Sagard, Hist. du Canada, p
VIEL ET SAGARD
de sa bénédiction, des conseils et de l’autorité d’un si grand prélat, nous reçûmes aussi celle de notre Révérend Père Provincial et partîmes de notre couvent de Paris le 18ème jour de mars l’an 1623, à l’apostolique, à pied et sans argent, selon la coutume des pauvres Frères Mineurs Récollets, et arrivâmes à Dieppe en bonne santé, où à peine pûmes-nous prendre quelque repos qu’il nous fallut embarquer le même jour peu avant minuit, avec un vent assez bon1. ”
Mais le temps changea bientôt ; le navire était encore en face des côtes anglaises, lorsqu’un vent contraire s’éleva. Il fallut louvoyer pendant quatre jours2 pour avancer un peu. Le Père Nicolas Viel fut atteint du mal de mer “ qui l’incommoda grandement et le contraignit de rendre le tribut ordinaire à la mer qui est l’unique remède à la guérison de ces indispositions maritimes3. ” Sagard résista plus longtemps, mais il n’échappa point au terrible mal. “ Grâce à Notre Seigneur, nous avions déjà sillonné pour le moins cent lieues avant que je me ressentisse beaucoup de ces fâcheuses maladies, mais après je m’en trouvai tellement travaillé qu il me semblait n’avoir jamais tant soufiert corporellement au reste de ma vie, comme je souffris pendant trois mois six jours de navigation qu’il nous fallut (à cause des vents contraires) pour traverser