Sagard, Hist. du Canada, p. 701 et ss
SAGARD ET LES HURONS
de civière couverte d’une peau, puis tous les parents et amis avec un grand concours de peuple le suivent processionnellement devant et derrière jusqu’au cimetière, ordinairement éloigné d’une portée d’arquebuse du bourg ; où étant tous arrivés, chacun se contient en silence, les uns debout et les autres assis, selon qu’il leur plaît, pendant qu’on élève le corps en haut et qu’on l’accommode dedans sa châsse, faite et disposée exprès pour lui ; car chaque corps est mis dans une châsse à part, bâtie de grosses écorces, et posée sur quatre gros piliers de bois, un peu peinturés, haut élevée de neuf ou dix pieds, environ. ”
Les Hurons avaient coutume, avant de fermer le cercueil d’écorce, d’y placer de l’huile, de la galette, des haches, des couteaux et les armes du défunt.
“ Le corps étant placé et enfermé dans la châsse avec tout son petit équipage on jette dessus la bière deux bâtons ronds, chacun de la longueur d’un pied et gros comme quatre doigts, l’un d’un côté pour les jeunes hommes, et l’autre pour les filles. ” Alors, les plus vifs de ceux-là ou de celles-ci s’en emparent et les autres s’efforcent de les leur enlever. C’était un exercice très violent auquel les jeunes gens d’un côté, les jeunes filles de l’autre se livraient avec d’autant plus d’ardeur que les vainqueurs recevaient des présents.
“ Or, pendant que toutes ces cérémonies s’observent, il y a d’un autre côté un officier monté sur un tronc d’arbre, qui reçoit les présents que plusieurs font à la veuve ou au plus proche parent du défunt, pour essuyer ses larmes, (ce) qui est
une bonne invention, car par ce moyen le deuil en est bientôt passé. A chaque chose qu’il reçoit, il l’élève en l’air à la vue de tous, et dit : voilà une telle chose qu’un tel ou une telle a donné pour essuyer les larmes d’une telle, puis il se baisse et (le) lui met entre les mains. Tout étant achevé, chacun s’en retourne d’où il est venu, avec la même modestie et silence1. ”
Le culte des morts ne s’arrêtait pas là chez les Hurons. “ De dix ans en dix ans, plus ou moins, nos Hurons et autres peuples sédentaires- font la grande fête ou cérémonie des morts en l’une de leurs bourgades. ” Sagard décrit assez longuement cette fête. Nous allons le résumer. Le jour de cette cérémonie était fixé par un conseil général de tous les villages qui voulaient prendre part à la fête. Les femmes tiraient les morts de leur tombe, nettoyaient bien proprement les os, les enveloppaient dans des peaux de castors, ornées à leur mode. De plus, elles recueillaient ce que les parents et amis des défunts donnaient, et en général ils donnaient largement pour leurs morts. Tous se rendaient ensuite à l’endroit désigné. Les chaudières étaient placées sur le feu ; on faisait festin et on dansait pendant tout le temps que durait la fête, plusieurs jours, dix jours d’après Champlain2. Une fosse était creusée en terre, de grandeur voulue pour contenir tous les ossements apportés. Les côtés de la fosse étaient tapissés de peaux de castors, et