Sagard, Hist. du Canada, pp
La situation devint très grave. Le Frère Charles, le premier, se sentit incapable d’aller plus loin ; le Père Irénée s’efforça de remonter son courage et lui fit. manger un peu de pain qui lui rendit quelque force. Mais les Français qui étaient avec eux sentaient aussi leurs forces les abandonner et le froid les saisir. Ils commençaient à craindre de ne pouvoir atteindre Québec où l’on s’inquiétait sur leur sort, quand il leur arriva du secours.
Le Père Huet, “ ayant dit les vêpres à la chapelle de Québec, comme nous avions accoutumé toutes les fêtes et dimanches, monta sur la montagne prochaine, (le cap Diamant), pour voir s’il découvrirait nos voyageurs1. . . ” Il les aperçut en effet. Allant aussitôt à Notre-Dame-des-Anges, il prit “ un peu d’eau-de-vie avec un peu de vin que l’on garde exprès pour semblables nécessités2; ” et s’en alla à leur rencontre. A mesure qu’il en rencontrait quelqu’un, il le ranimait et le réconfortait, jusqu’au dernier qui était le Père Irénée. Le Père Huet se chargea de son paquet et tous parvinrent enfin sur le soir, à Notre-Dame-des-Anges.
Cette aventure, narrée par Sagard, qui eut l’occasion d’entretenir ceux qui en furent les victimes, est un de ces milles faits dont la vie de nos premiers missionnaires était parsemée ; qui pourra jamais raconter dans leur cruelle et terrible réalité les souffrances du corps endurées par les vaillants pionniers de l’Évangile, alors surtout que pour ap-
prendre les idiomes des Sauvages, pour amener ces barbares à la civilisation et à la vraie foi, ils se vouaient, victimes volontaires et dignes de toute notre admiration, à toutes les privations, à toutes les rigueurs inhérentes à la vie des Sauvages. En présence de tels faits, on se rappelle comme d’instinct les promesses du Christ à ses apôtres de tous les temps. Ils ne les rend pas impassibles, il leur laisse la faculté de souffrir pour son nom, mais il est avec eux ; de sa force divine il multiplie leurs énergies sans rien enlever à leur tempérament plus ou moins sensible et délicat. Dès lors on comprend cette affirmation de Sagard : “Je confesse que je ne pourrais pas vivre ici (en France) un mois sans tomber malade comme j’ai vécu parmi les Hurons un an entier en pleine santé, et que s’il y avait des religieux par deçà qui vécussent de la sorte, tout le monde les aurait en admiration, mais il n’y en a point qui en approchent1 2. ”
Ainsi que nous l’avons dit, le Père Irénée tenta en mai 1623, un nouveau voyage chez les Montagnais. Sagard raconte tout au long cette nouvelle excursion, féconde seulement en épreuves pour le brave missionnaire. Deux chaloupes sous la direction de Sauvages s’en allaient à Tadoussac ; le Père Irénée prit place dans une, le 10 mai, d’après Champlain^ ; celui-ci et Pontgravé leur donnèrent quelques galettes, afin qu’ils prissent un soin particulier du Père ; ils en donnèrent aussi au mission-