‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 75 sur 269 · LE PÊCHEUR DES BORDS DE LA SEINE · texte numérisé non relu

LE PÊCHEUR DES BORDS DE LA SEINE

tte est incisive I La booté de rhameçon !ur ce qu*est la justesse du fusil pour le le ni l'autre ue donnent Tadresse, mais

si admirablement, qu'à «mérite égal tillé ou convenablement armé remporte Test pas, au même degré que Thabile et

le maladroit et le novice, ices du pécheur ne se bornent pas au les qui doivent aider à sa passion : il sait ent le mieux au poisson qu*il poursuit, oits ce poisson fréquente le plus volon- |ue est la plus favorable à sa capture; il Qleur et les forces de la proie, afin de er les moyens d*en triompher.

la pèche varient selon Tétat des lieux pêcheur fait son étude constante de ces de leur cause. Le pt^cheur a son calenion horloge. Ses prévisions atmosphéries bases les plus certaines de ses succès, orage, il se fait un aide du vent, et rend ie complice de ses victoires. Il ne fait Qt, un pas, qui n*ait son calcul, sa por-

rent, vous l'examinez en passant, et vous L les épaules : « Ce n'est qu'un pécheur fane ! cet homme que vous regardez du (ueilleuse nullité, c'est un naturaliste, issi bien que Lacépède les mœurs, les la demeure habituelle, les appétits des tent le lit de nos rivières ; c'est un mé- Irimenté, aussi au courant qu'on peut toire de la hauteur de l'eau, des chnnlériques et des signes qui les annoncent ; ien adroit connaissant mieux que perla pesanteur, la différence des milieux, leviers. Dans le simple choix de celte t voyez, il a mis plus de précautions, de habileté, que vous n'en mettez dans les sérieuses de votre vie !

ccheur a bien raison de fuir la foule, et e poète latin :

>fanam vulgus, et arceo.

pas que le pécheur soit insociable, bien je ne suis pas le seul, sans doute, qui

ait remarqué cette sympathie si promplement établie au bord de l*eau entre deux pécheurs qui se rencontrent : sympathie réelle, reste précieux de cet élan primitif qui entraînait l'homme vers l'homme quand la défiance ou l'expérience, qu'on peut nommer l'étude du mal. professée par la civilisation, ne venait pas glacer et retenir cette bienveillance native. En se rapprochant de la nature par ses plaisirs, on se rapproche de ses douces et généreuses inspirations.

Ainsi que le poète, le pécheur est oublieux des choses de ce monde. Perdu dans l'ombre qui régne sous les voûtes de ces ponts magnifiques, abrité le long des pierres de ces quais que le géant de notre époque a élevés et alignés de sa main triomphale entre deux victoires, le pécheur des rives de la Seine s'inquiète peu des révolutions qui passent et bourdonnent sur sa tète. 11 écoute le bruit que fait le moindre poisson en s'élançant hors de l'eau â la poursuite de Véphémère, et il n'entend pas les cris de l'émeute, les clameurs et les retentissements des luttes populaires. Un trône s'est écroulé à deux pas de lui sans qu'il détournât la tète pour savoir ce qui se faisait là.

C'est du sage ou du pécheur qu'Uorace a dit : ImpavU dum ferient ruinœ. Faut-il citer pour preuve de cette indifférence philosophique, ou, disons mieux, de ce stoïcisme qui distingue le chevalier de l'hameçon, la rencontre, sous un pont de Paris, de deux pêcheurs célèbres, tandis qu'au-dessus des voûtes retentissaient, en dcGlant dans une marche fatalement triomphale, les caissons et les canons des étrangers prenant possession de la capitale. . -

En s'apercevant, l'un et l'autre s'arrêtent et s'étonnent; puis, après un instant de silence :

— Monsieur, vous êtes M. D.....?

/. — Monsieur, vous êtes M. Coupigny?

— En nous rencontrant nous nous sommes reconnus.

— Nous seuls, monsieur, étions capables de pécher aujourd'hui !

Et, sans plus s'occuper de l'événement qui tenait en suspens l'Europe entière, ils continuent à pécher de compagnie, parlant beaucoup plus de leurs hameçons que de la lance des Cosaques, et de leurs succès que du triomphe des souverains alliés.

Une friture, appétissante conquête de cette double al< liance des rois de la pèche, termina une si mémorable rencontre : c'était autant de pris sur l'ennemi !

LES DUCHESSES

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