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Leclercq, Premier établissement de lafoy, pp

votre Majesté tant à ce voyage de cette terre étrangère, découvertes du pays qu’en la conversion des peuples, plus sauvages en la connaissance de Dieu qu’en leur conversion civile, ils ont différé de donner leurs avis touchant cette entreprise jusques à ce que l’espérance secondant leur bonne volonté ils pussent, avec tant plus de certitude qu’il importe de ne parler aux rois que d’affaires bien digérées et mûrement considérées, proposer à votre Majesté ce qui est nécessaire en cette affaire, et bien qu’il semblât être de leur devoir dès les premières années de leur séjour au dit pays avertir votre Majesté de ce qui était à faire pour la continuation de cet auguste dessein, ils ont estimé que les lettres annuelles qu’ils ont écrites depuis leur arrivée suffisaient jusques à ce que le pays et les peuples leur fussent davantage connus, afin que selon qu’ils trouveraient tant de la disposition des peuples que des profits que l’on pourrait espérer de la terre, ils jugeassent ce qui serait plus à propos.

Or est-il qu’à présent que la hantise des peuples les a rendus savants en leur recherche et que les voyages qu’ils ont faits de cinq à six cents lieues dans les terres en la compagnie du sieur de Champlain, lieutenant sous votre autorité de Monseigneur de Montmorency, vice-roi du dit pays, leur ont acquis la connaissance tant désirée des peuples de diverses contrées, et voyant les, grands et manifestes profits qui peuvent réussir à la gloire de Dieu, augmentation du sceptre et de l’empire des Français, contentement singulier de votre Majesté et profit et utilité de tous ses sujets, les

LE DÉLÉGUÉ DE LA COLONIE

suppliants ont jugé être expédient, voire grandement nécessaire de déclarer ce que, en conscience, ils reconnaissent être de toute cette entreprise afin qu’il plaise à votre Majesté de leur accorder le contenu en leurs mémoires ci-attachés. ”

Les Récollets rappellent qu’ils habitent Québec, “ bâti par la diligence et industrie singulière du sieur Champlain. ” Ils signalent la beauté du Saint-Laurent, l’abondance de la chasse et de la pêche, le commerce des fourrures, la bonté des terres, la richesse des mines, l’abondance des matériaux nécessaires pour la construction des navires ; ils font remarquer au roi qu’un pays étranger maître du Canada pourrait “ tenir en bride et contraindre plus de mille vaisseaux de votre état qui viennent annuellement aux pêches dont ils emportent les huiles, morues, baleines et saumons, dont vos sujets se servent. ” Si l’ennemi venait à connaître les richesses et les avantages du Canada, nul doute qu’il voudrait s’en emparer, et rien de plus aisé puisqu’il n’y a rien de fait pour le défendre. N’y a-t-il pas jusqu’aux Rochelois “ qui tous les ans apportent armes et munitions aux Sauvages, les animant à couper la gorge aux Français et ruiner leur habitation. . .

“ Les suppliants ont donc jugé être de leur conscience de donner avis à votre Majesté de l’intérêt qu’elle a en la conservation de cette terre qui promet, en la continuation des labeurs précédents, un passage favorable pour aller à la Chine ; ce qui est autant plus facile à conserver et maintenir, Sire, sous votre domination, qu’il est aisé à l’étranger

imprimer sur le front de la France une tache perpétuelle et indélébile, pour n’avoir su conserver une terre qui était à l’augmentation de sa gloire. ”

Il faut citer et retenir plus particulièrement la dernière partie et la conclusion de cette requête. Il faut conserver le Canada pour toutes les raisons précédentes, mais cette “ conservation dépend de l’entretien de la religion par l’autorité de la justice, quand elles y seront toutes deux appuyées et maintenues par la force d’une garnison établie en un fort, qu’il faut bâtir sur la croupe d’une montagne1 qui tiendra plus de dix-huit cents lieues de pays sujet, attendu qu’il n’y a aucun abord reconnu que l’entrée du dit fleuve de Saint-Laurent, ce qui fera réussir le commerce et le rendra grandement profitable et par ainsi votre gloire augmentée et une nouvelle fleur à la couronne française.

“ Sur ces considérations, Sire, plaise à votre Majesté accorder aux suppliants le contenu en les articles ci-attachés pour la conservation du dit pays, accroissement et entretien de la religion chrétienne en iceluy ; et ils continueront leurs labeurs et leurs prières pour l’augmentation de votre empire et la prospérité de votre Majesté, outre que les âmes, qui seront par ce moyen conduites au christianisme, rendront leurs prières, leurs biens et leurs vies tributaires de son sceptre2. ”

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