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CHAPITRE XXVIII

LE PÈRE LE CARON EN FRANCE

\ u cours de leurs délibérations à Notre-Damei'\ des- Anges, les Récollets et les Jésuites, après avoir destiné à la mission huronne deux des leurs, ainsi que nous l’avons rapporté, jugèrent très important qu’un autre d’entre eux repassât en France pour un plus grand avantage de la foi catholique. Le Père Le Caron fut l’homme de la circonstance.

Il paraît assez certain que sa mission devait consister à solliciter du roi lui-même son concours, moral et des ressources matérielles. Il fallait obtenir que les protestants n’eussent plus la liberté d’en imposer aux catholiques, que le sieur de Caen fut révoqué et remplacé par un chef catholique. Les Récollets avaient déjà exprimé ce désir. Au point de vue matériel, il semble que nos missionnaires de Québec espéraient des aumônes abondantes du roi de France. En tous cas, la mission du Père Le Caron était importante. Le Père Lalemant, dans sa lettre déjà citée, au Provincial des Récollets, écrivait ; ‘ ‘ Le Père Joseph dira a votre Reverence le sujet de son voyage pour le bon succès duquel nous ne cessons d’offrir prières et sacrifices à Dieu. ”

Et le même ajoutait qu’il écrivait aussi à tous ceux qu’il croyait aptes à donner un appui efficace “ si les affaires de France le permettent. ”

Sagard précise davantage la nature de quelquesuns des secours pécuniaires espérés du roi. D’après lui, le Père Le Caron devait ajouter au bienfait de l’arrivée des Jésuites au Canada un autre bienfait dû à la libéralité royale, lequel devait consister “ en quelque bénéfice qu’il attendait du roi pour la nourriture des enfants et nouveaux convertis1. ” Les missionnaires visaient là un moyen très sûr pour l’avancement de la foi et très nécessaire aussi, car le séminaire des Récollets manquait bien plus de ressources que de sujets.

Mais que faut-il entendre par ce bénéfice que le Père Le Caron espérait obtenir du roi ? Suffit-il de dire qu’il entendait par là une abondante aumône pécuniaire de sa Majesté ? Ne serait-il pas plus vraisemblable de penser que notre Récollet et ceux qui l’avaient député auprès du roi espéraient obtenir une fondation de rentes prises sur un bénéfice ecclésiastique dont le roi touchait le revenu, ainsi que plus tard en obtiendra Mgr de Laval pour l’évêché et le séminaire de Québec ?

Pour mieux attirer l’attention et gagner la bienveillance du roi, le Père Le Caron emporta, avec l’intention de les présenter à Sa Majesté, son dictionnaire de langue huronne, et deux autres, de langues algonquine et montagnaise. Le premier était de beaucoup le plus complet.

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