Cap Diamant
2. Il existe aux archives de Versailles une copie du temps de la requête des Récollets au roi de France. Nous l’avons suivie de préférence. Mais Sagard cite fidèlement ce document dans son Histoire du Canada, p. 79 à 85 inclusivement. Voir aussi Leclercq, Premier établissement de lafoy, i, p. 187 à 197.
LE DÉLÉGUÉ DE LA COLONIE
Pour réaliser de si belles espérances, le Père Le Baillif exprima les trois demandes suivantes :
“ Pour le regard de la religion : Que défenses soient faites à tous sujets de votre Majesté faisant profession de la religion prétendue réformée d’y habituer ou entretenir aucune personne de quelque nation que ce soit de la dite religion prétendue réformée, sur les peines qui seront jugées raisonnables.
“ Qu’il plaise à votre Majesté fonder un séminaire de cinquante enfants des Sauvages, pour six ans seulement, à raison de cinquante écus pour chacun qui feront par an 2500 écus, après lequel temps de six ans, ils pourront être entretenus, voire un plus grand nombre, du revenu des terres qui seront cultivées pendant le dit temps, lesquels enfants sont tous les jours offerts aux suppliants par leurs parents pour être instruits et élevés en la religion chrétienne; et, pour ce, donner une abbaye pour le revenu y être employé, la nourriture des religieux de la dite abbaye et l’entretien préalablement faits.
“ Pour le regard de la justice : Il est grandement nécessaire que sa Majesté accorde que la justice y soit exercée avec tant plus de puissance que les commencements des peuplades sont plus importants, afin d’éviter les reproches de nos voisins et aussi pour ne permettre que sous l’autorité de sa Majesté il se commette des voleries, meurtres, assassinats, paillardises, blasphèmes et autres crimes, déjà par trop familiers entre quelques Français habitant en la dite terre.
“ Et pour le regard de la force : Celle-ci étant
l’humeur radicale qui soutient les deux précédentes, il plaira au roi de donner de quoi bâtir un fort dans le pays, une tour à Tadoussac, lieu qui est l’unique abord des vaisseaux, et l’entretien pour six ans d’une garnison de cinquante hommes propres pour la construction et conservation du dit fort.
“ Finalement, qu’il plaise au roi donner au sieur de Champlain, de son arsenal, des canons, poudre et munitions, et augmenter son autorité et ses pensions de lui et sa famille, son appointement de 200 écus n’étant suffisant pour un tel entretien1. ”
Ainsi que le remarque Leclercq, le roi de France avait alors à faire face aux nouvelles menées du parti calviniste. “ Les circonstances, écrit Ferland, étaient sans doute bien peu favorables pour que le roi prêtât attention aux demandes d’une colonie naissante, située au delà des mers. Cependant le Père Georges ne laissa pas d’obtenir les principaux articles de son cahier. Il fit dresser plusieurs règlements très avantageux à la colonie et terminer les différends des deux compagnies par un arrêt du Conseil d’Etat, qui les réunissait en une seule2. ”
La compagnie des sieurs de Caen, devenue seule détentrice du Canada, s’engagea, entre autres choses, à “ nourrir six Pères Récollets à l’ordinaire . . . , six familles de laboureurs, charpentiers
1. Sagard, Hist. du Canada, pp. 88, 89, 90. Leclercq, Premier établissement de lafoy, i, p. 197 à 199.