‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 77 sur 269 · FRANCIS WEY · texte numérisé non relu

FRANCIS WEY

nand nous étions tous deux petits écoliers au coIlép;e de Poligny, mon arai Badoulot était d'une paresse admirable; cependant les professeurs ne le punissaient guère, car il savait leur rendre une foule de petits services, tels que rapporler un mouchoir ou une tabatière oublies, mettre is au poêle, et tendre au maître, à Theure des ty chaque livre ouvert à Tendroitdela leçon. Sans au dernier rang, aux jeux comme aux études, il fort bien sur toute chose et n*en pratiquait au-

deux élèves pourvus de la dignité d'enfants de

étaient pour lui Tobjet d'une attention spéciale,

nd ils étaient revêtus de la robe et du surplis, il ne

ivait quitter. S'il passait un régiment par la ville,

curieux de le voir défiler. Mais ce spectacle pro-

sur lui un autre eflct que sur nous. Un ba-

de la garde, traversant un jeudi la rue du collège,

.dans nos goûts, dans nos plaisirs, une révolution

rait plusieurs semaines ; Tallure de la maison était

fait modifiée, et cette secousse était appréciable sur

irailles mêmes au des sabres en croix, d^s guer-

. moustiches. char bonnes çà et là, remplaçaient

isés joufflus coiffés de bonnets coniques que nous

issiuns auparavant, semblables a des polirons sur-

B d'un cornet de trictrac; parfois même quelque

îmide ébauchait d'un fusain séditieux {a^Jigure du

itt de ^usurpateur,

usait alors aussi beaucoup de papier a construire

des chapeaux é trois cornes, et une forêt de manches ê balais pour en faire des sabres. Toute une division s'enrégimentait; elle nommait ses capitaines, son général, el l'esprit d'imitation transformait la pension en caserne. Badoulot ne s'enrôlait jamais, ou bien il restait soldai à la suite. Contemplant les soldats du lycée avec autani de curiosité que ceux du roi Louis, il n'avait point le désir d'en faire partie. Bientôt, pourtant, il se rapprochait du général, causait avec lui de matières guerrières^ el devenait son inséparable compagnon, presque son esclave. Là-dessus, comme sur tout le reste, il en savail dire beaucoup; mais, à la pratique, ses moyens s'aplatissaient, sa volonté tombait en défaillance. 11 aimait la lecture, et il s'y livrait sans méthode, sans suite, sans discernement; son esprit était orné à la manière de l'habit d'Arlequin. Bientôt nous entrâmes ensemble à l'école de dessin, où Badoulot passa trois ans sans faire le raoin* drc progrès, commençant à copier cent objets divers et n'eu terminant aucun. Tous les nez de Raphaël, de David et de Gérard, ont passé par ses mains, mais il se bornait là. Notre camarade employait le reste du temps à donner de^ conseils au plus fort de la division, lequel dessinait d'après la bosse, à lui tailler ses crayons el à lui pétrir des boulettes de mie de pain. Bab(»ulot avait un genre de mérite assez singulier : si l'on raisonnait sur le dessin, sur les peintres, il désarçonnait sans peine les plus habiles, le maître lui-môme pcAlissait devant sa logique, et notre condisciple mtmtrait tant de savoir, tant d idées^ des notions si parfaites sur toutes choses, que chacun disait : c Ilnnî ! Badoulot est paresseux, mais s'il voulait!...» Et Badoulot redisait tout bas : « Si je voulais. » Uélas! jamais il n'a voulu.

On ne saurait croire les efforts que l'on fit pour lui inspirer de l'émulation. Peine perdue! notre ami avait l'amour des belles choses et de ceux qui les accomplis-

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saient. «ins le désir de les imiter. Il awit des sympathies très- vives et aucune vocation.

Ce qui ne Tempécha point de terminer sa rhétorique. A celte é|ioque, il savait plus de noms d'auteurs illustres, de peintres célèbres que nous tou^ à la fois. Il connaissait aussi le titre, le format d'une multitude de livres; il parlait beaucoup et avec véhémence. Nous nous fîmes de tendres adieux sur le seuil du collège avant de franchir le portique de la vie.

Une année s'écoula. Comme ie passais par Dijon, lieu natal de mon ancien camarade, je le rencontrai. Il m'expliqua comme quoi ratmosphére de la province était indigeste, comme quoi il manquait d'air, comme (|Uoi il étHulTait entre ces murailles «nous «aions sur une grande place), comme quoi la ville était exclusivement ornée de cnHiiis hors d*élat de le comprendre (il n'exceptait point monsi* ur son ptTC), comme quoi, enfin, il se disposait à mourir au plus tôt. Je prononç:ii le mot Paris, et de grosses larmes rouillent dans ses yeux. 11 m'avoua qu'il attendait Tlicure de sa majorité pour se poser. — A nous autres il faut de l'indépendance Ce nous autres me truulda ; il me vint â l'esprit ({ue mon ami Badoulut pouvait bien être l'arfiJé de quelque société francmaçonnique non moins ténébreuse que culinaire. Son nous autres me rappela en outre le nous autres de ce vilain, tranchant du gentilhomme, à qui le marquis de Créqui répondait : c Ce que je trouve en vous de plus singulier, c'est votre pluriel. »

t^mme nous parlions tous deux avec emphase et mélancolie, je lui vis prendre toutà coup un visagr bienveillant et respectueux avec curiosité ; il baissa la voix , appuya sa main sur mon bras, et d'un coup d'œil de confidence dirigea mes regards sur un passant.

C'était un grand arable eni^efné dans une redingote macaron beaucoup trop large, colletée en velours d'un noir vi rdoyant, le<iuel était chaussé de bottes tragiquement lézardées. Ce monsieur roulait de sombres prunelles sous les bords ondulés de son feutre gris, et les noies lugubres d'un chant caverneux serpentaient hors de sa gorge par le tuyau d'un cure-dent qu'il mâchait.

fiadoulot avait pris un air d'humilité pieuse, c Ceci est Ion maître d'armes? * Non, répliqua-t-il. c'est MonsiEOi Saint-Eugéne, la première basse-taille de notre théâtre, un homme étonnant qu'ils o'oot pat su comprendre â Paris, ni â Quîmper, oi à Montargis» ni à Épiual,

ni A Roroorantio. ni â Péxénas il donne le eoiUre»ut

grave plein et le sûhémol avant déjeuner ! »

Li-dcssus, Badoulot tira son chapeau jusqu'à terre ;

mais la basse-taille ne l'avah fat Ta«i.c« mon camarade s'était glorifié de riMiwié èi ■ nage, il se hâta de dire : « Saiol-Eupctt nm courte.iMais il rougit juaqu'aui onîllcs. tes il me dcsna sur la vie privée des coMiyaj 1 1 les détails les plus minutieux, en ne hbam comme sans inlention» une petite rvUti m d'après la direction suivie par la baue<lA n de conjecturer que le but de ooire anî i^tn per le chemin de l'artiste, afin de le vwi»^ ions, me dit il avec entbouMasroe en wai cour des diligences, tu vas là- bat le pitft'ii

huit mois majeur!.... et alors •;!

je puis faire ! i

Je pensai qu'il méditait quelque niann«:\ mon ami, sois prudent. Quel est ton de^sc-^t

je? répli(iua-t-il : le tempt nous l'ap^ i

là quelque chose qui me tue fil frappa u 'in^ de poing sur son front, qui Konna comiMcr' il faut que cela jaillisse. Qu*e5it-ce?jeri^ i le saura quand ma tète aura eofinté ■

Je lui souhaitai uue heureuse délivrsBa.'. t tant d'avoir un camara^le de colége qii 7^ semblables énormités. Je partis pour h oiu passai six ans sans ouir le nom de raini ie*:

Ce laps écoulé, mon portier me remit w3i silc sur laquelle, en superbe gothique, kxt : mots non moins gothiques : 3rl|ams icU^s

Il nie fut â l'instant démontré que ombB' venu un génie, et, dès le soir même. jeciTv meurt'. Il éUit absent, it j'allai le rejoiflàf xs ron de ***, notre commun ami.

Au milieu dune dizaine de célébrités pis^i célèbres, mon ami Badoulot, couché daas sa tcuil à la Henri II, \ps jambes plus éleiéei r* et les bras pendanU, parlait. discnUil. rapM loppait expliquait, professait, discourait dam cha, avec une nonchalance et une

11 s'agissait d'arts, de poésies. <

fusion. Trois poètes, autant dej

leurs connus, se trouvaient lé,

une déférence remarquable, et ee

contre eux tous. On n'aurait pu aien Hiriirb

tion d'art, et ces grands praticicBS m M^Mri

la cheville. Un spectateur peu eiereé l'MHipi

un critique de canapé; mab à b chtlîg fâh

au faroucly de tes yeu, à l'écheteii de ■ |M

sa crinière, é la sueur qui ruisselait ht as lali

en quinconce, sur ton gilet à la F

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8 noir d'une coupe fabuleuse» on reconnaissait . et même un grand artiste.

*il m'aperçut, il me secoua rudement la main, in bonjour sonore, tel qu'un homme à large [ui marche dans sa force, puis il reprit son gar- Son texte était en ce moment la sculpture, et lieu de penser qu'il était devenu un grand sta- B perdis cette opinion dés qu'il parla de la

I en posait les lois avec un tel aplomb, que je

II est devenu poète. > Mais, cinq minutes après, cile de voir que Badoulot était un admirable !ur. C'était le prodige de Pic de la Mirandole. it Pargot spécial du métier : fugues, contre-

rettes, canons, etc Un ciel bleu n'était qu'un

obali plus ou moins laqué, et pour admirer un 'oussu couvert d'ombre. Il s'écriait : c Ces bi- •mme c*est tripoté, comme c'est fouillé, comme ffé ! Et ces herbes, comme c'est fricoté dans la

{'entretint toute la soirée que d'arts, que d'arreste du monde n'existait pas; et, quand nous is congé, Badoulot s'était montré si générale-

ment spécial, que, ne devinant point laquelle de ces sciences il pratiquait, et n'osant lui adresser à ce sujet une question qui eût trahi une ignorance impertinente, je le quittai sans être éclairci.

Un monsieur nous avait accompagnés jusqu'à la porte, qui, durant toute la soirée, n'avait pas articulé deux paroles brillantes; ce terne personnage continua la route avec moi, et je cherchai à repaitre en lui ma curiosité à l'endroit de Badoulot. c Les gens de la nature de votre ami, répliqua mon compagnon, ont besoin de naître riches Gens de parole et d'inaction, de théories sans pratique, Incapacités sonores, ils tivent cramponnés aux artistes, comme les moucherons aux chevaux. Doués d'un certain sentiment, pourvus de sympathies ardentes, et privés de fr*condité, amateurs sans vocation, ces om* bres nombreuses rendent par les lèvres ce qui leur est entré par les yeux. Mais rien ne se passe au delà. Sontils pauvres, de telles gens se font broyeurs de couleur», souffleurs de comt'die, figurants d'opéra; sont-ils riches à milliards, princes, ministres, ce sont des jugenrt, des protecteurs, des Colberts au petit pied, des Mécènes en miniature, des Lêons X de chevalet. Si, comme Totr«

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ami, ils ool en f^^rUge une lioonéte aicance, ilf acronfileot leur g'rDÎe muet aa talent d'un pnticieD qu'ils ne quittent pins; l'art eU leur fen!e occupslion. le monde entier n*e-t jour eux peuf*lé que de grand» li^jfDine«, et grandit hommes eux-mêmes, par frottement, pir iocubitîon. ces fétiches maniimt la que-lion d'art â merreille, tient ou excellentd'ordiiuire ceux qui jamais n*ont rien fait et qui ne feront jam.iis rien. Au demeurant, que sonl-iU?-.. Amis des ariisUSn courtiers marrons du talent; iU n'ont pas d'autre position sociale.

« Ouarid l'ami des artistes a senti le poids des ans, quind, a force de n'-péler la mônic chos-?, il est demeuré «ïo arriére du inouvemrnt général, sa verve diminue, U rigueur de ses principes devient tempérée, son riuJace s'intimide, ses ailes se déplument, let serres p'-rdent IcMir<( ongles, il tomlie en fusion et passe à une tendres«.e univers lie. Au seul mot d'art, au seul nom d'artiste, il vous embrasse, et il pleure à l'aspect du preniier n^sde son petit-neveu. En un mot, une fois usé, et d>>> qu'il ne vaut plus rien, l'ami dt;s artistes, devenu excellent homme, tourne au si^^isbé des artistes quinquagénaires et au brocanteur de t/ibleaux. S'il lui reste des rentes, il tire des amis de sa cave et de sa cuisine. Voili, mon«-ieur, l'avenir de votre camarade, enluminé le mieux possible. Au revoir, et bonne nuit. »

Depuis ce jour, j'ai souvent rencontré mon ami Badoulot, et j*ai suivi avec attention ses transformations, adminnt ses nombreuses spécialités. Il est triNte de pen'^cr que ce travers, produit par une série d'avorlHnicnl<i, se multiplie d'une mnniêrc effrayante depuis que Taristocratic de la pensée a détrôné les autres.

.Mon ami Badoulot est en effet devenu un élre multiple : tantôt il tourne au critique et rampe sous le fût des journaux, tout infecté de peintres échoués ou de niu- KÎcieus inpartihus. Os lettrés d'une espèce nouvelle se fH)nt f;iit un déplorabh? argot; ils se sont créé un vocal)ul.'iire spécial dont Thorrilile moi artistique asi la bise. L'ami des artistes est tranchant, loqu.icc. Loin d'être le satellite des gens célèbres, il se fait planète à leurs côtés; il professe des doctrines dont les célébrités ne sont que l'eieniple prali (ue, et c'est lui même qu'il admire on elles. En ces temps de spéculation générale, il est peu désintéressé; il Siit accaparer à petit bruit une collection de dessins, d'af|iinrelles, de croquis, d'autographt s.

Il n'e<«t pas de peintre qui n'ait eu n suMr les impcrlineijr^s ob%èqiiieu«es de mon ami Ijad^ulot ou des arlisle^. Tii .rrons sfii semblables. La quantité de ces mouches liriH;.^^ devient effrayante. Combien de gens se font liori'.^:jr par le monrle, au sortir de leur étude d'avoué (NI d«; Ifiir bureau de ministère, d'appeler les grands honuiies par leur nom de baptôme tout court, de leur crier de loin : «Comment te porles-(u? ji et de raconter k?s menus dt'tails de leur vie, afln de paraître leurs famili'T.NÎ El puis, ce sont des questions ridicules, des requêtes indiscrètes, des observations stupides, et surtout des éloges â contresens, plus irritants que la critique lui'me ; des querelles à l'endroit de vos intimes convictions, et tout cela pour faire parade de leur jugemt-nt pnwli^irux, de leur étrange aptitude, et d'une vocation incroyable. Liissez-les dire, ils vous offriront des cou- !;cils. Je sais, â ce ]iropos, un sculpteur qui, durant tout lin hiver, fuyait de maison en maison un ami des artistes obstiné à s'insinuer dans son intimité en se recommandant d'une foule de noms qu'il qualifiait de ses bons amis, de ses frères par les idées. Notre sculpteur s'était souitrait â ce fdcheux, et l'avait perdu de vue, (piand, partant pour un voyage, il le retrouva dans la diliirencc, à ses côtôs. Sur-le-champ, une dissertation artistique

fut établie. cC le s re,

ne K-chaDlplus que aerenir, se pea(fa«nla( son [«rsécnteqr. et. Ini noBtruI ci bsf« revers, an gr>3s roarchand de Uîacsfétmi ingrate soas on bonnet de ootoo Mir, ikài basse :

— Vous voyez ce gros papa wBa^¥ms% bien ! c'est M. de Lamartiae qm Toyage vapiV pas Taîr de le savoir.

— Bah : répond l'autre; mab oaU cma-f* connais â présent.... Il a betocoap c on ne peut s'y méprendre

Grâce â ce saUerfnge. notre Kolplcnil toute obsession, aa préjudice da Tami des artistes toama son bel de sa eoDversation. Le ton inspire d'ane manière adorable arec la pesanlev fc'ù s'expUqoaH pour oeluî-lâ par le dêsr de o^i menrer ineonna, et le sculpteur, dastiHi écouta ce colloque borlesine arec onle^fn

)falgré des travers quelquefois dUSàm i ■ mon ami B.idoulot a son bon côté; Q latii comme le feu. bien difTérent en cela Cmk d'amis des artistes, la plus adroite de Mte 1 composée de gens qui ont des relations «■ ■ et qui font profession de prôner la jcueflcà* les anciens et d'admirer tout le monde nsta sont les plus polis, les plus bumbles da nnài dcN jugeurs continuels, dont la critiqae «tlp mise, vu qu'elle est toujours favorable. Hsmi les arts, non pas de leur bourse, mais de knd et il devient avéré qu'ils sont de grands ai|M fiits connaisseurs. L'acquisition de q^ipn complète cette réputation, et les toîU iaitéM connu de toute la France, lequel ne repréH^Kj

Voici maintenant leur marche : obti une légère mission dont robj> t lonche i nn l'architecture , que sais-je ? Ils en rerj d'un litre, et alors ils se placent tres-lieiivi vernement (la partie payante} et les artfslai^i les amis. De sorte que l'argent qni la ft ■ ceux-Id passe entre leurs doigts, et ils lei l'excès.

11 se fait ainsi des fortunes, on ne ait noms se produisent, s'enflent, s'enflent, ro(>cens ; et quand on s'avise un beau jov i^ grande machine qui s'élève dans lesiAi^ rchondie, on crève un ballon, il sort di n'a plus mi^me entre les mains une bille«aiti| d'amis des artistes est loin d*étre le phi " jus((u'ici trop peu obsen'é. Comme sous leurs airs de bonté, ont des exeli secrètes, des préjugés, des intérêts, ils aux arts, enlèvent les récompenses â ew# ritent, pour en saturer leurs créatures m m de leurs caprices.

Sur une plus basse échelle, Taml des souvent à un individu dont il développe ta et de qui il explique la pensée. Bon "^ crétin, sauf les morts, qui servent de pflift^^ raiscm. Le peintre, du reste, n'a pas di *^ dévoué. Ce familier fait la palette, se d missions dél cati*s , des visites au fenil

du bois au poêle de l'atelier, et

pense que celle de voir sa tète ébaochéadip^ dans le fond d'un tableau. Après un joMsii^ â papillonner çûetlà, il s'écrie le soir :ellBBl*<> travaillé, notre ciel est descendu tantaMv*^'

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ébauchées, nos deisous finis, notre toile coq- . 1 U est à la fois harassé de faUgae, et content {ogne ; plus heureux que l'artiste, lequel ne ent que de la première de ces sensations

mnce, lutni des artUtes, c est-à-dire de la éêtrale, est lieutenant, avocat, clerc, marchand Bis de négociant, cafeti* r; dans tous les cas, il oumons et bons bras. En de telles amitiés, le pite dans l'estomac, et Ton fraternise beaucoup. Lins idolâtrés supportent la sympathie avec des lataroores, et les bourgeois sont fiers d'être asleurs petites passions. Ln rivalité de la Dugazon iremiére chanteuse cause bien des rixes, à moins nor n'ait sagement débuté par confisquer cellee de droit. Au surplus, les comédiens provinconservé je ne sais quoi de bohème, de romade vagabond, de patriarcal, qui les rend plus nts que ceux de Paris, lesquels deviennent plus ;ement ennuyeux qu*on ne saurait le dire, îanmoins, et depuis quelques années, un sympayant de la maladie morale qui pâlit les coméla capitale se manifeste parmi ceux des dépar- Ge besoin de considération prosaïque les reils aspirent au droit de bourgeoisie; l'ami des evîenl pour eux un objet d'utilité, un porte-ress choisissent dans les notabilités, et qui, cajolé, ulé, sert alors au comédien de marchepied pour ir jusqu'aux hobereaux de l'endroit. Grâce à ce licieux, l'artiste pourra se glorifier, comme ses file des théâtres royaux, d'être initié aux belles , à^avoir été couru par la meilleure société, et ar les dames du grand monde ( telles sont ses •ns) dans toutes les villes où il a travaillé, il n'est pas juche »i la cime de l'échelle sociale, artistes dramatiques et lyriques des départet obligé, pour s'élever jusqu'à eux, de se créer >rtance, de s'appuyer sur d'autres estimes, sur relations non moins«précieuses.

igit d'une ville de garnison, la tâche est facile. B artistes est d'ordinaire celui des officiers, et sa le végète à l'ombre des leurs. L'ami des artistes un jour de revue, de marcher au bras d'un ca* n pantalon garance et de marquer le pas avec [ite l'énergie de ses talons. Or, on sait que le français est vénéré et tant soit peu craint de provincial. L'ami commun d'Apollon et de Mars chargé de rapprocher artistes et militaires; il a ses partout, il est la coqueluche de la Dugazon, l'il veut de l'ingénue, et i^résenterait au besoin

un officier on denx à la première chanteuse. Un semblable crédit Ini donne à l'état-major de la place et an Grand-Café une certaine consistance, tandis que ses familiarités avec ces messieurs du régiment, desquelles il fait parade an foyer du théâtre durant les répétitions, le posent parmi les acteurs comme un jeune homme dn meilleur genre. Quinze jours après les débuts de l'an théâtral, l'heure du triomphe sonne pour l'ami des ar* tistes. Un lieutenant, un capitaine, ses protégés, véritables amis de la vigne et de l'art dramatique, sont introduits dans le sanctuaire où se prélassent, avant le lever de la toile, le duc de Guise et Zampa, Lucullus et Jeannot, Richelieu et M. Gagnard. D'un air i la fois débonnaire et chevaleresque, l'ami des artistes présente ses guerriers à ses comédiens ordinaires... On l'aime, on le remercie, on le félicite; c'est un grand homme, il comprend et encourage les arts, et il immole glorieusement toute la soirée le grossier public, le bourgeois, l'épicier, le pékin.

Que de rapports naturels entre le militaire et l'acteur de province! Tous deux ne courent-ils pas de ville en ville, d'année en année? ne sont-ils pas tous deux pleins d'indépendance et de servitudes, et ne volent-ils pas l'un et l'autre à la gloire trompeuse par des chemins différents?

On reconnaît généraloment l'ami des artistes a la manière dont il exagère les habitudes, les allures des objets de son affection. Son chapeau est plus pyramidal, sa cravate plus convulsive, son col plus rabattu, sa barbe plus moyen Age, son gilet plus débraillé que chez l'artiste. Son mobilier a l'air d'une boutique de bric-à-brac ; il couche en un lit sculpté, tout hérissé d'arabesques horriblement poiiAues. S'il faisait un mouvement durant le sommeil, il ne se réveillerait pas, car il se fendrait le crâne jusqu'au sternum. Ses buffets du temps de Clodion le Chevelu poussent des cris de hyène quand on les veut ouvrir ; il possède l'épce â deux mains du Sanglier des Ardennes, fabriquée pour six francs (il l'a payée soixante) dans la cour du Dragon, ou dans la rue du Feurre, avec un ex-barreau de la grille si indignement détruite de la place Royale. L'ami des artistes méprise son bottier, son tailleur, son valet, son épicier, et jusqu'à son marchand de vins. Il voudrait que chacun fût ami des artistes, et ne fit rien autre. Hors de la question d'art, il ne doit être question de rien. Parmi les gens du métier, il n'en estime qu'un seul, celui qu'il a élu; le premier génie du siècle à son avis.

L'ami des artistes procède avec uniformité dans ses débuts ; les traits de son origine sont constamment les mêmes; imagination vive, sympathies vagues, sans activité, sans esprit d'ordre et d'imitation, et notre ami Jean BaJoutot peut servir d'exemple à la règle. Mais, après un certain nombre d'années et d'influences en sens divers, il s'établit de notables divergences; des spécialités se séparent. U est des artistes de tant d'espèces !

Parfois on rencontre aux Tuileries certains vieillards à l'œil vif au milieu d'un masque usé, pâle, sillonné de rides longitudinales. Vêtus avec propreté et à la mode de demain, ces jeunes gens d'un autre siècle ont grand'peine à rivre entre les murailles de leurs redingotes pincées, qui s'obstinent à faire prendre à un vieux corps des allures adolescentes, maugré des réitellions de la carcasse. Appuyés fortement, mais avec hypocrisie, sur des joncs plus robustes qu'ils n'en ont l'air, ces messieiups se dandinent le long de l'allée des Feuillants, montrant les façons agréables de gens qui marchent sur des œufe. Un binocle pend à leur cou soigneusement abrité par une cravate blanche, haute, directoriale, des-

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