Le Sault-au-Rccollet, p
auraient renoncé à leur voyage, alors que l’année suivante, guère plus avancés dans la connaissance de la langue huronne, ils iront quand même prendre la place du Père Nicolas Viel.
Leclercq confirme Sagard: “ les Pères Brébeuf et Joseph de la Roche d’Aillon, ayant appris cette triste aventure, estimèrent que ce serait une témérité à eux de se confier à ces barbares dans un voyage de si longue traite. Si bien, que par l’avis de ce qui se trouva là de Français des plus sensés et même de quelques Hurons bien intentionnés qui ne répondaient pas de leurs confrères, ils prirent la résolution de descendre à Québec, remettant la partie à une autre année1. ”
Laissons Leclercq nous décrire ce qui s’était passé à la rivière des Prairies.
Après avoir signalé le départ du Père Viel avec les Hurons pour descendre à la traite et à Québec avec un de ses disciples, Leclecrq continue ainsi le récit du drame qui devait suivre : “ il y avait dans la troupe une multitude de Hurons assez honnêtes, parmi lesquels il se trouva quelques brutaux, ennemis de la religion, faisant néanmoins semblant d’aimer et de respecter ce bon Père. Un gros temps écarta les canots, et malheureusement ce religieux se trouva dans le sien avec trois Sauvages scélérats et impies qui le précipitèrent dans l’eau avec son petit disciple Ahuntsic au dernier saut, en descendant à Mont-Royal, dont les eaux rapides et profondes les submergèrent dans un moment. On ne
1. Leclercq, Premier établissement de la foy, i, pp. 323, 324.
sauva que sa chapelle et quelques écrits qu’il avait faits dans des cahiers de papier d’écorce, comprenant une espèce de journal des missions ; il avait laissé son dictionnaire et les autres mémoires aux Hurons entre les mains des Français. L’endroit où ce bon religieux fut noyé est encore aujourd’hui appelé Sault-au-Récollet.
“ Si on peut, continue Leclercq, reconnaître pour martyr ceux qui meurent dans les travaux apostoliques ou par la cruauté des Sauvages de ces contrées, qui n’ont que peu ou point de lumière d’aucune divinité vraie ou fausse, on reconnaîtrait à bon droit le Père Nicolas et son petit disciple pour les deux premiers martyrs du Canada, (le Père Viel) étant d’ailleurs un très grand religieux, qui après avoir vécu en odeur de sainteté n’était passé au Canada que par zèle brûlant du martyre. On ne peut exprimer les travaux et les peines qu’il avait soutenus dans sa mission, selon les rapports des Français dignes de foi. Il y avait fait beaucoup de fruit et enfin on sut par les Hurons mêmes, assemblés à la traite, la manière cruelle dont il avait été mis à mort avec son néophyte que Dieu avait reçu dans sa gloire comme les prémices de la mission des Hurons.
“ Ceux-ci avaient dissipé les ornements à l’exception du calice, on en recueillit les lambeaux dont ils s’étaient fait des affiquets à leur mode. ”
A Québec, “ on lui rendit, ajoute Leclercq, les devoirs et les suffrages ordinaires et on fit son service avec beaucoup de solennité, quoique chacun
fût persuadé que Dieu l’avait déjà mis en possession de sa gloire1. ”
Dans leur mémoire de 1637, les Récollets disent : qu’il “ est mort au dit pays (Canada) plusieurs religieux, entre autres un nommé le Père Nicolas Viel, fort zélé et très docte, que les Hurons noyèrent par dépit, comme il venait à la traite. Les Pères Jésuites ont découvert depuis cette malice comme ils ont mandé en France2 3. ” C’est une allusion à la relation des Jésuites de 1634, daas laquelle le Père Paul Le Jeune dit : “ Depuis la mort d’un pauvre misérable Français massacre aux Hurons, on a découvert que ces barbares avaient fait noyer le Révérend Père Nicolas, Récollet, tenu pour un grand homme de bien0. ” Le meme Jesuite, dans> sa relation de 1636, rapporte un autre témoignage. Des Algonquins de la tribu de l’île, étaient ailes chez les Hurons pour essayer de faire alliance avec eux contre les Iroquois. “ Ils nous firent (aux.- Jésuites) un grand discours comme d’amis, |^qui tendait ou à nous faire quitter tout à fait le pays des Hurons, ou au moins la nation des Ours, comme la plus méchante de toutes, qui avait massacré Etienne Brûlé et le bon Pere Nicolas Recollet avec son compagnon4. ” IVlr l’abbe Beaubien fait ici la réflexion suivante : “ Pour justifier le terme du Père Le Jeune “ massacré ” il faut dire qu’ils les ont
1. Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p. 321 à 323 incl..