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Œuvres, p

SAGARD ET LES HURONS

le fond était recouvert de haches, de chaudières, de colliers, et de tout ce dont les Sauvages pouvaient disposer. Alors les os étaient jetés dans la fosse ; puis d’autres peaux de castors étaient encore étendues sur ces ossements, et ces peaux étaient recouvertes à leur tour de terre ; par-dessus le tout, on plaçait de grosses pièces de bois. Enfin, des pieux étaient piqués tout autour, surmontés d’un dôme. Cela fait, on festinait encore et l’on se séparait pour rentrer chacun chez soi1.

Disons un mot des superstitions des Hurons à la pêche. Sagard, qui les y accompagna en 1623, eut ainsi l’occasion de voir de près les usages suivis par eux. Les Hurons prenaient grand soin des arêtes de poissons. Il ne fallait pas les jeter au feu. Ils en retirèrent celles que Sagard y jeta un jour, en lui disant qu’il y avait certains esprits qui avertiraient les autres poissons de ne pas se laisser prendre puisqu’on traitait ainsi leurs os.

“ En chacune des cabanes de la pêche, il y a un prédicateur de poissons qui a accoutumé de les prêcher ; s’ils sont habiles gens, ils sont fort recherchés, paice qu’ils croient que les exhortations d’un habile homme, ont un grand pouvoir d’attirer les poissons dans leurs rêts. Celui que nous avions s’estimait un des plus ravissants, aussi faisait-il beau le voir (se) démener et des mains et de la langue quand il prêchait, comme il faisait tous les soirs, après avoir imposé silence, et fait ranger un chacun en sa place, couché de son long, le ventre en haut comme lui.

1 7 Sagard, Hist. du Canada, p. 718 et ss.

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Après avoir assuré les poissons que les Hurons ne leur faisaient aucun mauvais traitement et ne brûlaient pas leurs os, le prédicateur huron “ les exhortait, les conjurait, les invitait et les suppliait de venir, de se laisser prendre et d’avoir bon courage et de ne rien craindre, puisque c’était pour servir à leurs amis qui ne brûlent point leurs os. ” Au capitaine qui disait par après à Sagard, “hé ! mon neveu, voilà-t-il pas qui est bien, ” le Récollet répondit : “ oui, mon oncle, mais toi et tous vous autres Hurons avez bien peu de jugement de penser que les poissons vous entendent et ont l’intelligence de vos sermons et de vos discours1. ”

C’était là une des nombreuses superstitions que les missionnaires devaient, avec force et prudence, s’efforcer de détruire, pour tracer à la vérité la voie par où elle devait pénétrer dans l’âme naïve de ces grands enfants des bois.

Un fait qui se produisit au printemps de 1624, il y avait donc alors une dizaine de mois que les trois Récollets évangélisaient les Hurons, prouve, avec plusieurs autres que nous ne citerons pas, que les missionnaires acquéraient de la considération auprès de ces peuples, que leurs enseignements ne demeuraient pas stériles, et qu’avec le temps la vertu se développerait aussi bien dans ces âmes incultes, que dans d’autres plus policées. En avril et mai 1624, il plut beaucoup chez les Hurons ; tellement que ces pauvres Sauvages virent leur récolte de blé d’Inde fort compromise, si le beau

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