‹ Les Français sur le RhinChapitre 32 sur 35 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

lie nouvel Kiiipirc Carolingien (1S04V

Cepeadaut cette République que les peuples du Rhin avaient acclamée et qui avait dompté l'Europe aristocratique et monarchique, n'existait plus. Sur un désir discrètement exprimé par Bonaparte, Sénat, Corps législatifetTribunat s'étaient «rués dans la servitude.» Seul, Cambacérès, inquiet pour l'avenir de ces grands mots d'empire des Gaules et d'empire de Charlemagne, Mvait fait une opposition modérée, « C'en est fait, (lisait-il à ses familiers, la monarchie est rétablie ; mais j'ai le pressentiment que ce que l'on édifie ne sera pas durable. Nous avons fait la guerre à l'Europe pour lui donner des républiques, filles de la République française ; nous la ferons maintenant pour des monarques, fils ou frères du nôtre, et la France finira par succomber à ces folles entreprises. »

Cet Empire nouveau était un plagiat de toutes les institutions impériales du passé. On y retrouvait

l'empire romain, avec ses tribuns, son sénat, ses préfets, son impei-ator couronné de lauriers. Mais c'était surtout le souvenir de Charlemagne et des empereurs allemands qu'on invoquait à tout propos. Comme au moyen-âge, le nouvel empereur de l'Occident allait dominer l'Italie, l'Allemagne et la Gaule, convoiter la frontière de l'Ebre, guerroyer contre les peuples d'au-delà de l'Elbe et du Danube, ceindre la couronne de fer des rois lombards, donner à son héritier le titre de roi de Rome, se faire sacrer par Je pape. La querelle des Hohenstaufen et des Alexandre III allait recommencer entre Napoléon et Pie VII. Le nouveau César, en parlant des prélats français, rhénans, italiens, dirait : « Mes évèques. » Il écrirait au pape : « Charlemagne, mon auguste prédécesseur, en concédant certains domaines aux évêques de Rome, ne les leur avait donnés qu'à titre de fiefs et sans que Rome cessât de faire partie de son empire....: Votre Sainteté iVÎ^ est le pape de Rome, mais, moi, j'en suis l'Empereur.» Charlemagne avait distribué à ses fils les royautés vassales, donné l'Aquitaine à Louis, l'Italie à Pépin, la Germanie à Charles : Napoléon donnera la Hollande à Louis, la Wesphalie à Jérôme, Naples ou l'Espagne à Murât et à Joseph, la vice-royauté d'Itafie à Eugène. A Aix-la-Chapelle, Charlemagne avait pris le diadème sur l'autel et obligé son fils à se couronner lui-même ; à Paris, Napoléon arrachera le diadème des mains du pape, le placera fièrement sur son front, puis de ses propres mains couronnera Joséphine. Les empereurs allemands avaient fait des électeurs ecclésiastiques, du

Li^ NOUVEL EMPIRE CAROLlNlilEN (1804). 373

roi de Bohême, du margrave de Brandebourg, du palatin du Rhin, du duc de Saxe, leurs archi-chanoehers des Gaules, de Germanie, d'Italie, leurs grandéchanson, archi-trésorier, archi-tranchant, grand panetier, etc. Napoléon, lui aussi, aura, outre ses maréchaux, un grand Électeur, un archi-chancelier d'Empire, un archi-chancelier d'État, un archi-trésorier, un connétable, un grand-amiral. Pour le moment il se contentera, dans ces grandes charges, de Lebrun, de Cambacérès, de Joseph, de Louis ; mais, pour avoir la pensée du maître, écoutons ce que disaient les gens de la maison : « Les souverains d'Allemagne prendront les titres de l'Empire, tels que archi-chambellan, maréchal, grand-échanson, et déféreront bientôt à notre monarque le titre d'empereur d'Occident. ... Le prince Jérôme Bonaparte sera, dit-on, vice-grand-amiral * ».

La restauration de l'empire d'Occident était flagrante : l'esprit d'imitation |^c retrouvait jusque dans le costume et les oripeaux du sacre. C'était la couronne, c'était le sceptre de Charlemagne que Napoléon avait fait venir d'Aix-la Chappelle pour son sacre de Notre-Dame ; et, dérision du destin, c'étaient d'anciens généraux de la République, sous les yeux du peuple révolutionnaire de Paris, qui, sur des coussins de velours, portaient gravement ces reliques cétrolingiennes.

La PrusGa reconnut sans difficulté le nouvel Empereur. L'Autriche, déjà engagée dans la coahtion,

{ Lettre de Salha, 15 août 1807, dans Môm. et Con^esp. du rot Jérôme, t. III, p. 101.

exigea complaisance pour complaisance : elle reconnut l'EiTipereur des Français, mais elle lui fit reconnaître l'Empereur électif d'Allemagne comme Empereur héréditaire d'Autriche : le traité de Presburg devait montrer que cette précaution n'était point inutile. Le nouvel Empereur des Français prenait le pas sur l'Empereur d'Autriche, mais le cédait à l'Empereur d'Allemagne. La Germanie s'émut de l'apparition du nouveau Charlemagne qui se levait à l'occident, triplement consacré par la victoire, par la main du pape et peut-être aussi par le sang des rois. Des deux successeurs de Charlemagne, quel était le légitimé: l'Autrichien ou le Français? François II avait pour lui la tradition, ininterrompue depuis le grand Karl ; inais Napoléon régnait sur les peuples qui avaient obéi à Charlemagne: les Gaulois, lesBataves, les Germains d'Occident, les Italiens : tandis que son rival commandait surtout à des peuples qui, au temps de Charlemagne, avaient lutté contre la conquête franque, aux descendants des Tchèques, des Illyriens, des Avares. Déjà les poètes et les archéologues avaient trouvé un moyen de concilier ces prétentions rivales. Le Napoléon et le Hapsburg avaient droit tous les deux à l'aigle romaine : l'un serait Empereur d'Occident, l'autre Empereur d'Orient.

Cette restauration carolingienne qui frappait les imaginations tudesques s'accusa surtout dans le voyage

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