Sagard, Hist. du Canada, p
accepter la vice-royauté du Canada. En conséquence, ayant appris que le duc de Montmorency, fatigué de toutes les tracasseries que lui causait sa compagnie des marchands, songeait à se débarrasser de sa charge et à la vendre, il conseilla sans détour au duc de Lévis de l’acheter. “ Il y a, lui dit-il, dans cette haute situation, une magnifique mission à soutenir, des peuplades Sauvages à convertir à la foi par votre entremise. ” Le duc n’hésita pas : il acheta la charge de son oncle et au commencement de janvier 1625, le roi ratifia la cession par lettres patentes1. ”
Sagard nous montre le duc de Ventadour bien disposé à l’égard des Récollets. Leclercq nous apprend que les Pères Georges Le Baillif et Irénée Piat allèrent lui communiquer le désir qu’avaient les Récollets d’introduire les Jésuites au Canada, et que le nouveau vice-roi se montra très favorable à ce projet. Il promit son concours auprès du roi et des associés. Ceux-ci ne voyaient pas d’un bon œil cette affaire. Mais enfin, ils finirent par y consentir, sachant que le passage des Jésuites au Canada n’ajouterait rien à leurs obligations vis-à-vis des missionnaires. Il fut même entendu qu’une réunion du conseil des associés aurait lieu, à laquelle les Jésuites et les Récollets seraient invités2.
Les Récollets ne furent pas prévenus du jour
1. P. de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au xvne siècle, i, p. 149.
2. Leclercq, Premier établissement de la foy, r, pp. 301, 302. Sagard, Hist. du Canada, p. 864.
fixé ; en sorte que seuls les Jésuites assistèrent à cette réunion1. Comment cela se fit-il ? Il s’y passa quelque chose de louche qui assombrit, pour un moment, les relations pleines de cordialité des Récollets et des Jésuites.
“ Dès le lendemain matin, raconte Sagard, étant en ville (à Paris) je rencontrai fort à propos une personne de qualité intéressée dans le parti, avec lequel m’abouchant, il m’avertit de tout le résultat du conseil, et comme les Révérends Pères Jésuites avaient obtenu la nourriture de deux religieux, de six que la compagnie nous entretenait de tout temps, et par ainsi réduit notre nombre de six à quatre, ce qui ne fut pas pris à bon augure.
“ Cet avertissement donné, je fus trouver Monseigneur le Duc de Ventadour, auquel je fis mes plaintes et le priai d’y remédier, comme il fit promptement, commandant au sieur Girard son secrétaire d’en écrire de sa part à Messieurs les Directeurs et chefs de l’embarquement à Dieppe, afin qu’ils avertissent les Révérends Pères Jésuites, que l’intention de la compagnie n’était pas qu’ils prissent part à la nourriture de six Récollets que depuis plusieurs années en çà les compagnies ancienne et nouvelle avaient entretenus dans le Canada, autrement qu’il leur révoquait son consentement, à quoi les Pères obéirent promptement et se soumirent aux volontés du Seigneur Duc2. ”
1. Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p. 302. Sagard, Hist. du Canada, pp. 864, 865.