‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 79 sur 269 · FRANCIS WEY · texte numérisé non relu

FRANCIS WEY

nand nous étions tous deux petits écoliers au collé|«e de Poligny, mon arai Badoulot «"tait d'une paresse admirable; cependant les professeurs ne le punissaient guère, car il savait leur rendre une foule de petits ser- TÎces, tels que rapporler un mouchoir ou une tabatière oubliés, mettre «s au poéle, et tendre au maître, A l'heure des 1» chaque livre ouvert à l'endroit de la leçon. Sans ao dernier rang, aux jeux comme aux études, il fort bien lur toute chose et n'en pratiquait au-

deux élèves pourvus de la dignité d'enfants de ' étaient pour lui l'objet d'une attention spéciale, md ils étaient revêtus de la robe et du surplis, il ne avait quitter. S'il passait un régiment par la ville, : curieux de le voir défiler. Mais ce spectacle pro- . sur lui un autre eQct que sur nous. Un bade la garde, traversant un jeudi la rue du collège, dans nos goûts, dans nos plaisirs, une révolution rail plusieurs semaines ; l'allure de la maison ôtait !ait modifiée, et cette secousse était appréciable sur railles mêmes «ù des sabres en croix, di s gucrmoustachcs, charbonnés çâ et là, remplaçaient »és joufflus coiffés de bonnets coniques que nous Issions auparavant, semblables à des potirons sur- . d'un cornet de trictrac; parfois même quelque inide ébauchait d'un fusain séditieux la^^^re du tu de Vuiurpateur.

«sait alon aussi beaucoup de papier i conttmire

des chapeaux é trois cornes, et une forêt de manches â balais pour en faire des sabres. Toute une division s'enrégimentait; elle nommait ses capitaines, son général, el l'esprit d'imitation transformait la pension en caserne. Badoulot ne s'enrôlait jamais, ou bien il restait soldai à la suite. Contemplant les soldats du lycée avec autani de curiosité que ceux du roi Louis, il n'avait point le désir d'en faire partie. Bientôt, pourtant, il se rappro* chait du général, causait avec lui de matières guerrières^ et devenait son inséparable compagnon, presque son esclave. Là-dessus, comme sur tout le reste, il en savait dire beaucoup; mais, à la pratique, ses moyens s'aplatissaient, sa volonté tombait en défaillance. 11 aimait la lecture, el il s'y livrait sans méthode, sans suite, sans discernement; son esprit était orné à la manière de l'habit d'Arlequin. Bientôt nous entrâmes ensemble à l'école de dessin, où Badoulot passa trois ans sans faire le moindre progrés, commençant à copier cent objets divers et n'en terminant aucun. Tous les nez de Raphaël, de David el de Gérard, ont passé par ses mains, mais il se bornait là. Notre camarade employait le reste du temps à donner de^ conseils au plus fort de la division, lequel dessinait d'après la bosse, à lui tailler ses crayons el à lui pétrir des boulettes de mie de pain. Baboulot avait un genre de mérite assez singulier : si l'on raisonnait sur le dessin, sur les peintres, il désarçonnait sans peine les plus habiles, le maître lui-même pâlissait devant sa logique, et notre condisciple m<mlrait tant de savoir, tant d idées^ des notions si^ parfaites sur toutes choses, que chacun disait : c Ilnnî ! Badoulot est paresseux, mais s'il voulait !...» Et Badoulot redisait tout bas : c Si je voulais. » ilélas ! jamais il n'a voulu.

On ne saurait croire les efforts que Ton fit pour lui inspirer de l'émulation. Peine peidae! notre ami avait l'amour des belles choses et de ceux qui les accomplis-

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talent, sans le désir de les imiter. Il avait des sympathies très- vives et aucune vocation.

Ce qui ne Fempécha point de terminer sa rhétorique. A cette époque, il savait plus de noms d*attleurs illustres, de peintres célèbres que nous tou> à la fois. Il connaissait aussi le titre, le format d*une multitude de livres; il parlait beaucoup et avec véhémence. Nous nous fîmes de tendres adieux sur le seuil du collège avant de franchir le portique de la vie.

Une année s'écoula. Comme je passais par Dijon, lieu natal de mon ancien camarade, je le rencontrai. Il m'expliqua comme quoi Tatmosphére de la province était indigeste, comme quoi il manquait d*air, comme quoi il étDuflait entre CCS murailles mous étions sur une grande place), comme quoi la ville était exclusivement ornée de crétins hors d'état de le comprendre (il n'exceptait point monsieur son père), comme quoi, enûn. il se disposait à mourir au plus tôt. Je prononçai le mot Paris, et de grosses larmes roulèrent dans ses yeux. 11 m'avoua qu'il attendait l'heure de sa majorité pour se poser. — A novu autres il faut de l'indépendance Ce nous autres me trouida ; il me vint à l'esprit que mon ami Badoulot pouvait bien être l'arûJé de quelque société francmaçonnique non moins ténébreuse que culinaire. Son nous autres me rappela en ouire le nous autres de ce vilain, tranchant du gentilhomme, à qui le marquis de Créqui répondait : « Ce que je trouve en vous de plus singulier, c'est votre pluriel. »

Comme nous parlions tous deux avec emphase et mélancolie, je lui vis prendre toutà coup un visage bienveillant et respectueux avec curiosité ; il baissa la voix , appuya sa main sur mon bras, et d'un coup d'œil de conûdence dirigea mes regards sur un passant.

C'était un grand (uabTé en^fné dans une redingote macaron beaucoup trop large, colletée an velours d'un noir virdoyîint, lequel était chaussé de bulles tra.^îquemenl lézardées. Ce monsieur roulait de sombres prunelles sous les bords ondulée de son feutre gris, et les notes higubres d'un chant cat^erneux se rp en latent hors de i« gorge par le tuyau d'un cure-dent qu'il mâchait

fiadoulot avait pris un lir d'humilité pieuse, a Ceci est ton maître d'armes? — Non» réplîqua-t-îl, c'est Monhmm Sainl-Eugcne, la première basse-taille de notre ibéâire, un homme étonnant quHls n'ont pas &ii comprendre à Paris, m a Quimper, ni à Montargis, ni à Épinal»

ni à Romoranlîn. m à Fézénas îl donne le eonire-nî

grave plein et le si-hémol avant déjeuner ! n

U-dessus, Badoulot tira son chapeau iiisqu'â terre ;

mais la basse-taille ne Tavail |«t raooBM. e mon camarade s'était glorifié de llntmiâê k nage, il se hllta de dire : « Sainl-Eugeae a h i courte. 1 Mais il rougit jusqu'aux oreilles. Ckmà il me donna sur la vie privée des eomédicBf i les détails les plos minutieux, ea me bâm] comme sans intention, une petite melle i pi d'après la direction suivie par la basse-taiQ-. -• de conjecturer que le but de notre ami aiiitéi per le chemin de l'artiste» afin de le voir resir Ions, me dit il avec entbou«iasnie en m fai cour des diligences, lu vas U-bas lepremirtri

huit mois majeur!.... et alors «««a

je puis faire ! i

Je pensai qu'il méditait quelque manvaiiai « mon ami, sois prudent. Quel est ton dessaisi

je? répliqua-t-il: le temps nous Tappraei

là quelque chose qui me tue fil frappa db êsn de poing sur son front, qui sonna comme isk il faut que cela jaillisse. Qu'est-ce? je l'ipoitifi le saura quand ma tète aura enfinté »

Je lui souhaitai une heureuse délivranee. da» tant d'avoir un camarade de col'ége qui pnid semblables énormités. je partis pour la Ofi&i passai six ans sans ouïr le nom de l'ami kn.

Ce laps écoulé, mon portier me remit uof ot site sur laquelle, en superbe gothique, étiiat a mots non moins gothiques : 3r^ams ûûtènm.

11 me fut à l'instant démontré que mota^ venu un génie, et, dès le soir mémeJecovsM meure. Il éuit absent, i-t j'allai le rejoioècAs' ron de *•*, notre commun ami.

Au milieu d'une dizaine de célébrités pàta célèbres, mon ami Badoulot, couché daas naî tcuil à la Henri II, les jambes plus élevéei f*>> et les bras pendants, parlait, discutait. rêpMi loppait expliquait, professait, discourait, dBia> cha, avec une nonchalance et une i

Il s'agissait d'arts, de poésies, ae fusion. Trois poêles, auiaut de leurs connus, se trouvaient ii, une déférence remarquable, cl ce contre eux tous. On n'aurait pa ai ttOD d'art, et ces grands praUciess k cheville. Un speclatew peu en UD critique de canapé ; maïs i li au faroucly de ses yeox, à Té sa crinière* â la joueur qui mîsMiail êD quincoacei sur son filet I la

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rs noir d'une coupe fabuleuse» on reconnaissait e. et même un grand artiste.

ii*il m*aperçut, il me secoua rudement la main, un bonjour sonore, tel qu*un homme à large qui marche dans sa force, puis il reprît son gar- Son texte était en ce moment la sculpture, et : lieu de penser qu*il était devenu un grand sta- Je perdis cette opinion dés qu*il parla de la il en posait les lois avec un tel aplomb, que je c II est devenu poète, i Mais, cinq minutes après, nciie de voir que Badoulot était un admirable leur. C'était le prodige de Pic de la Mirandole. •ut Targot spécial du métier : fugues, contre-

trettes, canons, etc Un ciel bleu n'était qu'un

robali plus ou moins laqué, et pour admirer un >rous8u couvert d'ombre, il s'écriait : c Ces biiomme c*cst tripoté, comme c'est fouillé, comme uffé ! Et ces herbes, comme c'est fricoté dans la

s'entretint toute la soirée que d'arts, que d'are reste du monde n'existait pas; et, quand nous rit congé, Badoulot s'était montré si générale-

ment spécial, que, ne devinant point laquelle de ces sciences il pratiquait, et n'osant lui adresser à ce sujet une question qui eût trahi une ignorance impertinente, je le quittai sans être éclairci.

Un monsieur nous avait accompagnés jusqu'à la porte, qui, durant toute la soirée, n'avait pas articulé deux paroles brillantes; ce terne personnage continua la route avec moi, et je cherchai à repaitre en lui ma curiosité à l'endroit de Badoulot. c Les gens de la nature de votre ami, répliqua mon compagnon, ont besoin de naître riches Gens de parole et d'inaction, de théories sans pratique, incapacités sonores, ils vivent cramponnés aux artistes, comme les moucherons aux chevaux. Doués d'un certain sentiment, pourvus de sympathies ardentes, st privés de f>'*eondité, amateurs sans vocation, ces om* bres nombreuses rendent par les lèvres ce qui leur est entré par les yeux. Mais rien ne se passe au delà. Sontils pauvres, de telles gens se font broyeurs de oouleun, souffleurs de eom»^die, figurants d'opéra; sont-ib riches à milliards, princes, ministres, ce sont des jugeurt, des protecteurs* des Colberts an petit pied, des Mécènes en miniature» des Lcons X de chevalet. Si, comme voCrt

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ami, ils ODt en partage une honnête aisance, ils accouplent leur génie muet au talent d*un praticien qu*il8 ne quittent plus; Tart est leur seule occupation, le monde entier n*est pour eux peuplé que de grands hommes, et grands hommes eux-mêmes, par frottement, par incubation, ces fétiches manient la question d*art à merveille, tilentoù excellent d*ordiiiaire ceux qui jamais n*ont rien fait et qui ne feront jamais rien. Au demeurant, que sont-ils?... Amis des artistes, courtiers marrons du talent ; ils n*ont pas d autre position sociale.

« Quand Tami des artistes a senti le poids des ans, «fuand, à force de répéter la même chose, il est demeuré en arriére du mouvement général, sa verve diminue, la rigueur de ses principes devient tempérée, son audace s*intimide, ses ailes se déplument, tes serres perdent leurs ongles, il tombe en fusion et passe à une tendresse universelle. Au seul mot d*art, au seul nom d*arliste, il vous embrasse, et il pleure à Taspect du premier nez de son petit-neveu. En un mot, une fois usé, et des qu'il ne vaut plus rien, Tami des artistes, devenu excellent homme, tourne au sigisbé des artistes quinquagénaires et au brocanteur de tableaux. S*il lui reste des rentes, il tire des amis de sa cave et de sa cuisine. Voilà, monsieur, l'avenir de votre camarade, enluminé le mieux possible. Au revoir, et bonne nuit. »

Depuis ce jour, j*ai souvent rencontré mon ami Badoulot, et j*ai suivi avec attention ses transformations, admirant ses nombreuses spécialités. Il est triste de penser que ce travers, produit par une série d*avortements, se multiplie d*une manière effrayante depuis que Taristocratie de la pensée a détrôné les autres.

Mon ami Badoulot est en effet devenu un être multiple : tantôt il tourne au critique et rampe sous le fût des journaux, tout infecté de peintres échoués ou de musiciens inpartibus. Ces lettrés d'une espèce nouvelle se sont fuit un déplorable argot ; ils se sont créé un vocabulaire spécial dont Thorrible moi artistique est la bnse. L*amî des artistes est tranchant, loquace. Loin d'être le satellite des gens célèbres, il se fait planète à leurs côtes ; il professe des doctrines dont les célébrités ne sont que Texeniple pratique, et c'est lui-même qu'il admire en elles. Eu ces temps de spéculation générale, il est peu désintéressé ; il sait accaparer à petit bruit une collection de dessins, d'aquarelles, de croquis, d'autographes.

Il n'est pas de peintre qui n'ait eu à subir les impertinences obséquieuses de mon ami Badoulot ou des artistes marrons ses semblables. La quantité de ces mouches bovines devient effrayante. Combien de gens se font honiieur par le monde, au sortir de leur étude d'avoué ou do leur bureau de ministère, d'appeler les grands hommes par leur nom de baptême tout court, de leur crier de loin : a Comment te portes-^ui' » et de raconter les menus détails de leur vie, afin de paraître leurs familiers! Et puis, ce sont des ((ueslions ridicules, des requêtes indiscrètes, des observations slupides, et surtout des éloges à contre-sens, plus irritants que la critique mr*me ; des querelles à l'endroit de vos intimes convictions, ( t tout cela pour faire parade de leur jugement prodigieux, de leur étrange aptitude, et d'une vocation incroyable. Laissez-les dire, ils vous offriront des conseils. Je sais, a ce propos, un sculpteur qui, durant tout un hiver, fuyait de maison en maison un ami des artistes obstiné à s'insinuer dans son intimité en se recommandant d'une foule de noms qu'il qualifiait de ses bons amis, de ses frères par les idées. Notre sculpteur s'était soustrait à ce fâcheux, et l'avait perdu de vue, quand, p.irlant pour un voyage, il le retrouva dans la diligence, à ses côtés. Sur-le-champ, une dissertation artistique

fut établie, et le statuaire, ayant époiséleianpli ne sachant plus que devenir, se pendn fcnlailii son persécuteur, et, lui montrant en ùetimm revers, un gros marchand de laines qnîcaàÉii ingrate sous un bonnet de coton noir, QUém basse :

— Vous voyez ce gros papa simpkaai %' bien ! c*estH. do Lamartine qui voyage tae^f] pas l'air de le savoir.

— Bah ! répond l'autre; mais oui, Cii«^ connais à présent.... Il a beaacoap cngnÎKaa| on ne peut s'y méprendre.

Grâce à ce subterfuge, notre. scalpCenfrl toute obsession, au préjudice du marekii l'ami des artistes tourna son bel esprit «kita de sa conversation. Le ton inspiré de ïm d'une manière adorable avec la pesantevfcU s'expliquait pour celui-là par le désn* de meurer inconnu, et le sculpteur, écouta ce colloque burlesque avec un

Malgré des travers quelquefois difBcÔci i mon ami Badoulot a son bon côté ; il M h comme le feu, bien différent en cela i d'amis des artistes, la plus adroite de composée de gens qui ont des relations et qui font profession de prôner la jeiiBefli;è les anciens et d'admirer tout le monde m sont les plus polis, les plus humbles do ■ des jugeurs continuels, dont la critique tA mise, vu qu'elle est toujours favorable, b les arts, non pas de leur bourse, mais de kni et il devient avéré qu'ils sont de grands faits connaisseurs. L'acquisition de complète cette réputation, et les voilà connu de toute la France, lequel ne

Voici maintenant leur marche : obteaîr.

une légère mission dont l'objet touche i l'architecture , que saîs-je ? Ils en revîoi d'un titre, et alors ils se placent trés>liiea vernement (la partie payante) et les artîsta les amis. De sorte que l'argent qui va à ceux-U passe entre leurs doigts, et Us lairt l'excès.

Il se fait ainsi des fortunes, on ne sait noms se produisent, s'enflent, s*enflent, ropcens; et quand on s'avise un beau joarfi grande machine qui s'éleva dans les ûn^ rebondie, on crève un ballon, il sort da lo^ n'a plus même entre les mains une billeraét à*amis des artistes est loin d*étre le plis jusqu'ici trop peu observé. Comme ( sous leurs airs de bonté, ont des eicli secrètes, des préjugés, des intérêts, ils mi aux arts, enlèvent les récompenses i ccn fd ritent, pour en saturer leurs créatures sa m de leurs caprices.

Sur une plus basse échelle, Tami des souvent â un individu dont il développa hi. et de qui il explique la pensée. Hors ik/A crétin, sauf les morts, qui servent da pairie^ raison. Le peintre, du reste, n*a pas ài dévoué. Ce familier faii la palette, se missions dél catcs , des visites ani du bois au poêle de l'atelier, et ne pense que celle de voir sa tète dans le fond d'un tableau. Après à papillonner çà et là, il s'écrie le loir : a travaillé, notre ciel est descendn tantori

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ébauchées, nos des$ou$ finis, notre toile eon- . » Il est â la fois harassé de faUgue, et content K)gne; plus heureux que Tartiste, lequel ne ent que de la première de ces sensations

mnce, 1 «mi det artUUt, c est-à-dire de la éétrale, est lieutenant, avocat, clerc, marchand Ils de négociant, cafetiiT; dans tous les cas, il oumons et bons bras. En de telles amitiés, le pitc dans Testoniac, et l'on fraternise beaucoup. ins idolâtrés supportent la sympathie avec des titamores, et les bourgeois sont fiers d*être asienrs petites passions. La rivalité de la Dugazon remicre chanteuse cause bien des rixes, à moins Dor n*ait sagement débuté par confisquer cellee de droit. Au surplus, les comédiens provinconservé je ne sais quoi de bohème, de romale vagabond, de patriarcal, qui les rend plus nts que ceux de Paris, lesquels deviennent plus ement ennuyeux qu*on ne saurait le dire, «nmoins, et depuis quelques années, un symplyant de la maladie morale qui pAlit les coméla capitale se manifeste parmi ceux des dépar- Ce besoin de considération prosaïque les refis aspirent au droit de bourgeoisie; l'ami des Bvient pour eux un objet d*utililé, un porte-ress choisissent dans les notabilités, et qui, cajolé, ilé, sert alors au comédien de marchepied pour r jusqu'aux hobereaux de Tendroit. Grâce à ce Qcieux, Tartiste pourra se glorifier, comme ses ile des théâtres royaux, d*étro initié aux belles , d*aroir été couru par la meilleure société, et ar les dames du grand monde ( telles sont ses DS) dans toutes les villes où il a travaillé. il n'est pas juché â la cime de réchelle sociale, artistes dramatiques cl lyriques des départel obligé, pour s'élever jusqu'à eux, de se créer »rtance, de s*appuyer sur d'autres estimes, sur .relations non moins'précieuses.

git d*une ville de garnison, la tâche est facile, (artistes est' d'ordinaire celui des officiers, otsa le végète à Tombre des leurs. L'ami des artistes an jour de revue, de marcher au bras d'un can pantalon garance et de marquer le pas avec ite l'énergie de ses talons. Or, on sait que le français est vénéré et tant soit peu craint de }rovincial. L'ami commun d'Apollon et de Mars chargé de rapprocher artistes et militaires; il a les partout, il est la coqueluche de la Dugazon, ril veut de Tingénue, et |)résenterait au besoin

un offider on deux à U première chaotease. Uo semblable crédit loi donne à l'éut-major de la place et an Grand-Café une certaine consistance, tandis que ses familiarités avec ces messieurs du régiment, desquelles il fait parade au foyer du théâtre durant les répétitions, le posent parmi les acteurs comme un jeune homme da meilleur genre. Quinze jours après les débuts de l'an théâtral, l'heure du triomphe sonne pour l'ami des artistes. Un lieutenaut, un capitaine, ses protégés, véritables amis de la vigne et de l'art dramatique, sont introduits dans le sanctuaire où se prélassent, avant le lever de la toile, le duc de Guise et Zampa, Lucullus et Jeannot, Richelieu et M. Gagnard. D'un air à la fois débonnaire et chevaleresque, l'ami des artistes présente ses guerriers à ses comédiens ordinaires... On l'aime, on le remercie, on le félicite; c'est un grand homme, il comprend et encourage les arts, et il immole glorieusement toute la soirée le grossier public, le bourgeois, l'épicier, le pékin.

Que de rapports naturels entre le militaire et l'acteur de province ! Tous deux ne courent- ils pas de ville en ville, d'année en année? ne sont-ils pas tous deux pleins d'indépendance et de servitudes, et ne volent-ils pas l'un et l'autre â la gloire trompeuse par des chemins différents?

On reconnaît généralement l'ami des artistes à la manière dont il exagère les habitudes, les allures des objets de son affection. Son chapeau est plus pyramidal, sa cravate p/us contmlsive, son col plus rabattu, sa barbe plus moyen âge, son gilet plus débraillé que chez l'artiste. Son mobilier a l'air d'une boutique de bric-à-brac; il couche en un lit sculpté, tout hérissé d'arabesques horriblement poiiAues. S'il faisait un mouvement durant le sommeil, il ne se réveillerait pas, car il se fendrait le crâne jusqu'au sternum. Ses buffets du temps de Clodion le Chevelu poussent des cris de hyène quand on les veut ouvrir ; il possède rêpée à deux mains du Sanglier des Ardennes, fabriquée pour six francs (il l'a payée soixante) dans la cour du Dragon, ou dans la rue du Feurre, avec un ex-barreau de la grille si indignement détruite de la place Royale. L'ami des artistes méprise son bottier, son tailleur, son valet, son épicier, et jusqu'à son marchand de vins. Il voudrait que chacun fût ami des artistes, et ne fit rien autre. Dors de la question d'art, il ne doit être question de rien. Parmi les gens du métier, il n'en estime qu'un seul, celui qu'il a élu ; le premier génie du siècle à son avis.

L'ami des artistes procède avec uniformité dans ses débuts ; les traits de son origine sont constamment les mêmes; imagination vive, sympathies vagues, sans activité, sans esprit d'ordre et d imitation, et notre ami Jean Badoulot peut servir d'exemple à la règle. Mais, après un certain nombre d'années et d'influences en sens divers, il s'établit de notables divergences; des spécialités se séparent. Il est des artistes de tant d'espèces!

Parfois on rencontre aux Tuileries certains vieillards à l'œil vif au milieu d'un masque usé, pâle, sillonné de rides longitudinales. Vêtus avec propreté et à la mode de demain, ces jeunes gens d'un autre siècle ont grand'peine â vivre entre les murailles de leurs redingotes pincées, qui s'obstinent à faire prendre à un vieux corps des allures adolescentes, maugré des rébellions de la carcasse. Appuyés fortement, mais avec hypocrisie, sur des joncs plus robustes qu'ils n'en ont l'air, ces messieurs se dandinent le long de l'allée des Feuillants, montrant les façons agréables de gens qui marchent sur des œufs. Un binocle pend à leur cou soigneusement abrité par une cravate blanche, haute, directoriale, des-

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Ud^ i masquer les flasques ondulations de la peau aux régions lous-mixiltairos. 'Smis des chapeaux irréprochablrs. ils rassemlilent en toiifTes, do chaifue côU* du visage, à Torce de tirer et de rouler, certains cheveux empruntés on ne sait où. L<>s poils qui sont nés sur la nuque, forcrs à de longs voyages, parcourent les drux tiers de la sphère occipitale, et s*cn viennent expirer, éparpillés et maigres, au bord dos déserts frontaux. Toutes les ressources sont employées, tous li s côtés faibles défendus, et chaque jour ThabUe général dispose les débris de ses troupes sur la broche ouverte.

Ainsi affûtés. ap|irétés, bichonnés, ces gens d'un Hge indicibli!, d*un sexe niômc problématique, tant ils se sont épilés dés leur première gelée blanche, s*en vont roides comme bâtons, poupées a ressorts, momies gai vanisées, colportant ça et la un éternel sourire stéréotypé sur un double râtelier de Pcrnct.

Suivez un décos originaux dopuis une heure de l'après-midi; c*est rinstaut de lour le«cr. Après une courte promenade, il se rendra au cabin t de lecture. Les fi uilies du jour parcourues. socou«le promonade, suivie d'une visite au pa$Lry-conk, puis à un club quelconque, où il ne irouvora que le garçon de chambre. Eniin, nouvi 1 assassinat du tomps jusqu'au diuer, apros qu i soance énorme, et non sans di>rmir, dans un café. A toutes b-s minutes du jour, cet homme a bâillé; les signes de l'ennui le plus pe>ant. le plus épa s. se sont traînés sur son visage; son épine dorsale fléchissait mémo sous le poids de Tennui; Tennui faisait Uageoler ses jambes.

Unit heures sonnent, et voilà qu'il se réveille, secoue le plomb dont il i st comme ap; esanti, remonte jusqu'à ses oreillessesfaux-coisen talus, ramonesnr l'occiput >on cheveu épan au Tond «lu chapeau, se sourit avec bonté. sVmbrasse et se précipite, joyeux, en fredonnant Adolphe et Cara, hors du Coffee haute car il recherche les établisst nients anglais, on ne peut que la s'ennuyer six heures K.UIS ôlre interrompu).

Ce brave homme ne vit que quatre heures, non par jour, mais par nuit. Il est Pami des acteurs, dos actrices du vieux tomps, et de ces auteurs tragi(|ues déjà rares, espères disparues comme les mastoduites, lesquels (lesquels autours) sont situes dans la timibe. quant aux pieds, et de qui la tôlo s'im-line sous le bocal académique.

Donc, au sortir du café, notre b.imme se rend au foyer dn la Comédie-Française, ou ch<'Z quelque acteur retiré de la sc<'ne, ou chez quoique ex-notabilitô hoxamôtri(|ue; et la, retrouvant quelques tronçons de colonnes grecques ou romaines, quel(|ues ombres d'Achille ou d'.Vgamemnon, évoquées par le Tirésias du logis, il se livre a

la poésie des soavemn. à des eipwiii U gnes el eontemporaines de Pjlade d nntt pelle de grands saccés imldiéft, des mmb j depuis longtemps, et Ton parle de pièmèi gens illustres qne personne n'a imahiriH l'on paraphrase sur de» tons Umenlalki bii colique du poète : O PrœUriiOê f ...

Au milieu de ce cercle» il est nne criitoii en question est spédalenient (îlcheiii:chea première non moins éternelle qne kpi^éli tique idalie. Noire homme nourrit f^dapi platonique et malheureuse. Il m TioàhgM routinier; Il flèche de Cnpîdon 8*«AM poitrine, et la plaie s*est refermée. Cm^ ne trouve plus de mots pour la loacr;lmv« tous ses rôles ; chique succès de rokjsÉlaf avec la date fatale, en trait» de Fen daisHi dés qne survient un nouveau triomphe.hM riographe enchanté amène à cette Puw^m du temps jadis. Alors il est qnestioo dttiipia taie, du Philinte, du Petit Chapmm-Ëa^t tandinrs; hélas!... de ilose et Colas, rt^ài de Figaro I.,.

Quel supplice pour cette iogéBae,fîi^ l'heure d'être embrassée sur le (rootpvM^ elle serait l'aïeule! Le rougo lui eo éélHivi mettes, et ses faux cheveux se dreasest Ami lieu des roses qui y sont mêlées! CoHiéi vioiiii, celte déosse. comme elle peni* ta! nuité la plus primitive, comme elle parti i trille et la roulade. Vami deê ortiMlawAm ressouvenirs à ce buisson d'immortcki'^ crépuscule du soir pour Taurore anUpài Quant à sa vie, à lui, il la dira sanspâa.

Cet homme n'a jamais rien fait. ria.lliB^< au régiment de la reine, il se lia,aai«i9* bourg, avec l'intendant des menus, \tfé, s lui donna à souper chex des filles dt)J8i.li Mole, mademoiselle Clairon, et eoeovacclsi la petite D***... ici présente et toojoosiW tite D**' fait une grimace diaboliqae). Bf^ai k l»as quitté les coulisses; il sait loot k vin *1 c'est lui qui a enseigné é Talma son t Qi'ai croit entendre encore Lekain s>

Et sa tête i la main,

Bien qu'il fût jonne alors» le gatfe il >V semblait se décapiter et manier i le son de cette voix vibrante, le i poétique horreur.

Puis il se tourne vers la jeane*!

à perpétuité; il lui reproche qu'elle lui a dérobés, celte enflii surnaturelle, mais inhunuine. Et roetMiii stante affection. Pauvro ami! hilas! IcÉlHf ques lueurs d'espoir. Un jour, apria m «f tre, ou avait montré quelque pitié, M ip^i un rendez-vous même... Mais ieadarthijdH renversé, et... la catastrophe du i% aeil«.

Personne ne connaît le surplus iacrik M cet endroit critique la Jeuoe-pramicn^Mdi un catarrhe peu éloigné, tousse d'anab' roulant des yeux peu langoureux; I^HiWui tion brisée dans sa poclie, d'oà D rIm wê uiére, et tout fiuit par

Vous pUli-U on morceau da aa jas dii^W

L'AMI DES ARTISTES

r aeUun n*omet pas nne occasion de ciler, e la citation le conduit à Vanecdote, et Tabiographie.

a Yieille scène lyrique et trafique a eu plu- >n8, plusieurs amitiés administratives : son fait foi. Rien de plus hétérodoxe. Chacun de est le legs d*nn grand acteur ou une acquisa Tente après décès. Sur les murailles sont liïrenx petits portraits en taille-douce, enca- M$ noir de ramitié, selon le précepte de I. Bien qnll soit riche, cet étrange mortel Il ; ses rennos passent en cadeaux considélisall jadis i Tipstar des ducs tel et tel. Or, il léroger. D'ailleurs, les attentions de ce genre it des caresses douces à son cœur; et puis, artistes, nous jetons Tor par les fenêtres. ites les gloires ses contemporaines ont disil se trouve enCn seul, sans artistes à couretire à son tour, il abandonne le théâtre, est endommagé, il a vécu plus longtemps iptait, et il est forcé d'aller prendre sa resertain château délabré dont il porte le nom, iamais vu. Ses habitudes s*y trouvent dérannce le glace, les regrets le minent; comme irs vertueux, il aime à voir lever V aurore; fatigue, ei il meurt avec les feuilles, intique ami des artistet, doux, poli, sensii, et d une éducation irréprochable. Aujoure est rare. Les acteurs n'aimant qu'eux-méurs seuls amis; et leur morgue, qui dédaigne et protège leurs lauriers, rebute l'humble mdrait s'attacher é eux. L'ami des acteurs du nialisle ou capitaliste. Dans le premier cas, canaille, dès qu'il a le dos tourné; dans le

second, on s'en rit comme d'une dupe. Cependant les Tienx poètes ont encore de vieux amis a qui ils lisent de vieux poèmes sur de vieux sujets, et de vieil'es mnins applaudissent ces chefs-d'œuvre inconnus. Ils s'accordent, auteurs et admirateurs, à déplorer le méchant goût du siècle et d excommunier, à exorciser les jeunes gens, qui n'en sont pas reconnaissants, les ingrats I

Quand une fois l'ami d'un artiste a vécu trente ans d ses côtés, il est plus qu'un parent, plus que la femme et les enfonts. A force de suivre son idole, de l'écouter, do l'examiner, il est parvenu d la connaître ; il sait les replis de cette Ame, et il ne s'isole plus de cet autre luimême. Le vieil ami de l'artiste pense alors avoir acquis des droits sacres.

Apres la mort de mademoiselle Duchesnois, quelqu'un fit re:icontre d'un vieillard qu'il avait connu chez elle. Cet homme était pâle, obnttu, consterné. On s'efTorça de le consoler, mais en vain « Ce n'est pas tant, s'écriait-il, sa perte qui m'afllige, que son horrible ingratitude. Croiriez-vous, monsieur, qu'elle est morte sans me rien léguer dans son testament... d moi! A moi qui depuis trente ans dinais chez elle trois fois par semaine,,. »

Malgré la ferveur de ces sympathies pieuses, Dieu vous garde, artistes, des questions et de la logique de l'ami fatal ! C'est le malin qui l'a suscité pour vous induire au péché d'impatience et de colère.

Un tel travers, nous l'avons dit, est le résultat d'un orgueil puéril, d'un enthousiasme immodéré et d'une impuissante ambition. La paresse y contribue souvent. Par malheur, on ne devient point habile par l'acquisition d'une teinture générale des choses de la science, et l'érudition d deux sous ne conduit qu'au bavardage, à la fausseté du jugement, la pire des qualités et la première de celles qui constituent Vami des artistes.

Pim Inp. oe i:do jaid Dlot, rue Saint-I^ais, 40.

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