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Sagard, Hist. du Canada, p

YIEL ET SAGARD

“ Je vous laisse à considérer en cette disgrâce, dit Sagard, quelle pouvait être la pensée d’un chacun, car le navire était tellement couché, que si Dieu par sa bonté ne nous eût préservés et (n’eût) changé du tout le temps, c’était fait du navire et de nous1. “ En cet endroit, nous n’étions pas à plus d’un bon quart de lieue de terre, et nous ne pensions pas être si proche, autrement on y eût conduit la plupart de l’équipage avec la chaloupe, pendant ce danger, pour décharger d’autant le navire, et se sauver tous, au cas qu’il se fût encore tant soit peu couché, car il l’était déjà tellement, que l’on ne pouvait plus marcher debout, mais (en) se traînant et s’appuyant des mains. Tous étaient fort affliges et aucun n’eut le courage de boire ni manger, encore que le souper fût prêt et servi et les bidons et gamelles des matelots remplis. Pour moi, j’étais fort débile et eusse volontiers pris quelque chose, mais la crainte de mal édifier m’en empêcha et me fit jeûner comme les autres et demeurer en priere toute la nuit avec mon compagnon, attendant la miséricorde et assistance du bon Dieu.

“ Nos gens parlaient déjà de jeter en mer le pilote qui nous avait échoués. Une partie voulait gagner l’esquif pour tâcher de se sauver, et (mais) le capitaine menaçait d’un coup de pistolet le premier qui s’y avancerait2. ” Ce capitaine était Deschênes que nous avons déjà nomme précédemment.

La nuit se passa toute entière dans cet état.

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