CHAPITRE X
f.c t'ongré«« de Rasitadt ( I30S-09).
De récents historiens allemands * ont raconté comment les divisions s'introduisirent dans le l'amenx « concert » des rois contre la France et comment la première coalition fut dissoute. L'élan chevaleresque qui, dans la campagne de 1792, avait entraîné le roi de Prusse dans les plaines de Champagne, se ralentit bientôt; dans celle de 1793, il prétend n'être plus qu'une puissance auxiliaire de l'Autriche ; dans celle de 1794, il devient puissance mercenaire à la solde de l'Angleterre et ne lui en donne même pas pour son argent. Après Valmy, il s'était déjà laissé engager dans des négociations avec Dumouriez, même avec le jacobin Westermann. Les affaires de Pologne captivaient maintenant toute son attention. Il ne se souciait pas
i. EfËUSser, Deutsche Gischichte, t. II.— SyLel. Gesehicàte der Révolu tMiSzeiL t. ÏII et IV.
d'aller combattre en Occident pour y favoriser un agrandissement de l'Autriche, pendant qu'en Orient l'Autriche et la Russie se partageraient la Pologne à son préjudice. Son entourage en revenait à la vieille idée de Frédéric II : à savoir que l'ennemie naturelle de la Prusse, c'était l'Autriche. On fit des ouvertures à Bâle, à deux agents secondaires de la République française; puis on en vint à des négociations régulières ; finalement on signa la paix de Bâle. Les articles publics de cette paix stipulaient que les Français évacueraient les possessions prussienne^ de la rive droite du Rhin, mais garderaient celles de la rive gauche ; que la République accepterait la médiation de la Prusse pour les États de l'Allemagne du nord ; que les Français cesseraient de faire la guerre dans cette partie de l'Allemagne ; que, même pour les États du sud (l'Autriche exceptée), ils ne recommenceraient pas les hostilités avant un délai de trois mois; que dans l'échange des prisonniers prussiens et français on comprendrait également ceux de .la Hesse, de la Bavière, de la Saxe, de Mayence. Les articles secrets laissaient à la France les mains libres en Hollande contre les Anglais ; s'il arrivait que la France se ftt céder les provinces rhénanes, la Prusse serait indemnisée pour les territoires qu'elle y possédait; si elle s'annexait Deux-Ponts, la République payerait au duc 1,500,000 thalers qui lui étaient dus par la Prusse; pour assurer aux États de l'Allemagne du nord le bénéfice des avantages que la Prusse avait stipulés pour eux, on tracerait une ligne de démarcation infranchis-
sable aux armées belligérantes ; si le Hanovre s'obsfinait à troubler la paix de l'Allemagne neutralisée, la Prusse occuperait le pays (5 avril 179S).
La Prusse semblait arriver plus sûrement par la paix que par la guerre à la réalisation du rêve de Frédéric II : l'Allemagne du nord groupée tout entière sous son patronage. C'était sous l'égide prussienne que les États du nord allaient goûter les bienfaits de la paix, tandis que le sud de l'Allemagne serait en proie à la guerre. Partout oii l'on accepterait la médiation prussienne, où l'on se renfermerait dans le cercle magique de sa ligne de démarcation^ on serait en sûreté. L'Allemagne du sud pouvait se soustraire à l'influence autrichienne et imiter celle du nord : à tous les États secondaires de l'Empire, la paix de Bâle accordait un délai de trois mois pour entrer dans cette confédération des neutres. Ces avantages n'étaient achetés d'aucun sacrifice ; si l'Empire perdait la rive gauche du Rhin, la Prusse était d'avance assurée d'une indemnité; mais, qu'on le remarque bien, elle n'avait pas cédé un pouce de territoire prussien ou allemand ; elle avait réservé à l'Empire et à la Diète de Ratisbonne la solution des questions territoriales ; bien plus, le négociateur français Barthélémy avait donné à entendre que la République ne revendiquerait probablement point les bords du Rhin. La Prusse pouvait même protester qu'elle ne faisait point une paix séparée, mais qu'elle ouvrait la voie à la pacification générale. Hardenberg, l'auteur de cette paix, avait donc le droit de la déclarer « sûre, avantageuse et
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honorable. » Mais c'était surtout pour la République française qu'elle était tout cela.
On s'occupa ensuite de fixer la ligne de démarcation. Elle suivait le cours de l'Ems depuis son embouchure jusqu'à Munster ; de Munster elle se dirigeait sur le Rhin, qu'elle atteignait à Duisburg ; de Duisburg à l'embouchure du Mein, elle se confondait, naturellement, avec le cours du Rhin ; elle enfermait alors les territoires de Darmstadt, de Franconie, de Haute-Saxe et laissait en dehors d'elle, exposés aux coups des Français, les cercles de Haut-Rhin, Rhin-Électora], Souabe et Bavière, ainsi que la Bohême. Le Saint- Empire se trouvait donc partagé en deux fractions : l'Allemagne du nord, soumise à l'influence prussienne et en possession de la paix ; l'Allemagne du sud, où dominait l'influence autrichienne et oii la guerre sévissait.
La colère fut grande dans l'Allemagne du sud et à la cour de Vienne contre la Prusse. « La Prusse, s'écriait un pamphlet de ce temps, s'intitule amie des Français, c'est-à-dire des régicides, des incendiaires, des parjures, des athées... La Prusse introduit au sein des nombreux États de l'Empire les prêcheurs d'égalité et de liberté, les satellites des illuminés et des propagandistes, les destructeurs du trône et de l'autel, les ennemis des princes et de la noblesse, les adversaires de la sécurité et de la propriété, les sangsues du peuple, les destructeurs des bonnes mœurs *.»
1. Noch tinmal Bemcrkungsn ûber den anderen p'.'citssischen Vertrag vjm 17 mai 1795.
Ailleurs, on représentait la Prusse comme une nation de proie, dont on prenait plaisir à relever tous les forfaits, comme une création éphémère du génie de Frédéric II, aidé du patronage des Bourbons, et qui n'ayant plus ni Frédéric, ni les Bourbons, allait tomber en dissolution \
D'autres s'affligeaient de ïa dissolution plus visible et de l'impuissance de l'Empire. L'exemple de la Pologne s'imposait, comme toujours en pareil cas, aux esprits troublés. « Cette fameuse liberté allemande, c'est l'absence de loi et de gouvernement, dégénérée en mépris des lois et décisions de l'Empire. Bien considérée, elle n'est, comme la liberté polonaise, ni plus, ni moins, que le triste droit de l'aristocratie, de la haute et basse noblesse d'Empire à traiter ses sujets en esclaves, et, dans le plus pressant danger, de ne contribuer en rien au salut de la patrie ; de la pousser au contraire aux abîmes, par la continuation de l'oppression et des abus^ »
Les princes du Saint-Empire devaient être à l'Empereur d'un faible secours contre la France. Sans doute ils sévissaient avec assez de zèle contre les nouveauté:; révolutionnaires, proscrivaient dans leurs
1. Patriotische aber ehrfurchtvoUe Bemerkungen ûher die von S. Jl/. dem Konige von Preussen zu Regcnsburtf gemachte Erklx- 1-ung.