Sagard, Grand voyage du pays des Hurons, pp
La mer étant calme, le navire ne sombra point, et la marée le remit à flot vers les six ou sept heures du matin.
On mit aussitôt à la voile pour se rendre à la rivière de Seudre, que Sagard appelle Suèdre, où devait se faire le chargement de sel pris dans les salins de Marennes ; ce qui permit aux deux Récollets d’aller faire une visite à la ville natale de Champlain.
“ Nous nous désemb arquâmes et n’étant qu’à deux bonnes heures de Brouage, nous y allâmes nous rafraîchir, avec nos Frères de la Province de la Conception qui y ont un assez beau couvent, lesquels nous y reçurent et accommodèrent avec beaucoup de charité1. ”
Le chargement terminé, il fallut revenir à la Rochelle. Un nouveau pilote prit la direction du navire qu’il faillit échouer à son tour. Sagard note que ce pilote, aussi bien que le précédent, et ainsi que le chirurgien du bord, étaient tous trois protestants. Sagard, qui avait le mal de mer, souffrit beaucoup de “ la discourtoisie ” de ce médecin qui seul avait le soin de nous assister, car nous n’en pouvions tirer une seule bonne parole non pas même ceux de sa prétendue religion, qui ne pouvaient approuver sa mauvaise, déréglée et mélancolique humeur, qui domine d’ordinaire, dit Sagard, en ceux qui ont l’âme assise en mauvais heu2. ”
“ Passant devant l’île de Ré, on remplit nos