Sagard, Grand voyage du pays des Hurons, pp
VIEL ET SAGARD
demeura à Gaspé pour la pêche de la morue. “ Nous nous embarquâmes, dit Sagard, dans une pinace1 nommée la Madeleine, pour aller à Tadoussac2. ” Les vents et les courants contraires leur firent prendre trois jours pour sortir de la baie et doubler le cap de Gaspé. Ils longèrent la côte dominée par les monts Notre-Dame ; à droite le golfe et bientôt l’île d’Anticosti.
C’est alors que les matelots, suivant en cela une de leurs coutumes très anciennes, pratiquèrent le baptême des passagers. Sagard décrit ainsi la cérémonie : “ Un d’entre eux contrefait le prêtre qui
feint de les confesser en marmottant quelques mots entre ses dents, puis les baptise à sa mode en leur versant sur la tête une grande platée d’eau fraîche, les prêche, les exhorte et leur fait tant de mal que pour en être bientôt quittes, ils sont contraints de se racheter de quelques bouteilles de vin ou d’eau-devie, à discrétion. Que si on pense faire le rétif, on empire d’autant son marché, car cinq ou six matelots empoignent le galant et le plongent la tête la première dans un grand baquet plein d’eau, comme j’ai vu faire à un grand garçon qui ne voulait obéir à la loi, laquelle porte, que, comme le tout se fait selon leur coutume ancienne et par récréation, ils ne veulent pas qu’aucun se dédaigne de passer par icelle (loi) mais gaiement et de bonne volonté s’y soumettre3. ” Sagard fait remarquer que les prê-