THÉOPHILE GAUTIER
uVst-cc que le rai?
va demnii der tout d'abord If Ipctcnr qui n'a pas riiabilude de Targol parisien. — VoiLi la qupfilion, comme dit H;imlct, prince de Danemark.
Est-ce le rat de riiistoire natur.lle. si biendiTril par BiilToii ?
— Ksl-ce le rat de rave, lo rat d égoul, le rat dVglisc? Encore moins. — Le rat, mal},'!»'* von nom mnle. est «n «Hro d'nn genre ômineninient fcmiiiin : il ne va ni dans les caves ni dans les 4:i"iiiiMN. 011 le nMiCiinlre ran-nuMil dr.ns les éponts, et plus raro ..eut encure dans les éijlisos On m» h* trouve qiip vers la rm' Lrprllelier, à rAcadômir rnalo d-» niii- Mipie, on la nie llit Inr, ou à la classe de dan >e; il nVxÎNle que lî; vous rhircluniz vainen: Mil nn r-l sur toute la snrfare du plob:'. Taris possi'do trois clioves que toutes 1rs cipirales lui envitMit : le !;.<niin, la grisrlte et le rat. Le rat i-st un gamin de tln'llre. qui a tous b-s dr^uts du gimin des rues, moins les bonnes qualités, et qui. c>inime lui est né de la Uévolution do juillet.
On appelle ainsi à rOp:Ta lr< petites filles qui se destinent a être danstUNCs. et qui liLurent ilauN Us r.s7)filÙTê. les lointains, les rois, les apoihi'oscs et autres situations où leur petitesse peut s'expliquer par la perspe> live. LMge du rat varie de liait à quatorze ou quinze ans; un rat de seize ans c»t un très-vieux r.t, un rat hnppé. un rat blanc ; cVst la plus liante vieillesse où il Tuiise arrÎTer, i cet ilge, ses études sont à peu près ter-
minces, il débute et dniise mi^fff»*' sur l'arCche en toutes littres; Q pmfeT premier, second, troisième sujet, « on^ mérites ou ses protections.
D'où vient ce nom bîiarre, o^RKp rieux, et qui. en apparence, a « pn ài l'objet qu*il désigne? Les él]nDoI«^vttf"rf' rassps : les uns le font descendre do orci' cophte, ceux-là du syriaqne, Cc'iu-Uài^ haut allemand, selon les langues qiHivf
Nous pensons que le rat a été ippc^/ à cause du sa petitesse, ensuite à cm rongeurs et dcstructirs. Approcbeifa rez brocher des babines, et dire alkr comme un écureuil qui d^«tesMi passerez pas à côté de lui sans < craquements de pralines croquées, lei de croiites de pain broyées par de \ qui font comme un bruit de souris S son bomoiiymc, il aime à prali.|Mr i toiles, à clargirlesdi}cbiniresdestf ~ texte de regiirder la scène ou la n le plaisir de faire du dég.1t; il va, ^ les escaliers, grimpe sur les i ment sur les impraii€ab'e$. paictHlAl ebeveau inextricable des conidonkiir sous, jus-iuaux frises où Tap paradis et les g/otrei; ivi sea les détours ténébreux et soalcmiHk* ruche dont chaque aW éole est i blic soupçonne à peine U <
Le rat D*est à son aise qu'i Vi sique; c*cst là son trai milica. DiQr*^
LE RAT
CJ'WVM
Lsson de la Chine dans son globe de cristal ; coudes contre son corps comme des ailes ou is, et file en frétillant â travers les groupes rés. Les trappes s'ouvrent, le plancher man- I pieds, la cime d'une forêt verdoie subiter de terre; les lampistes courent çà et là porigues brochettes de quinquets; un plafond escend des frises, les hommes ^'équipage
ainsi les machinistes) emportent sur leur ftil gothique aux ogives menaçantes : le lat nge pas de son chemin, il se joue de tous is. N'ayez pas peur, il ne lui arrivera rien ; plein de sollicitude pour lui, ses angles ren- )tent merveilleusement aux angles sortants s : le thé&tre est sa carapace, il y vit (laideur ne Quasimodo dans Notre-Dame.
In rat est une figurante émérite ou une por*
le cas est plus rare : Irs filles de portières rrincipalement A la tragédie, au chant, et au- Uons héroïques; elles préfèrent être prinit au père, il est toujours extrêmement vape, aère se démontrer que par le calcul des proest peut-être un marquis ; c'est peut-être un
4 Quelle singulière destinée que celle de ces pauvres petites filles, irêles créatures offertes en sacrifice au Mi* notaure parisien, ce monstre bien autrement redoutable que le Minotaure antique, et qui dévore chaque année les vierges par centaines sans que jamais aucun Thésée vienne à leur secours !
Le monde n'existe pas pour elles. Parlez4eur des cboses les plus simples, elles les ignorent; elle ne connais* sent que le théâtre et la classe de danse; le spectacle de la nature leur est fermé : elles savent à peine s'il y a un soleil, et ne Taperçoivent que bien rarement. Elles passent leur matinée aux répétitions dans une pénombre crépusculaire, aux lueurs rouges de quelques quinquets fumeux, ne comprenant qu*il fait jour que par les filets déconcertés de lumière qui se glissent é travers les treillages du comble et les portes des loges. Quand elles s'en vont i deux ou trois heures de Taprès-midi, les rues leur semblent nager dans cette lueur bleue du matin, dans m reflet de grotte, d'azur, dont le constraste est si firappanl après les nuits jaunes du bal et de l'orgie : elles ne dis* tingueraîent pas un chêne d'une betterave; elles nt voient que des arbres peints, les malheureuses! Biles sont entourées d'une fausse nature : soleil d'huile, étoilis de gtt, ciel de bleu de Prusse, forêts de cartMi déeoupi.
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LE RAT
l>nbÎ5ilf' loîEe A InrHinn, torrent*; que Ton Tait tourner avec iirif manht'^ln; tUe^ vivent dnns des limbes nb'fca- T^Si, d,iiis ijïi nmniln rie ronvf^ntînn, ou jonifiB rren de ri'fl ne peut pênvEn^r, n-j IV^n voit toujours Thomine et
Le p4Mi de nnlinn^ qu'elles peuvent avoir se rapportent ionles mn ù^fha^ H ant Ultrt<-' du répertoire, «c Àh j ouL c'e^t cnr^tme dans la Jiiw ou la RévaUe au Serai!, » e>t imc réponse quV'lIfs font sou veut : c'est par là 'fii'elles ont Dp|ns t\u\\ y r.vaii des Italiens, àe% Turcs, de^ E-p,i;^n'>lK, Cl PiLiis Lomlrcs et Vîpnne n'étaient pas I s s nies vill s du niOnde, LÏTudîliou u*eNl pas leur fort ; c tst loiïl au plus si elles savent !îre, et leu»" éerilurL' est tjiif'l |ue clifis^e de pnrfaitement hicropflyiihtqne, qui^fllhiiiipriUîrin ne dr^cliiflrerait pas: elles reraieut mieui d'écrire a vie leurs pîed^ ; ïh sout plu^ exercés et ylm A'iniîB que leurâ nip-iîns! Quant à l'orlhogrA|Jiep il esl iriulilr d'en pr^rler ; la ÏKJÎîfî aux l«*llre* de G.iraroi vous va a doiiiLÙ di: nombreux tchontilhns. Du vei^it te pajiîir L\\{ s:iiiiii'', giulîiT, nsoïrCj doré, enluminé, et répare la p^ïtiv ri'Lé ilii >lvle ]i r sa inaL'jiificfnce : tout celt est sec t lé dt?. cire MipeHluc. p^rFumee, rouge, verte, k1»n< eliL\ s^nbEi'c dt! poudnï d*OL% «i moins cependant que ce ne .%oît avec de h mie dr jinin tuAchée^ ou un pain ^ ca* cbelcr empniîkté à rt'jiii-jer, ce qui arrive rrpt|uemment. Les min: A femmes rîi* lliéUrc n'ahordcnl la scène qu*a iiiîz^ ou dh liLkil nii^ ^ ju!;i|Ut>lû elles ont vécu de la vie glanera le et commune : ilh's ont étù â la campagne; elli's >onl .scjrlîe^ eu plrin jour; elles ont vu des hommes i.ï lies r(MTin!e.4. des marcliHOjiU cl des baurgeoîsï elles ont uni* idée du h machine sociale, cl comprennent 1^ rajipoils lîi'S classes 4 ttlre elles. Le rai » cU' pris dn si bonne Ut: un* daiis cette immcnî^e souricière du Lbe^lre, qu'il n*a pa<ï eu le lem^is de soupçonner la vie bumaine : â r.kc oii le-i roses de mai s^épnnouis^ent tout natureremeiit sur le?; joncs des enfauls, la pauvre petite vîclime a di*jà p^ll sous le f»rd ; ses membres onldi^à été brÎMis p.ir ks tovLurcs do la salle de danse ; les grâces ndvcs de 1.1 jeimesse sont remplacées chu elle par les gnlec^ Itloneusc^ de la cborèg rapide. ES a mère lui donne îles leçons d'tEÎIlailcs et de jeu de prunelles, comme on ap- |reud anx enfairt^ ordinaires la gêoi^raplde cl te catéclô>uie, Sur Ci^tc pauvre crénture cLiolce, aux bras amaiî^ri^, (i Viv'û plombai de faliiruef repose Tespoir de la f., mil le, cl quel cspùîr, grand Dieu!
Tar iiîte alli.ince élratigc, le rat réunit des contrasies inexpiîrrihk'f en apparence : îl est corrompu comme un vîeiix dîplouialc ti nn'il comme un sauvage A douxcou irtlfA- ans* il ferait rotifrir un ca pi laine de dragons, et en n MLOutretMit mu plus ëboutécs rourlisnneti ; et les ange^ rirsiieiît d'iu^ le ri- 1 ib' îrur fionrirc trempé de larmes eu euh mil rit les aiU^rnUles sim plie t tés qui lui ëclia^pent : fl conuail la débaucbc et mm l'amour. Le vice el non Je vîe.
Kous alloua Iriieer, pour rédîfication du public, qui ne s*imii{:iiie pa^ h t]ï\A bornble travail on se^oumi-t pour lui plaire, rhisLortquc de la [ournée d'un rat* Celle d'rui cliev'i) di lîaf^re ou d'un galérien est une partie de plaisir en erimparaî>mi,
A buil bi'uris au phis tord, le rat Fôu*e â bai de son lit, pas>e un peignoir de chambre, se coi (Te, fait sa toitelle, i^arnil ses cliau koos de danse, et mm^e à la hâte un niaiLTC tb-jeuner, dont le café nu lait suspect, Td^re radis el le beurre de Brcla>(ne font habituellement les frais; car la cuisine du rat est éminemment tuceînde, SI » ap] oînïemi nls ne dépassant guère sept à huit cents francî! p^r an. Ile déjeuner terminé, le rat, Uanqué de sa mère véiitable ou de louD^i^^ef horrible vieille avec un cha-
peau d'âne savant, no tart» EtnwiUWe, ni éplnré, un cabsa fionrré de se met en route fieur la répétîtimi m h i selon que les hetire^ ont été dlsposea. Terpsychore tn herbe s'est hubilléede^kl robe de salin, avec plumes ei diiDinU; I robe d'indienne, et même en JnpûBs, i vendu 5a défroctue pour en boire It i que maehitiisile ou qae^n« garde i la classe, renfant te dè^bjhtlk ies revêt le costume de daiKe siste en une jupe courte de moMBClni I Kalln uoîr, un corset de basm, des bis i un petit caleçon de percale qui i et remplace le maïllof, qui ne se mt soulier de salin blanc ou cJbatr itê termes techniques, et mérite une liére, La »emeUet très -ëv idée dans h \ jusqn*iii boni du pied ; elle te laisse déborder rciotTe de dem coupe permet d'exécuter les ponOascai de point d appui articulé; mais, du corps porte sur cette partie dtt i praîl inévitablement, la danseuse a { ûls, et de la garnir i peu près com font aux talons des bas qud I'iib ¥«rt liil temps ; le dedans est soatemi d'iae Inl bout eitréme d*iiiie langueUa de plus ou moins épaisse, selon la 1^ rcE^te du chausson est ch^ircHiiié i Incfs de rubans cousus « cheul ; il ffi r^nres au quartier, maioteoit en ^pri biut de faveur de la couleor du fan^l lousc. CeehjUssûOp touiiiî par le I fni.s s'il est blanct dii fois ail eit écrit sur un ctroet les noms 4et sirvi.
Sliintetiani qne le rat est font les l lieu de ses eiereîcei : c'eai ooe i digeonnée avec de la pemture an U*!
Ion chocolal aaseï horrible.
comme celui d'au théâtre, vers le fauteuil du maitre, demi le gkce pa?;i^ableD]ent terne; tin grand n'est pas besoin de chaufTer benoi ..
sylphides est violent et proviM|nt â II i angle de la pièce; i droite et i gavcie. portes mènent aux vestiaires- tu i a fleurs blancbeSp posé à angles d'entrée, em|'èehe le perfide Ttit i de caresser trop aigrement les i^ deux fenêtres éclairent cette Tasîii vt re el Irlsie qu'on iirendmil |li||| | , tente de présidiil ou de ocMf oit qei j Hs et des j>tix Le l<m^ des mun MMI4 pons de fer et des triversea de Ma« éfâ i cile â un bourgeois oatfdaderiaarl ont de vagues resiemblanees avec torture el les chevaleUi d'estrapade il I lait la bonne et honnête if«ra 4n nÀam' lement assis, sa pochette à la «ai trop rassuré.
La leçon va commencer. La ni, j soir de fer^blanc peinl en vait, t et grés^illante sur la place 1H1 Ire la pomusière et dépolir fMlHI.Cfdi de l»on goût que d^arroaer 1 1 rivale : cette attention te ei
LE BAT
es réglen. Les mères, flanqnées de leur insépnbas, sont reléguées sur une étroite banquette de d'Utrecht pincée du côté de la glane. Au sîi(nal ch»'tte, le rat enlève et jette à sa duena le moule flcitu qui lui couvre les épaules, aître fait exécuter des assemblés, df^^ jetés, des f jambe*, des glissades, des changement^ de pitd, leiés, des pirouettes, des ballons, des po ntes. If haitemmU, des dévelop es, des grands (ouriélévations, et autres exercices gradués selon la K élèves : tontes font le pas ensemble, et vienuite le refaire devant le professeur, trônant graeulre deux chaises, dont Tune supporte son r ot ses gants, et Pautre sa mbntiere; dans les es, elles vont se pendre aux crampons pour exô- 8 plies, et s'exercent à faire des arabesques en urs jambes sur ces traverses de bois dont nous irlé tout à rheum. Elles restent ainsi le pied à nr de Tépaule d.ins une position impos.^-ible qni milieu entre la roue et récartélement. Âuirelois eait les rè^irides suffisamment punis en exagcpeu cet(e position. Ces travaux ont pour but dir les jointures, d allonger les muscles, et de dn jeu aux jambes La danse commence par la tique, et la s\ Iphide future doit mettre ses pieds lK)ttes. Une heure de cet exercice équivaut à six vec des hottes fortes dans les terres labourées, temps de pluie.
cela se fait en silence, courageusement avec un parfait. Lesélève8,qui ont besoin detout lesoufurs poumons, ne fusent pas é de \ain< s paroles; ntend que la voix du mattrequi adresse des obms aux déliquantes. • Allons donc,, les genoux s. les pointes en dehors, de la souplesse, douce- I mesure, ne sabrez pas ce passage. A>(laé, un jrire, montre un peu tes dents, tn lésas belles; à-bas, tiens ton petit doigt recoquillé quand tu la main, c'est marquis, c'est gracieux, c'est rédes mouvements ronds, mademoiselle, jamais ! l'angle nous perd. Eh bien ! Emilie, qu'est-ce e cela? nous sommes roide, nous avons l'air ipas forcé: tu o'aspas travaillé hier, paresseuse: iable, cela te recule d'une semaine. > Le maime on peut le voir par ces lambeaux de phraie toutes ses élèves, grandes et petites : c*est
iseuse est comme Applles ; elle doit dire : nuUa f Hnea. Si elle res'e un jour sans travailler, le in ses jambes sont prises, les articulations ne is si facilement; il lui faut une leçon double remettre : depuis l'âge de sept ou huit ans, elle les jours les mêmes exercices Pour danser pasit. il faut dix ans d un travail non interrompu. on unie, le rat va s'asseoir sur la bnnquettc, >pe soigneusement pour ne pas prendre froid, de rentrer dans le vestiaire, laisse errer uu roses compagnes qui dansent encore, ou sur le lin que l'on aperçoit de la fenêtre. Ce sont des les et de plantes grasses posés sur un rebord de es géraniums écarlate et des lianes grim|iantes» s et safranées. Ce coin de verdure égayé un peu lélas! ces fleurs sont peintes, c'est un morceau ation que l'on a cloué sur le mur pour simuler I :'ce petit jardin, si frais et si riant à travers la umée, est une coulisse d*opéra, une impitoyable
a te. trempée de sueur» les pieds endoloris, la rentre dans le vestiaire, se dépouille de son
costume, change de linge et se rhabille. On a dit que la vie de la femme |K)uvait se résumer en trois mots : elle s'habille, babille et se déshabille. Cela est vrai, surtout de la Glle d'Opéra.
Maintenant c'en l'heurr de la répétition; il faut encore mettre bas la robe d • ville pour endosser la tunique de la d'inspiise. Iji répétition dure jusqu'à trois ou qunire heures. On ne peut retourner à la maison, en bas de soie et en cotte hardie : on reprend la robe de mousseline de laine, les souliers hanneton, les socques et It mantelet noir Arri\ée fhpzelle, la pauvrecr^ature, pou reposer un peu ses meuibres biis<''s de fatigue, s'enveippe de son peignoir le plus ample, chausse ses pantoufles les moins étroites, se plonge dans une causeuse et. pendant que sa Uière ou sa bonne cuisine son frugal repas, elle repasse son rôle et târhe de se bien loger dans la tète les indications du m<.ttre de ballet et du metteur en scène; puis elit^ dtr*e, non pas suivant son appétit, car elle doit danser te soir, et, si elle ne se ménageait, elle serait lourde, aurait des points de côté et perdrait son vent.
Il est six heures : c>st le moment de se rendre au théâtre; nouvelle toilette, avec augmentation d'une grande pelisse pour revenir le soir.
Au théâtre, les rais sont dixisés par las. On nomme tas une petite escouade de danseuses ou de iigurantrs, quat eou six qui n ont qu'une loge pour elUs toutes, avec une habilleuse commune. Pour avoir une loge à soi, il Haut être sujet, il faut avoir débuté et dan^é un pas
C'est alors que le rat s'habille et se déshabille avec plus de vélocité que jamais : dans la même soirée, il j est souvent bohémienne, paysanne, bayadère, nymphe des eaux, sylphide, costumes qui exigent un changement complet de chaussures, de coiffures et de maillot; le tout sans préjudice des évolutions très-fa tigant(> de I la chorégraphie moderne, aussi compliquée et plus rigoureuse que la stratégie prussienne.
IS'il fdit partie de quelque vol périlleux, celui de la sylphide, par exemple, le rat perçoit une gratification de dix francs. Les plus légères et les plus jeunes sont choisies ordinairement; cependant il n'est pa« rare qu'elles refusent, et que la peur de rester en l'air et de se casser les reins l'emporte sur l'envie de toucher la gratiticnlion. Aussi un rat de la plus petite espace, et si diminutif qu on eût bien pu l'appeler souris, disait, en se haussant sur la pointe du pied, à M. Uuponchel, dont elle ch>rchail é capter entièrement la bieii\eillance : « .le ne suispas de celles qui ont refusé de monter dans la gloire du Lac des fées, parce (Qu'elle n'était pas assez solide. » C'est â l'occasion d'un de ces rats enchevêtré dans une bande d'air, au grand ell'roi du public, que la dWine laglioui a parlé sur le thé.llre pour la première et la seule fois de sa vie : a Rassurez vous, messieurs, il n'est rien arrivé de ficheux. » Telles sont les propres paroles de cette nymphe idéale, qui jusque-là n'avait parlé qu'avec ses pied.N. et que tout le monde croyait muette comme une statue grecque.
Pendant la représentation, lorsqu'il n'occupe pas la scène, le rat, qui est très-légèrement habillé d'ailes de papillon, de nuages de gaze, et autres étoffes peu propres a concentrer le calorique, se tient debout sur les gril* lages des bouches de chaleur, espacées de coulisse en coulisse, se promené avec une de ses compagnes, et cause avec quelque diplomate ou quelque secrétaire de légation, ou bien il rpele son pas au foyer de la danse» granide pièce ornée du buste en marbre de la Guimard» et, tout récemment encore, des lanternes chinoises de la
LE RAT
ChaiÈe métamorphosée en femme. Celte salle, coupée on deiix.par un ])lanclier de rapport, ronnail autrefois le salon de riiùtel Choiscul : Ton n*y peut entrer que chapeau bas. Quelquefois, lorsqu'il ne parait que dans les premiers actes, le rat rentre dans la salle, et monte dans cette partie du théâtre qu'on appelle le fvur, près des Icfcs du cintre et des honneU d*évéque. De mauvaises liugucs prétendent que le spectacle est la cliose dont on t*y occupe le moins.
' La représentation achevée, la pauvre fille dépouille défliiitivement le maillot, reprend ses hnhits de ville, et descend par le couloir où stationnent les tralanls qui n'ont pas leurs entrées dans les coulisses, privilofje fort rare qui n'est accordé qu*aux membres du corps diplomatique, aux lions fashionaliles, et aux sommités du jour» nalisme. La danseuse prend le bras du préféré, qui l'emmène souper, et la reconduit chez elle ou chez lui, selon la circonstance.
Voici le côté public, thcAlrnl, non muré, de l'existence du rat; le côté intime est difficile à décrire dans un recueil pudibond : il est viveur enragé, soupeur féroce, et sable le vin de Champaç^ne comme un vaudevilliste ; ses mœurs, si Ton doit donner ce nom à l'absence complète d(i mœurs, sont excessivement licencieuses et irêsrégence ; les phrases équivoques et les plaisanteries en jupons très-courts, les mots sans feuilles de vigne, abondent dans sa conversation, d'un cynisme à embarrasser Diogcne. Cette allernalion perpétuelle de pauvreté et d'opulence, de privations et d'orgies, cet oubli parfait delà veille, du lendemain, et surtout du présent, ces habili.des élégantes et ignobles, cet argot emprunté aux saltimbanques et aux gens du monde, forment un caractère piquant, original, d'une gr.ice dépravée, d'une allure bohémienne tout à fait propre a réveiller la fantaisie blasée des dandys et des beaux-fils, quelquefois mémo l'amour; car ces petites filles sont presque toujours fort jolies, contre l'idée du public, qui ne peut se figurer une fille de théâtre qu'avec de fausses dents, des yeux de ▼erre, des maillots rembourrés, des corsets gonflés de ouate, des cheveux achetés à la foire de Caudebec, un teint couperosé, une peau jaune et rance qui n'a d'éclat qu'aux lumières. Les femmes du monde répandent trèsactivement ces idées préservatrices ; mais il n'en est pas moins vrai que les peaux les plus fines, les plus douces, les plus satinées, que les dents les plus pures et les plus blanches, sont celles des femmes de théâtre, par la raison très-simple qu'elles en prennent depuis l'enfance un soin extrême, qu'elles ont des raffinements de toilette excessifs, et qu'elles savent trè.<;-bion qu'une ride ou une tache, c'est cinq cents francs ou mille francs de nioins par mois sur leur budget. L'illusion du théâtre est une illusion du bourgeois : la scène fait paraître laides beaucoup de femmes qui sont jolies, mais elle n'a jamais fait
trouver jolie une femme qiii était laide. Wu^ gymnastique per|iéliielle, ces émolinai nn* faut le dire, cette folle vie, sont favonkkii pemeuts des formes et à la santé. Ptasta vertueuse, timide bouton éclos à TaBbiÉj ternel, envierait la fraîcheur et le «ctaÉîà rat le plus immoral.
Nous devons dire qu'une tendaMB tmài feste'dans les mœurs des coulisses. ?
et venait toujours seul, rentrait o« n (|ue madame sa mère y prît garde le maintenant la mère el la Glle ont rapportait plus que le vice, et que jeune vierge de f^eize ans valait mieii d'un enfant de treize ans. — Tous les i ne sont pas en Turquie : Ici, à Paris gne de la Charte, il se vend plus de faad stantinople. Plus la sagesse de reobUcKisI les enchères montent haut; il y cai^at soixante mille francs. Avec cette soaiM.ii toute propriété une denii-doutaine. ft»« Géorgiennes, de Gîrcnssiennes, de foaei Colcuude et de négresses de Daroanbov.
L'appât de quatre ou cinq louis dèms:
ces vertueuses mères â prêter leurs filk« vt pers, des parties de plaisir, des bals mi^v gies de carnaval; maiulenaut elles ïnsytA fanls des idées d'ordre et d'écononie, a honneur aux mères de famille du lÊMnsà* Saint-Denis. Ces phrases : « il faut soefc* sort! Tu n'oublieras pas ta mère qoaaéi reuse ! > reviennent à tout instant dus ta tion. Les rats mettent à la caisse d'c^apt nonce évidemment la 3n du monde, qa à> 1840, à ce qu'on dit. A la vie écfaerelnflil la vie de ménage, la vie de poi-«a*fe%bi persil. Enfantin chercherait vaineasihl à rOpéra: tout ce peuple est i les animaux de l'arche, et vit mantt morganatiques sont fort à la mode, ati que, sauf quelques exceptions, la exactement gardée qu'ailleurs. Les i nom si tristement significatif, mieux sur l'asphalte où on les a ] ches de l'Opéra, gardent seules Yi ce qui n'était que de la débancfcei vient chez elles du stupide HbertÎMgr.^ est artiste, il a une autre ambition qw( l'orgueil, cette belle passion dont lei i tant de mal, a de la prise sur loi. i ou un pas à danser, un bean pas de | n'hésitera pas : il aime la gloire i mires et les soupers.
LE RAMONEUR