Sagard, Hist. du Canada, p
SAGARD ET LES HURONS
au ciel n’a garde de vous éconduire ; que s’il ne vous exauce et que nos blés viennent à se perdre, nous croirons que vous n’êtes pas véritables et que votre Jésus n’est point si bon et si puissant que vous nous avez annoncé1. ”
C’est le cas de dire que bien souvent la réponse d’un enfant est plus embarrassante que les arguments en forme d’un savant. Il n’y avait pour Sagard, en face de ces gens encore trop ignorants et incapables de saisir les distinctions à faire entre l’ordre spirituel et l’ordre temporel, que deux voies pour sortir de là. Il fallait relever hautement la puissance du vrai Dieu et sa bonté. Sagard leur rappela plusieurs circonstances dans lesquelles ils avaient expérimenté son secours. Il fallait ensuite avoir une pleine confiance que dans le cas actuel, où le salut de ces âmes était engagé, et sa gloire en jeu, Dieu ne refuserait pas le bienfait temporel demandé par les Hurons. Sagard leur promit l’assistance divine pourvu qu’ils voulussnt enfin s’instruire, quitter leurs mauvaises habitudes et se corriger. ܧ
Le blé d’Inde fut porté à la cabane des Récollets. Sagard avertit les Pères Viel et Le Caron “ de tout ce qui s’était passé et qu’il fallait sérieusement et instamment prier Dieu pour ce pauvre peuple, à ce qu’il daignât les regarder de son œil de miséricorde et leur donnât un temps propre et nécessaire à leurs blés, pour de là leur faire admirer ses merveilles. ” Us se mirent en prières et récitèrent les
l.f Sagard, Hist. du Canada, p. 532
litanies et autres prières en faisant le tour de leur cabane. Le Seigneur exauça sur-le-champ leur demande et le beau temps revint et persista “ environ trois semaines au grand contentement et admiration des Sauvages qui, satisfaits d’une telle faveur céleste, nous en restèrent fort affectionnés, avec délibération de faire passer en conseil que de là en avant ils nous appelleraient pères qui était beaucoup gagner sur leur esprit, et à nous une grande obligation de rendre infimes grâces à Notre Seigneur qui nous avait exaucés, vu qu’ils n’usent jamais de ce mot (de père) qu’ envers les vieillards de leur nation et non envers les étrangers1. ”