‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 149 sur 344 · Sagard, Hist. du Canada, p · texte numérisé non relu

Sagard, Hist. du Canada, p

à la maladie ou désigner l’auteur de ce mal ; car les Sauvages croyaient volontiers que les uns pouvaient être la cause des maladies survenues aux autres.

Et voici ce qui fut donné au Père Irénée de voir pour la première fois ; c’est Sagard qui le raconte. “ Le bonhomme (l’hôte du missionnaire) fit dresser au milieu de sa cabane une espèce de tour ronde avec des paux (pieux) piqués en terre, redoublés en dehors avec des couvertures et des écorces de bouleau pour la rendre noire et obscure, car le diable fuit partout la lumière.

‘ ‘Cela étant fait, il fit entrer dedans un maître pirotois ou magicien pour s’informer du diable qui avait donné ce mal à son frère afin de l’en punir et guérir le malade par le moyen de cette punition. . . Or, le bonhomme ne faisait pas moins des siennes pour découvrir les auteurs de la maladie de son frère, que le maître pirotois dans sa petite tour, car il faisait des gestes et des grimaces admirables, et se démenait et se frappait le visage avec une forme de tambour de basques . . . , il hurlait, il tempêtait et faisait des cris épouvantables qui eussent fait peur à des personnes peu rassurées et encore moins accoutumées à ces charivaris ; et puis tout-à-coup l’un et l’autre faisaient des pauses et demeuraient un petit espace de temps dans un profond silence, au milieu duquel le malade interrogeait son médecin de (sur) l’auteur de son mal, qui lui en contait à plaisir. . .

“ A la fin, après avoir encore bien tintamarré. ., il fut conclu par le pirotois que le mal avait été donné

par un Sauvage fort éloigné de là, sur quoi résolution fut prise qu’on l’enverrait tuer par l’un des frères du malade1. ” Voilà jusqu’à quelle extrémité la superstition conduisait ces misérables peuples.

Le Père Irénée avait vu toute cette scène barbare et avait compris la décision du magicien. Il ne pouvait en croire ses yeux ni ses oreilles ; il s’efforça de faire comprendre à son hôte qu’un tel arrêt ne saurait être exécuté. Peine perdue. Le missionnaire se croyant obligé de faire paraître son indignation à cause de si mauvais desseins, quitta son hôte et se fit reconduire à Québec. Le trop zélé missionnaire n’avait pas encore acquis cette expérience qui fait dire à Sagard qu’il faut supporter les Sauvages et “ souvent dissimuler leur façon de faire avec une grande patience et douceur d’esprit, attendant le temps propre pour recueillir le fruit de la charité2. ”

Le Père Joseph Le Caron alla prendre la place du Père Irénée chez les Montagnais et partit de Québec le 17 janvier 16233 4. Au mois de mai, nous verrons le Père Irénée tenter un deuxième voyage chez ces peuples. En attendant, il catéchisait à Québec. Dans le cours de l’hiver, des Sauvages ayant tué à la chasse “ plusieurs élans en offrirent un aux Récollets de Notre-Dame-des- Anges ; un des leurs vint les en avertir et les prier de l’en-

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