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Sagard, Hist. du Canada, p

“ Ne jamais pardonner ni faire grâce à aucun de leurs ennemis, que par de grands présents. ’r

“ Dérober ce qu’on pourra aux Français ou étrangers, ” sans se faire prendre, sous peine de passer pour avoir peu d’esprit.

“ Assister les malades, ” et assister les pauvres.

“ Recevoir courtoisement les passants qui ne leur sont point ennemis, et se rendre l’hospitalité réciproque. ”

Ne pas s’impatienter pour quelque motif que ce soit, si on “ ne veut être estimé femme ou efféminé, ” à moins qu’il ne s’agisse de faire respecter l’honneur des morts qu’ils estimaient grandement1.

Et puisque nous voilà à parler des morts, rappelons comment les Hurons se comportaient à la mort d’un des leurs.

“ A même temps que quelqu’un de nos Hurons est décédé, écrit Sagard, l’on l’enveloppe dans sa plus belle robe, de telle sorte que le menton touche les genoux" ; ils le lient avec de leurs courroies de cuir, qu’ils font de peau d’élan, ou de l’écorce qu’ils appellent ati. Après que le corps a été enveloppé de sa plus belle robe, il est posé sur la natte où il est mort, couvert d’une autre robe, et dès lors n’est plus sans assistance d’hommes et de femmes ou des deux ensemble, qui se tiennent là en grand silence assis sur les nattes et la tête penchée sur leurs genoux, sinon les femmes qui se tiennent assises

L Sagard, Hist. du Canada, pp. 420, 421.

2. C’est ce que le Père de Brébeuf appelle : mettre en peloton. Relation de 1636, p. 12, édit, de Québec. Le récit du Jésuite confirme celui du Récollet.

SAGARD ET LES HURONS

à leur ordinaire avec un visage pensif qui dénote le deuil.

“ Cependant tous les parents et amis du défunt sont avertis de cette mort et priés de se trouver au convoi, par les plus proches. . .

“ Le capitaine de la police, de son côté, fait ce qui est de sa charge, car incontinent qu’il est averti de ce trépas, lui ou son assesseur, en fait le cri par tout le bourg, et prie un chacun disant : Etsagon, etsagon, prenez courage, prenez courage, et faites tous des festins au mieux qu’il vous sera possible, pour un tel ou une telle qui est décédée. Alors, tous les parents et alliés du défunt, chacun en leur particulier, font un festin dans leurs cabanes, le plus excellent qu’ils peuvent et de ce qu’ils ont à commodité, puis le départent et l’envoient à tous leurs parents et amis à l’intention du défunt, sans en rien réserver pour eux, et ce festin est appelé agachin atiskein, le festin des âmes.

“ Avant que le corps du défunt sorte de la cabane, les femmes et les filles là présentes y font les pleurs et les lamentations ordinaires, lesquelles ne commencent et ne finissent jamais que par le commandement du capitaine ou maître des cérémonies. Le commandement donné, toutes commencent unanimement à pleurer et à se lamenter à bon escient, femmes et filles, petites et grandes, et non jamais les hommes qui démontrent seulement une mine et contenance morne et triste, la tête et les yeux abaissés ; et pour s’y émouvoir avec plus de facilité, elles répètent tous leurs parents et amis défunts, disant : et mon père est mort, et ma mère est morte,

et mon cousin est mort, et ainsi des autres, et toutes fondent en larmes, sinon les petites filles qui en font plus de semblant qu’elles n’en ' ont d’envie, pour n’être encore capables de ces sentiments.

“ Ayant suffisamment pleuré, le capitaine leur fait le holà, et toutes cessent de pleurer comme si elles n’y avaient point pensé. Il y en a qui entremêlent en leurs complaintes funèbres les hautes louanges du défunt et exagèrent ses vertus et prouesses pour en faire regretter la perte, et donner un facile accès à leurs larmes qui autrement seraient souvent taries, car de grâce, sans ces inventions, quelle apparence y aurait-il de pouvoir pleurer une personne à qui vous n’auriez aucune obligation et ne vous serait ni amie, ni parente, ni de connaissance1. ”

Nous avons rappelé plus haut qu’une des maximes des Hurons était de ne se fâcher pour aucun motif, sauf quand l’injure s’adressait aux morts. Sagard confirme ici la pratique de cette maxime. Si l’on reproche à des Hurons la mort d’un des leurs, “ ils sortent aisément des gonds et de la patience, car ils ne peuvent supporter ce ressouvenir et feraient enfin un mauvais parti à qui (le) leur reprocherait ; et c’est en cela et non en autre chose, que je leur ai vu quelquefois perdre patience et se colérer ouvertement.

Au jour et à l’heure assignée pour le convoi, chacun se range dedans et dehors la cabane pour y assister ; on met le mort sur un brancard ou forme

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