Sagard, Grand voyage du pays des Hurons, p
encore moins pouvais-je user d’eau-de-vie, ni sentir le petun ou merluche, et beaucoup d’autres choses, sans me trouver mal du cœu,r qui m’était comme empoisonné et souvent bondissant contre les meilleures viandes et rafraîchissements. Etre couché ou appuyé me donnait quelque allègement, lors principalement que la mer n’était point trop haute, mais lorsqu’elle était fort enflée, j’étais bercé d’une merveilleuse façon, tantôt couché de côté, tantôt les pieds élevés en haut, puis la tête, et toujours avec incommodité à l’ordinaire1. ”
Le vaisseau continua sa marche en passant au sud de Terre-Neuve et proche du Cap-Breton ; un peu plus loin, c’est l’île aux Oiseaux que Sagard décrit. Enfin on commença à voir la haute montagne qui domine Percé et appelée Table- à-Rolland. Le navire s’approcha de plus en plus de la terre ferme au grand contentement des passagers et jeta l’ancre dans la baie de Gaspé. Les voyageurs furent heureux de débarquer. Nos Récollets firent quelques excursions sur les montagnes environnantes. Sagard rapporte qu’il dessinait “ avec la pointe d’un couteau, dans l’écorce des plus grands arbres, des croix et des noms de Jésus pour signifier à Satan et à ses suppôts que nous prenions possession de cette terre pour le royaume de Jésus-Christ et que dorénavant, il (Satan) n’y aurait plus de pouvoir et que le seul vrai Dieu y serait reconnu et aimé2. ”
Le navire qui avait amené les deux Récollets