Sagard, Hist. du Canada, p
l’enseignement primaire 135
mais pour ce qu’elle ne s’apprend qu’avec peine et un grand temps, peu de Hurons voulaient s’y adonner et se contentaient de compter les feuillets de nos livres, et d’en admirer les images avec tant d’attention qu’ils perdaient tout autre soin, et eussent passé les jours et les nuits entiers, qui les eût laissés faire ; mais un si fréquent maniement de nos livres, qu’ils demandaient à voir à tout moment, les uns après les autres, principalement la Sainte Bible, pour sa grosseur et ses images, les perdait (les livres) et (les) rendait tout frippés1 2. ”
Sagard nous montre ensuite les Hurons préférant l’école buissonnière, et leurs maîtres d’école, les Récollets, s’efforçant de les attirer par la douceur et la patience. “ Nous avions commencé d’enseigner aux enfants les lettres et l’écriture, mais comme ils sont libertins* et ne demandent qu’à jouer et se donner du bon temps, ils oubliaient en trois jours ce que nous leur avions appris en quatre, faute de continuer et nous venir retrouver aux heures que nous leur avions prescrites ; et pour nous dire qu’ils avaient été empêchés à jouer, ils en étaient, quittes, sans autre plus grande cérémonie, aussi n’était-il pas encore à propos de les rudoyer ni reprendre autrement que doucement, et par une maniéré affable les admonester de bien apprendre une science qui leur devait tant profiter à l’avenir, s’ils s’y adonnaient avec soin, plaisir et contentement .