année au retour du printemps, il vous prend fantaisie de franchir ia barrière pour aller voir, du haut des buttes Montmartre, se coucha r Tnslre aimé auquel vous avez Tobiigation de porter aujourd'hui un pantalon d*une entière blancheur et des brodequins d'un lustre irréprochable, permettez-moi de me joindre n vous, et de diriger votre ejccursion poétique. D*abord, des raisons particulières, et que vous allez connaître, m'engagent à vous faire sortir de préférence par la barrière Pignle. Au lieu de commencer immédiatement notre ascen^.ion par It rue en face, tournons, je vous prie, à gauche, et traversons le boulevard. Il o*tst que cinq heures et demie ; le soleil ne se couchera pas avant deux heures d'ici. Vous n*avez peut-être pas encore diné; dans ce cas, permettez-moi de vous ofTrir... un dîner à la barrière. Bah ! un peu de honte est bientôt passée, et je vous promets de ne pas vous trahir auprès de vos amis du café de Paris. Kous voici précisément en face de la célèbre table d'hôte de N. Simon. Levez la tôte et lisez, la. à côté de cette petite porte verte grillée, sur une afGche collée à la muraille : Table d'hote à 1 franc 25 centimes, servie tous les jours d cinq heures et demie. Allons... personne oe vous voit... entrez.

Déjà les tables sont dressées dans le j berceau de vignes et de chéTrefeiiiBe i toile en forme de tente. Prenons place, i tientez pas. Il est six. heures, à la vMc,^fe annoncé pour cinq heures et demie..

maître de céans. Or, règle géoêrtle, hl recteur de table d'hôte retarde heure. — Avec le quart d'heure de | d'une heure entière; pendant ce se refroidir et le gigot brûler; mais ks i arrivent, la table se garnit, et la reeedi

Ce monsieur, placé an centre de la 1 posé sur sa base, coiffé d*an bonnet gnet cliné sur l'oreille gauche, oonrert fM< c*est M. Simon, le maître du logis. Soi At autorité sur cette foule de têtes in distribue à droite et A gauche le BI. Simon ne parle guère que pour i sa parole est grave et son ton asnri. Sii. le sentiment de la digiAté penoaMlle«(|>^ ponsabilité qui pèie sur loi. Diu tas î ' vice, il se mêle quelquefois à ta i sins, tout en suivant de Tcdl les ( des consommateurs. Il apaise les i rire, calme leur a ir iwpsIIsMl. H I

LA BIAITRESSE DE TABLE D'HOTE

oii la lenteur de U cuisinière. M. Simon ment Tusage du commandement; il y a nposant dans toute sa personne, et une rable dans ses moindres mouvements, infailliblement sous-lieutenant, chef d'orducteur de diligences, on est une petite femme vive, maigre et s voyez voltiger incessamment autour de i table â la cuisine. Ses cheveux gris ont ringt-cinq ans, d'un blond charmant ; sa e été ronde et souple; rien n'empêche de lit des roses sur ses joues, et je ne parie- ( petits yeux n'aient excité plus d'un in-

soit, madame Simon semble marcher inr des charbons ardents : ses mouvements ^8 gestes pointus, et ses formes se desaigus sous sa robe étroite et courte. L'imontrainte se révèlent dans l'obliquité haregard ; il y a de Famertume dans son colère ctouÔëo sous la cornée jaunâtre de

Elle répond d'une voix aigre-douce aux ations qu^on lui adresse, et semble vou- K ses doigts crispés les suppléments gravoit forcée d'apporter aux estomacs réa de la vieille demoiselle dans toute sa matière d'un procès en séparation dans tes et langoureux qu'elle adresse â son le vue physiologique, madame Simon est ;mment bilioso-nerveux. — Je ne comimon.

•us le rapport de sa position industrielle, est une femme précieuse. Elle ordonne lu, surveille la disposition du couvert, la )t-au-feu, et recueille, entre le gigot et lUt accoutumé des convives. Elle a, pour pération, une formule qui fait beaucoup tolitesse, sinon à son imagination. A medécrivant autour de ta table son ellipse e frappe successivement et légèrement chaque convive inattentif, et lui dit, tent adoucissant sa voix : « Monsieur, je mis. » Et, à chaque station, comme une )prise, elle sourit de la même manière, 1 même inQexion caressante, l'éternel et Mf, je cominence par vous. » J'ai vu des artistes tressaillir au son de cette voix mner au contact de cette main osseuse, que vous examinez avec une curiosité inine personne dont on a vu la Ggure dans que, est un de ces industriels nomades )rtant, selon les exigences de la police, boutique, leurs marchandises ou rabais, i à vingt-cinq sous. Cette grosse dame, à lie, k la large poitrine, qui boit son vin

pur, met du poivre dans ses épinards, et ses coudes sur la table, c'est la compagne du négociant de contrebande. C'est elle qui se tient en permanence à l'entrée du magasin, comme une séduction vivante. Elle représente tour à tour l'étrangère attirée par la curiosité, ou la bourgeoise séduite par le bon marché et l'éclat des couleurs. Elle est chargée de se récrier incessamment sur l'excellente qualité des étoiïcs et de feindre d'acheter, aGn de pousser à la vente. C'est une variété de la famille des mottc^.

Le grotesque personnage que vous semblez écouter avec un certain intérêt est un type particulier aux tables d'hôtes, et qui mérite d'être signalé. La monomanie funeste dont il est atteint n'a pa^< encore de nom dans la science. Chaque jour cet homme dévore, avant son dîner, tout ce qui s'imprime de feuilles publiques, quotidiennes, hebdomadaires, arlistiqucs, politiques, scientifiques et littéraires, à Paris et en province, sans en passer une seule ligne, depuis le premier Paris jusqu'à h pommade mélaïnocome inclusivement. Ce Gargantua de la presse périodique éprouve naturellement le besoin de soulager sa mémoire de cette indigeste et prodigieuse consommation. —Avis aux voisins malencontreux. — Il vous prend à partie sur un mot et vous fait avaler, en manière de miroton, toutes les banalités et bribes de journaux déguisées et préparées à sa façon. Il est, d'ailleurs, emphatique et dôclamaleur, comme un régent de collège communal. Sa phrase filandreuse et lourde tombe, mot à mot, dans votre oreille, comme le plomb fondu, goutte à goutte, sur l'occiput d'un condamné. — Signalement : cinquante ans; grand, sec, teint bilieux; habit râpé, boutonné jusqu'à la cravate, pantalon sans sous-pieids, perruque rousse.

Ce gros homme qui trône à l'une des extrémités de la table rappelle, d'une manière assez heureuse, l'enseigne du Gourmand. C'est le même type de sensualité, la même figure large, bouffie, luisante et colorée, avec le triple menton, les petits yeux enfoncés et brillants, le front déprimé, l'air inquiet. C'est la gloutonnerie aux prises avec l'avarice, le gourmand qui dîne à vingt-cinq sous.

Je n'en finirais pas avee le portrait, si je voulais seulement esquisser les plus saillantes de toutes les originalités dont la table d'hôte à vingt-cinq sous nous offre une si riche collection. A madame Simon seule appartient la faculté de les saisir d'abord et de les bien comprendre, en les faisant concourir merveilleusement à l'harmonie générale et à la prospérité de l'établissement. Rapprocher les distances, vaincre les antipathies physiques et morales, veiller à la fois sur l'ensemble et sur les détails, dominer et faire mouvoir, pour ainsi dire, comme un seul homme, toute cette foule de prétentions rivales et de mâchoires en concurrence, — voilà le grand art de la maîtresse de la table d'hôte, le triomphe et la gloire de madame Simon.

LE MAQUIGNON

ÀLDEnr [IIRIISSON

ien qui notre époque ait duiïiic iifihs^nre <i une c!rr.-i}f\i]itc quantité ûù ftûUfun d^ toute ciptH'P, cl qu'elle ne p.ir^Use pas s'îtrrAtir ûam cette voîe ciiiU nf?iniiieiil [irogre&!^lv-e.

elle lie peut c^^pondjint usiir|\er La gloire d'avoir enfanté te m ji quignon. Le rnsquiEinon til né déduit loni;tem|i!t et i eu k*avant.iire ln*s-mmtê de ^rvir di' irickdt'le aux | lu^ fins eiploitcurs de U crédulité f] ïnçai^e et Mirtout p-wi^^lennc . Il«ls« qnoiquHI ne ne sa- le )4» du p-ind moule des Itoberl^-ïlacâîri's du dii-nf iiTHme >iocîe. ee ii'e>i pas a dire pour eeU qu'il ffYfft.di leur èLre inférieur. Il !e$ tiuI ti^us, il fOirrit de fitiê en MNip^iot lui r^^ueries à lut connoi^s qu'on d^iice [<our iiiT#iitii>it nk'eule, et rî^iit menifiUeasenient cifiiilîrm^ cet ai^ge. qu'il n'y a rien de nouveau ^ou^ le i*^k:L et que U moflii" de h f^xiètê a été di' tout temps de-liifcêe i èlrt du|4^ [*>r riuirr. Le niiqui^^^n s'acquitte de cette dernière Uvtie aiec iDÛoimaît d^esprit et d'a^fx^meut. Ce*t lui qui i euti'loiê le (premier loiiâ ces ■litfievï tnciniieuv arec te-^neh îi r^l d ufjpe, j^albis àïTt de bon ton. de beroer, dans toutes te.« classes et d. Ds loQs te? êl;its. Li bi-kohoniie du iteuf'le le plus ^^j* rituel dt t*uoiT«Tï. 1) ttt sdroiî. in^iou^^Dt ^a&d |ur> leur, d'un aplomb, d'une ix^unure lnipenuH'jit«les 2 Toas tous dëlict de lui, vous rou^ teuej fur ta rcMt re. târ %ouf C9nii»iïi^^et Pt$ nises, el rependant il r o*is prend ièmt piege , sânt ces«e empkije d um

c^sse avec succès, il fait de ▼0111 ee ^1 t.iirgment vou« éconta lês (larolcs, fia inlluenœ Ce n*eit inn à vok fau qoi HPJ lier, mai? a lut ^iil ; il ]t dit ~ raisonnement lo|ïîi|ue de Uml de il p.Trvienl â dopiiÉ r tint de 1égér«lé â à clieval lourd et ma^^if, de fin^ise i ea ' laut de vigueur et de Teii à ceUe iB/t ma que vous finisses l*oii gré, iimI gré^ pur M cH.inté. et que tous p^j^cx i £»»£ éeM le dépendant presque cei Uin d*Éclî|ne tf nFtte. Inutile de dire que rilluEtre nifM bon tout au plni â eûnduîre des cfaoni •■ nooeniSL

Il r a deoi eliKSec de maqDlfiioiis ^ v bTenI nullement, iicepté par ce poïal t'rdr j:^e inippréci^lile de îmm ffQ« qiriin rhe^jvl bai &X gris poinredÂ, el It^m-inds £iiDt d £ pur san^ anglaU, f H îf ROH mwrekûmd iê eàeraia*, D;»rjcture et entrepôt de onursiers pli et Je {rail, pui!^ le maqui§mim '

L' m^rrhrndde rlievaux est bdie i uî^ type tout i Tail tranclié H tortVBldesqfS Le plu^ >ouvetit il po^s^téde an ridie m"^ 1.1 rp^ Êf lire rubîrocHle l^fmiDeiit t^mk mile du Jiix, ce qui Ubsenil m.\ j7Uenp d'eau que (lour ne laire b et b.>nlionime, des manière» hnigiiiCi des yeji d'une obliquité peride t:l à'wm iratrice dont il Ci ut prabiidcrif^gt m êiÊm vâriaUleiiienl une redifi|ole 4e duit *w ses quadrupède» le afa

LE MAQUIGNON

3iU

igote grise du grand homme sur les vieux gro*

: i^a t«Heest surmontée d*iin chapeau trévS-rApé et forme antédiluvi* nne, qui lui srrt à la fois de préf contrf* les injures^ de Pair et de tambour pour

ses chevaux. Il est en outre orné en toute occann fouet formidable, sceptre respecté avec le<|uel €rne son empire piaffant et hennissant. Ce meuispensable ne le quitte jamais : il mange, il boit, "oméne, ii s*assied, il dort, son fouet «i la main : sntre son fouet et lui une adhérence que rien ne

briser. Otez-lui son fouet, et il perdra tous ses <es. Son langage manquera de Taccompagnement i> nécessaire ; ses chevaux ne marcheront plus, ne leront plus, ne feront plus toutes ces petites (sen- 58 qui vous séduisent ; c'est un homme démorauiné, son état est perdu; il n*a plus qu*^ mener (tes au marché. Quand il entre dans Técurie^ un îfDement annonce sa présence, et alors il se f.iit un inient général et précis comme sur la ligne d*un on. Toutes les croupes se rangent, s'alignent, les e lèvent, les oreilles se dressent, les chevaux sont Bques. Vous admirez et vous ne savez que choisir, rchand de chevaux le sait mieux que vous ; il fait m cheval dont il vous a montré la helSe tenue, et, Il qu*II vous entretient de rutililé que vous pouvez r, de sa docilité, de sa force, de son ardeur, de ses is univ< rselles, on le brosse, on le peigne, on le m lui introduit sous la queue une cert* ine quantité gembi-e. ce qui le jette dans une inquiétude conti- • et lui donne une apparence de feu et d'im|talience. tlors qu'on va le faire trotter : ceci est un des ; arts du maquignon ; car à cette allure se rêve- "dinairement les défauts d'un cheval. Un gaillard » et taillé hardiment, prend In béte par la bride et l serrée sous la mAchoirc, le maître fait claquer let, et lui pince fortement les flancs. Le cheval mé par une main ferme qui lui lève la tête, et par la lanière qui lui caresse désagrr ^.blem(*nt les t, sautille, gambade, se cabre : sa peur, son éton- I, changent son allure, le cambrent, lui donnent ouplesse et du jarret. Vous êtes ravi, émerveillé. ::hetez l'animal, et vous vous frottez les mains de avoir fait un aussi magnilique marché; de son e marchand n'est pas fôchc de s'être débarrassé 3éte dont il ne pouvait se défaire, et tout le monde itent. Le marchand de chevaux a un talent parti- |H>ur rendre un cheval beau û voir; pour lui arron> nime par enchantement, le ventre et la croupe, il rrit de pommes Je terre, de son, de carottes, que 7 N'étant pas mai|uignon, je ne puis vous le dire, fc serais, que je vous le dirais encore moins. Mais, t de huit jours, cti embonpoint factice tombe, le

vous apparaît tel qu*il sira toujours entre vos côtes saillantps, ventre flasque, croupe anguleuse. se qu'on appelle débourré. Le maquignon trouve rs moyen de vous vendre son cheval le prix qu'il t. Si cet honnête industriel e^l de bonne humeur, »8l toujours avec ceux que son coup d*œil exercé èle comme des acheteurs généreux, il fermera la 5 à toutes vos observations par .sa plaisanterie inte. Uahile à caresser vos faiblesses, il piquera voiour-propre par sa brusque flatterie, ou fera soustre ennui par ses calembours dVcurie et son rire iruyant que le claquement de son fouet. Il réfutera bt plus victorieusement toutes vos allégations, l'tgnoro rien de vos intentions cachées. Il sait si ivez envie de son clieval. si vous en avez vu d'au- WL vous êtes allé, li vous avez un vétérinaire, et

quel il est; il a des alUdés, des espions, une haute police partout : il met en œuvre un machi.ivéli^:me inouï de combinaison. Si vous venez visiter ses chevaux comme simple flâneur ou comme mand-taire d'un ami, il ne sera plus le même; il vous toisera de la tête aux pied.s, comme pour vous dire que vous n'avez pas r«tnfre et Tallure d'un acheteur de chevaux : Il ne se donnera [as la peini' de vous montrer lui même sa marchandise, et vous lais.«>era errer seul dans ses écuries. Ileureux si votre curiosité ne vous vaut pas ([uel<|ue morsure ou quelque ruade! Dans la vie privée, le marchand de chevaux n'a pins cette douceur, ce mielleux de langai^e et de manières qu'il prodi^'ue aux amateurs. Alors il est b »urru, haut de verbe, grand jureur, mari brutal : il se croit toujours à l'écurie di rri ère ses chevaux, gourmaudant, criant, fouettant. S'il a des enfants, il les traite absolument comme des poulains, les tient serrés, les fait manœuvrer avec la chambrière, et ne les laisse pas faire une gambade sans sa permission. Il se refuse, en général, toute espèce de plaisir extraordinaire; il est bien dans son écurie, il y reste : c'est là son atmosphère de prédilection, le milieu dans lequel il est le plus à Taise; il a garde de sVd séparer. Il est certain que, des qu'il en sort, ce nest plus le même homme; il est «mprunté, lourd, épais. 11 n*a plus la désinvolture qu'on reinari|ue en lui quand il se tient fièrement devant un cheval, le fouet à la main. Il ne sait pas donner le bras à son épouse : dans sa distraction, il irait presque jusqu\i la saisir par le cou ou les épaules : il ne comprend rien à ce qui Tenloure ; il est dépaysé, désorienté : tout pour lui n'a qu'une odeur, celle du fumier; tout se résume m un seul objet, un cheval. On conçoit que, avec cette idée fixe et tenace. les cho.ses extérieures doivent avoir pour lui fort peu de charme et d'intérêt. .Aus.si ne quitte-t-il guère ses pénates, c'est-à-dire ses coursiers, <|ue pour aller à la recherche de nouveaux élèves. Alors il parcourt les provinces, assiste aux foires, et s'approvisionne de chevaux qu'il baptise des noms qui lui parais^^ent se rapporter le mieux à leurs formes. Le Limousin lui lournira le cheval anglai.s, ou même aral)e (pourquoi pas ); l'Alsace, h Flan ire. la Normandie, le mettront à même di> .satisfaire aux nombreuses d. mandes qu'on lui fait de chevaux hanovriens et mecklembourgeois ; enfin, il trouvera aisément toutes les races de chevaux européens sans sortir de France. Et, au fait, nous autres Parisiens, nous sommes si bons enfants quand il .s'agit de chevaux, qu'il y a plaisir et profit n nous duper ; c'est une bénédiction. Pour peu qu'ui» cheval ait l'œil vif. la tête gracieusement pliée, et de lentrain dans le jarret, nous le proclamons tout de suite de sang arabe; pour peu qu'un autre ait les jambes fines, la tête mince, le corps svelte et allongé, nous crions au cheval anglais. Le marehand de chevaux nous en donne comme nous en voulons; nous n'avons pas le droit de nous plaindre.

Qurlqutfois le marchand de chevaux, quand il est riche et en réputation, se permet des promenades aux Champs-Elysées, dans une voilure plus ou moins bizarre, attelée de deux ou même de (|uatre chevaux. Mais il a beau étaler des harnois splendides, et se faire accompagner de laquais en livrée, on le reconnaît sur son siège élevé comme un second étage, à sa ligure enluminée, à sa forte membrure, à ses façons d'homme du métier. C'é'St bien pi» encore quand sa femme et une ou deux amies forment fa délicieuse partie de se faire voîturer ensemble. Leur morgue vulgaire et boursouflée, qui ne doit durer qu'un jour , leurs manières triviales, leur costume grotesque et mesquin, tout cela présente un contraste bouffon avec le luxe de bon goût et Sa riche

LB MAQUIGNOn.

li aime bien châtie bien : & ce compte-lé, on peut 18 flatterie que presque tous les gouvernements

leurs gouvernés. Il voudrait qu'on menât les la bride haute et avec un mors Secundo, Selon t le vrai moyen de les rendre doux et d'humeur ivolutionnaire. Avec un système aussi excentririsquerait fort de se prendre aux cheveux avec mes les moins passionnés en politique, pour peu t souvent ses opinions sur le tapis; mais c*est là mince sujet de ses préoccupations : il n*a garde T son esprit dans des régions aussi éloignées. En » il ne se soucie que fort peu de ce qui s'adresse ligence humaine. En littérature, il ne sait pas à [T ce que c'est que Victor Hugo, et il mettra le t ioeial sur le compte de Chateaubriand. Sa bi* |ue se compose du livre de poste, de quelques 18 sur l'art d'élever et de dresser les chevaux, et khe collection de Mathieu Laensberg. Ne lui dei rien de plus. De religion, il s'en occupe encore |ue de tout le reste. Il a tout matérialisé, tout i un positif désespérant.

le maquignon que nous avons peint jusqu'à pré- 'est l'homme domicilié, patenté, payant conlriet tenant sa place dans la société autrement que volume de son ventre. Il y a une autre espèce [uignon, le maquignon véritable et primitif, fuignon brocanteur: celui qui n'a pas de doconnu, mais que l'on trouve partout où il y a rai à acheter. Celui-là n'est plus comme le marde chevaux une espèce de pousiah aux jambes , aux joues tombantes, à la face écarlate, mararrément et plein d'une haute opinion de sa per-

c'est au contraire un homme fluet, sec, maigre, s courant, toujours trottant, ce qui nuit à 1 émit qu'il pourrait retirer d'une digestion plus tran-

et le rend efflanqué comme un lévrier de petite

;se.

n effet, il n'est pas de cheval d omnibus qui fasse

s chemin, parcoure plus de rues, de quartiers,

I tnaquignon brocanteur. Toute sa vie n'est

course sans fin. Chaque matin, son occupation re est de consulter les Petites-Affiches : une fois iseignements pris sur les chevaux à vendre et à r, il se met en route et va faire ses visites quoes aux écuries indiquées : il examine le cheval ^Dfiance, lui ouvre la bouche pour savoir son âge, »e les jambes pour vérifier s'il n'est pas affligé geroents ou de crevasses, le fait tousser pour s'asu'îl n'est pas poussif ou fourbu ; et il répète la opération à chaque nouvel examen. Il s'introduit 8 personnes qui vendent leurs chevaux, leur offre vices, son expérience (et il s'y connaît beaucoup elquefois); pour elles, il n'hésitera pas à faire en recherches nécessaires, par pure complaisance. îur conseillera pas d'acheter des chevaux neufs, ?s on n'a plus qu'à s'adresser à Crémieux ou à li son ministère devient inutile : il vous en dé*

les inconvénients : « 11 est bien plus snge, dit- Q8 cher en même temps, de chercher des chevaux ts, tout dressés, qui sont plies, assouplis, hnbila main de l'homme, pleins d'une grâce acquise e vigueur éprouvée. » Vous, bonhomme, qui souaimex que votre repos et ne vous occupez guère chevaux que pour vous dorloter dans votre chaude mode berline, vous vous laissez facilement séduire i arguments sophistiques. Mais, comme toujours ni se défait de ses chevaux a pour cela une raison 3, il s'ensuit que vous êtes trop heureux de les

revendre é moitié |Nrîs aa bout de troif seaiiiiies, grict aux bons offices du maquignon.

Le maquignon est Thorame de Paris qui ODooait le plus de monde : il donne des pmgnées de nains â on nombre Incommensurable de cochers, de palefreniers, de valets d'écurie, de valets de pied; il a des ramifications, des accointances partout : il ne s'est jamais conna d'ennemis. A la différence du marchand de chevaux, il est poli et souriant avec tout le monde; car il voit dans chacun la cause cachée de quelque affaire brillante. Il ne brusque et ne méprise personne : il n'est groom si imberbe auquel il ne fasse des cajoleries intéressées ; il scme des amitiés partout, à tout hasard, bien certain d'en recueillir tel ou tard les fruits. Maîtres et valels ont une part presque égale dans ses prévenances; car, si les maîtres achètent, les valets font vendre. Il se ménage des entrées en tout lieu : les antichambres, les écuries, lui sont toujours ouvertes et n'ont pas de secret pour lui. Il connaît non-seulement les personnes qui ont mis leurs chevaux en vente, ou qui ont été en visiter, mais encore ceux qui ont l'intention, le caprice fugitif de faire quelque trafic de ce genre. Il n'attend pas l'occasion, il la provoque et lui force la main : c'est l'intrigant le plus hardi qu'on puisse voir. Vous ne pouvez pas vous surprendre une pensée qui ait rapport plus ou moins directement à un cheval sans que le maquignon ne devine cette pensée. Il a un tact d'observation raffiné, un talent de seconde vue qui vous déroute et que vous ne pouvez concevoir.

Je suppose que, par hasard, après une promenade pédestre au bois de Boulogne, vous revenez à votre domicile un peu fatigué, et que le soir, seul dans votre chambre à coucher, tout en nouant autour de votre tête parfaitement frisée un véritable foulard des Indes, vous voyiez défiler fantastiquement sous vos yeux cette suite brillante d'équipages, et surtout ce délicieux alezan qui dévorait l'espace avec tant de vitesse et de feu. Alors vous vous dites follement en vous-même : < Tiens, une idée lumineuse !... Si je prenais un cheval... alezan, et un tilbury!... au fait! pourquoi pas? » sans songer que vous n'avez juste que ce qu'il vous faut pour subvenir à votre existence d'homme, sans aller encore vous charger de la nourriture d'un quadrupède aussi incommode et dispendieux à entretenir qu'agréable à voir. Et vous vous couchez avec cette idée, qui, au premier abord, n'est pas tout à fait dépourvue de charme; votre cheval vous galope sans cesse dans la cervelle, vous entassez les unes sur les autres des visions absurdes, et le lendemain, à votre réveil, vous haussez les épaules en songeant à toutes les billevesées que cette idée saugrenue a fait éclore dans votre imagination Cependant, au point du jour, vous êtes prodigieusement étonné de recevoir la visite d'un individu de mise équivoque et d'aspect hétéroclite, qui s'avance vers vous après avoir décrit un certain nombre de courbes, et après s'être acquitté consciencieusement de plusieurs salutations d'une politesse inconnue de nos jours. Vous faites asseoir l'aimable étranger, qui. après un préambule captieux sur les inappréciables qualités de la race chevaline, finit par vous offrir un très beau cheval de sang anglais, qui a paru aux dernières courses, et a été acheté cinq mille francs ; il vous le laissera, mais pour vous seul, an prix de six cents francs. Vous commences par tomber des nues, et vous vous demandez comment cet homme, ange ou démon, a pu avoir connaissance d'une idée vague que vous-même maintenant n'êtes pas bien sûr d'avoir eue. Êtes-vous somnambule, et avezvous été crier sur les toits que vous vouliez un cheval pur sang anglais? ou bien ce farfadet, invisible i l'œil

OACI

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