CHAPITRE XXIII
A Québec, l’hiver s’était écoulé paisiblement.
Champlain avait employé les ouvriers à préparer les matériaux, le bois surtout, pour la continuation du fort Saint-Louis, et pour la reconstruction, sur des plans plus amples et mieux aménagés, de l’habitation, qui, à part le magasin, menaçait ruine.
Le printemps arrivé, ces travaux furent mis en marche. En même temps les barques, les chaloupes et tout ce qui servait pour la traite, était réparé et mis en état, en attendant l’arrivée des vaisseaux de France.
Le 21 mai, Champlain envoya un canot à Tadoussac ; les trois hommes qui en furent chargés devaient y attendre le sieur de Caen. Le 2 juin • arriva à Québec une chaloupe ayant à son bord un pilote nommé Gascoin et cinq ou six matelots. Gascoin était arrivé de France sur un vaisseau de soixante tonneaux chargé de “ quelques cents barils
de pois, sept tonneaux de cidre, vingt-quatre barriques tant de biscuit que de galette1. ” Les hivernants en furent grandement réjouis, “ d’autant, écrit Champlain, que nous n’avions des farines et cidres que jusqu’au 10 de juin2. ” On peut aisément concevoir par là la triste situation des Français de Québec, si les navires de la compagnie n’avaient pu se rendre chaque année au Canada. Cette année-là, 1624, de Caen eut précisément un de ses vaisseaux capturé par des Flamands; ce contretemps lui causa un retard de douze jours.
Au 24 juin, on n’avait encore aucune nouvelle au sujet du sieur de Caen. Homme prudent et avisé, Champlain prit les moyens de pourvoir aux nécessités de Québec, au cas où le vaisseau attendu n’arriverait pas. Si au 15 ou 16 juillet, Gascoin, envoyé à Tadoussac, ne voyait rien venir, »il devait aller à Miscou et prier de la Raide, qui y faisait la pêche, de secourir Québec.
Le 28 juin arriva la nouvelle de la descente des Hurons, Algonquins et Nipissiriniens pour la traite. “ Le 1er du mois de juillet, du Vernay qui était allé aux Hurons, arriva dans un canot, qui nous apporta nouvelle certaine de la descente des'Sauvages à la rivière des Iroquois, et de la mort d’un Français, qui avait été mon serviteur3 ; et que le Père Nicolas était resté avec neuf Français, étant revenu quatre de nos hommes4. ” Du Vernay