Champlain, Œuvres , p
saint François d’ Assise. Le Père Massé, qui se souvenait toujours de sa mission en Acadie, en entretenait ses étudiants au collège de la Flèche et leur communiquait son zèle pour les missions d’Amérique. Deux d’entre eux, Vimont et Lejeune, envoyés à Paris en 1622, au collège de Clermont, manifestèrent au Père de la Bretesche, Père spirituel, leurs désirs d’aller un jour au 'Canada.
“ Le Père de la Bretesche, a écrit le Père de Rochemonteix, ne pouvait qu’encourager de si beaux désirs. Toutefois, sa sagesse et sa grande délicatesse de sentiments lui découvraient des difficultés là où la pieuse ardeur de ses fils spirituels semblait ne pag en voir. La principale était celle-ci : on ne pouvait envoyer des Jésuites au Canada sans l’autorisation des Récollets ou sans une demande formelle de leur part. Les Jésuites pouvaient-ils, sans manquer à la discrétion, proposer leur concours ? Y avait-il apparence d’un autre côté que les Récollets appelassent jamais à leur secours un Ordre religieux1 ?” “ sans doute, (reprenaient les deux jeunes étudiants), la place est prise ; les Récollets ont reçu en partage ce champ du Seigneur à défricher. Mais le champ est vaste : n’y aurait-il pas place pour deux sociétés religieuses ? Que de tribus sur l’immense territoire de la Nouvelle-
1. P. de Rochemonteix. Les Jésuites et la Nouvelle-France au xvne siècle, i, p. 143. La dernière interrogation sonne faux. Pourquoi prêter aux Jésuites un tel soupçon à l’égard des Récollets, alors que les faits ont prouvé avec évidence combien ce soupçon eût été téméraire de la part des Jésuites s’ils l’avaient eu.
France, que le zèle des Récollets ne peut atteindre ! Que peuvent parmi tant de peuplades distinctes, une dizaine de missionnaires, dont plusieurs sont retenus à Québec pour les besoins de la colonie1 ? ”
Justement ; et voilà pourquoi les Récollets, venus au Canada pour le salut des âmes et la gloire de Dieu, n’hésitèrent pas à faire appel au zèle bien connu des Jésuites et qu’ils maintinrent leur choix malgré leurs amis. Et cette décision si importante leur fait grandement honneur. Et de plus, nous croyons bien volontiers Sagard quand il nous apprend que le Père Irénée Piat, Récollet, et le Père Noyrot2, Jésuite, s’étant rencontres chez le duc de Ventadour, le Père Noyrot déclara que les Jésuites auraient pour les Récollets “ une éternelle obligation3. ”
Le duc de Ventadour avait succédé depuis peu à son oncle le duc de Montmorency comme viceroi du Canada. Ce prince était bien disposé pour les missions. Il avait puisé ce zele dans la direction qu’il reçut d’abord du Père de la Bretesche et puis du Père Noyrot. Et c’est celui-ci qui le poussa à prendre la vice-royaute du Canada. Il (le Pere Noyrot) comprit quelle vive impulsion le duc pourrait imprimer à l’évangélisation des Sauvages de la Nouvelle-France, si l’on parvenait à lui faire
1 p, de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au xvue siècle, x, p. 143.
2 Le Père Noyrot était procureur au collège de Bourges et non Provincial, comme le dit Leclercq. P. de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au xvue siècle, i, p. 150, en note.