Sagard, Hist. du Canada, pp
SAGARD ET LES HURONS
temps ne revenait au plus tôt. Bien entendu, ils eurent recours à leurs jongleries habituelles et leurs sorciers employèrent tous les moyens connus pour apaiser, selon leur façon de parler, l’esprit des nuages et ramener un bon soleil de printemps. Malheureusement ou plutôt heureusement, rien n’y fit.
Ils tinrent conseil et résolurent d’avoir recours aux missionnaires. Tout d’abord, un tonneau d’écorce fut placé au milieu de la cabane du capitaine et ordre fut donné à chacun d’apporter, celui qui avait un champ ensemencé, une écuellée de blé d’Inde, celui qui en avait deux, deux écuellées, et ainsi des autres, pour en faire présent aux missionnaires. Cela fait, ils envoyèrent un Français nommé Grenolle, chercher un Récollet. Ce fut Sagard qui s’y rendit et prit place à côté du capitaine. Celui-ci lui dit : “ Mon neveu, nous t’avons envoyé quérir pour t’aviser que si les pluies ne cessent bientôt, nos blés se pourriront et toi et tes confrères avec nous, mourrons tous de faim. Mais comme vous êtes gens de grand esprit, nous avons eu recours à vous et espérons que nous obtiendrons de votre Père qui est au ciel, quelque remède et assistance à la nécessité présente qui nous menace d’une totale ruine.
“ Vous nous avez toujours annoncé qu’il était bon et avait tout pouvoir au ciel et sur la terre, si ainsi est qu’il soit tout puissant et puisse ce qu’il veut, il peut donc nous retirer de nos misères et nous donner un temps favorable et propice , prie-le donc avec tes autres confrères, de faire cesser les
pluies et le mauvais temps, qui nous conduit infailliblement dans la famine, s’il continue encore quelques temps, et nous ne te serons pas ingrats, ni méconnaissants ; car voilà déjà un tonneau de blé que nous t’avons dédié, en attendant mieux1. ”
Il fallait répondre et montrer qu’en effet Dieu est tout puissant et qu’il pouvait les aider, mais aussi qu’il a le droit de ne pas toujours exaucer nos prières, qu’il est très bon même quand parfois il ne nous écoute pas. Et Sagard donna un exemple :
Voilà deux de tes petits enfants, dit-il au capitaine, Andaracouy et Aroussen, quelquefois tu leur accordes ce qu’ils te demandent et d’autrefois non, que si tu les refuses et les laisses contristés, ce n’est pas par haine que tu leur portes, ni pour le mal que tu leur veuilles, mais parce que tu juges mieux qu’eux que cela ne leur est pas propre ou que ce châtiment leur est nécessaire. Ainsi en use Dieu notre Père très sage envers tous ses petits enfants et serviteurs2. ”
C était bien dit et l’exemple était bien choisi. Mais écoutons la réponse du capitaine : “ Mon
neveu, il n’y a point de comparaison de vous à ces petits enfants, car n’ayant point d’esprit ils font souvent de folles demandes et moi qui suis père sage et de beaucoup d’esprit je les exauce ou les refuse avec raison. Mais pour vous qui êtes grandement sages et ne demandez rien inconsidérément eVqui ne soit bon et équitable, votre Père qui est