Sagard, Grand voyage du pays des Hurons; p
VIEL ET SAGARD
tempête, “ l’espace de sept ou huit jours continuels, qu’il semblait que la mer se dût joindre au ciel, de sorte que l’on avait de l’appréhension qu’il se vint à rompre quelque membre du navire, pour les grands coups de mer qu’il souffrait à tout moment . . ; c’est pourquoi on fut contraint de mettre bas toutes les voiles. . . En dînant ou soupant, si nous ne tenions bien nos plats, ils volaient d’un bout de la table à l’autre, et les fallait tenir aussi bien que la tasse à boire, selon le mouvement du navire1... ”
“ Durant cette tempête, le Père Nicolas et le Frère Gabriel se trouvaient seuls un jour, dans la chambre du capitaine, “ où je lisais, dit Sagard, pour mon contentement spirituel, les méditations de saint Bonaventure, le Père (Nicolas) n’ayant pas encore achevé son office, le disait à genoux, proche la fenêtre qui regarde sur la galerie, ” lorsque un coup de mer enfonça une cloison et envahit l’appartement2.
Le navire arriva enfin aux bancs de Terre-Neuve, où l’équipage et les passagers s’accordèrent le plaisir de la pêche de la morue. Sagard n’avait pas encore réussi à surmonter le mal de mer. Il dit avoir souffert “ une grande envie de boire un peu d’eau douce, et nous n’en avions point, parce que la nôtre était devenue puante à cause du long temps que nous étions sur mer et le cidre ne me semblait point bon pendant ces indispositions et