La lettre est dans Remling, t. II. p
acte de rigueur que pour rendre public le ressentiment qu'avait la nation française des provocations de l'évêque et des magistrats, et du secours qu'ils avaient accordé à ses plus cruels ennemis, les émigrés. » Il déclarait en outre que la contribution demandée à la ville serait supportée exclusivement par les magistrats et que les sommes que pourraient avoir fournies les habitants devaient leur être remboursées par leur gouvernement. La proclamation de Custine ne laissait aucun doute sur sa résolution de frapper les nobles, les couvents, l'aristocratie municipale, et de ménager le peuple :
... La guerre que nous faisons aujourd'hui, si différente de celles qui l'ont précédée, est dirigée contre tous ceux qui ont prévariqué dans l'usage des pouvoirs confiés, et non contre les peuples. Vos magistrats seuls doivent supporter la rançon qui est imposée à votre ville ; telle est la volonté de la nation française.
Toutefois, sur les remontrances du professeur Bœhmer, natif de Worms, secrétaire et ami politique de Custine, représentant que les habitants de Worms, lors même qu'ils seraient épargnés personnellement, se considéreraient comme frappés dans la personne de leurs magistrats, Custine consentit à réduire de moitié la somme imposée à la ville. On retrouva d'un autre côté ce que l'on venait d'abandonner. Les seigneurs 4u chapitre prétendaient faire supporter aux couvents de la ville une partie de la contribution dont on les avait frappés. Ceux-ci réclamèrent auprès de Custine. Inspiration malheureuse 1 Le général républicain, apprenant l'exis-
tcnce à Worras de riches fondations, leur appliqua une contribution particulière de 370,000 livres. Le système des généraux de la Révolution rappelle à certains égards la conduite d'un de nos vieux héros populaires, Bertrand Duguesclin, dans la ville pontificale d'Avignon.
La prise de Spire n'avait produit qu'un médiocre effet en Allemagne : on croyait que Custine se bornerait à enlever les magasins impériaux et ne pénétrerait pas plus avant dans le Saint-Empire. Celle de Worms épouvanta : on commença à fuir de toutes parts. En revanche, dit un ennemi de Custine ',
Le petit peuple des villes et du plat pays, séduit par les prédicateurs de la nouvelle religion civique, ayant connaissance des proclamations des généraux Custine et Neuwinger, sachant que les troupes françaises vivaient paisiblement et sous une bonne discipline, que tout ce qu'on leur fournissait était payé en argent comptant, ne craignaient point leur arrivée dans les pays qu'ils habitaient ; peut-être même la désiraient-ils: car les paysans, voyant que la guerre n'était dirigée que contre les grands, la noblesse et le clergé, devenaient insolents, comptant sur l'impunité. Même quelques-uns d'eux s'avisaient d'avoir un ton haut vis-à-vis des gens en charge qui, par prudence, en ces circonstances embarrassantes, prenaient le parti de supporter les injures et de se taire.
La nouvelle de la destruction de l'armée mayençaise et de la prise de Worms avait répandu la terreur à Mayence, comme dans toute la région du Rhin.