Sagard, Hist. du Canada, p
Tout se termina de la sorte de part et d’autre.
Sagard donne une preuve qu’il connaissait bien les Hurons quand il écrit dans une autre occasion : “ On ne doit point abuser de la bonté de ces peuples, ni s’assurer par trop à leur patience, pour ce que trop exercée elle se change en furie et cette furie en désir de vengeance, qui ne manque jamais de trouver son temps1. ”
Le grand capitaine de la bourgade de Saint- Joseph s’appelait Auoindaon ; c’était un vieillard d’environ soixante-quinze ans, très affectionné aux missionnaires. Il allait les visiter très souvent, et s’il trouvait les Récollets en prière, les genoux en terre, il s’agenouillait lui aussi auprès d’eux et s’appliquait à imiter leurs gestes et leurs cérémonies. “ Mon Dieu, s’écrie Sagard en se rappelant la conduite de ce Sauvage, réveillez nos tiédeurs et nous échauffez du feu de votre divin amour, car nous sommes pour la piété en quelque chose plus froids que les Sauvages mêmes2 ! ”
“ Ce bonhomme, dit encore Sagard, en parlant du capitaine Huron, m’importuna fort de lui donner un petit Agnua Dei qu’il porta à son col, avec tant de respect et de dévotion, qu’il n’y avait aucun Français qui en fît plus d’état, non pour la beauté de la soie de laquelle il était enveloppé, mais pour la croyance qu’il y avait, lequel il conservait tellement que, peur de le perdre, il le fit encore couvrir d’un autre morceau d’étoffe3. ”