Champlain, Œuvres, p
naire. Mais il n’y en eut pas pour longtemps, et ces Sauvages eurent tôt fait de manger et ce qui leur avait été donné et ce qui était au Père Irénée. “ De remède à cela, écrit Sagard, il n’y en a point, il faut laisser manger son bien et ne dire mot pour ce qu’ autrement ils vous appelleraient Onustey, avare et chiche ; il vous est néanmoins permis de faire comme eux, et user de vos biens avec eux mais tous ne peuvent vivre comme les bêtes qui mangent le jour et la nuit pendant qu’elles ont de quoi, et par ainsi il faut laisser passer la fête sans en être, encore qu’elle soit à vos dépens1.
En chemin, il fallut cabaner. Mais soit que les Sauvages eussent mal choisi l’endroit, soit qu’ils ne s’en aperçussent pas, et aussi parce que les chaloupes ne purent aborder sur la terre ferme, il fallut se rendre à terre en marchant dans 1 eau et la vase.
Le lendemain matin on se remit en chemin. Mais quand nos voyageurs arrivèrent à Tadoussac, il faisait déjà nuit ; les vents contraires les avaient fort retardés et de plus ils eurent de la peine a traverser le Saguenay dont les eaux se melent en cet endroit à celles du Saint-Laurent.
La nuit passée, d’autres Sauvages se joignirent à ceux qui avaient descendu le Père Irénée. Ils parlèrent de guerre et les persuadèrent d’y aller avec eux, et de renvoyer le missionnaire à Québec, après lui avoir dit qu’ils le reprendraient dans une autre occasion ; “ tellement, dit Sagard, qu il