CHAPITRE III
LES ENVOYÉS DE ROME
E' n se rendant à Honfleur où ils devaient s emv barquer, les quatre premiers missionnaires du Canada passèrent par Rouen et s’y arrêtèrent plusieurs jours. A ce propos, Monsieur 1 abbé Auguste Gosselin s’est demandé si les Récollets s’adressèrent à l’Archevêque de Rouen pour recevoir de lui les pouvoirs dont ils auraient besoin au Canada.
Cette question a sa raison d’être car, mais beaucoup plus tard, les Archevêques de Rouen prétendront que le Canada fait partie de leur diocèse et ils y nommeront des Grands V icaires. Le meme auteui répond : “ Nulle part, il n’est question, dans les
documents ou les chroniques de l’époque, de visite ou de demande de pouvoirs à l’Archevêque de Rouen. Qu’avaient-ils besoin de ces pouvoirs ? Ils avaient ceux du Saint-Siège .
Les Récollets eurent bien cependant quelques relations avec l’Archevêque de Rouen, puisque celui-ci était le Cardinal de Joyeuse que nous
1. L’abbé Auguste Gosselin, La Mission du Canada avant Mgr de Laval , Evreux, 1909, p. 15.
avons vu présider la chambre du clergé aux Etats généraux. Le Père Jamet nous dira bientôt, qu’au moment du départ des Récollets, pour le Canada, le Père Le Caron eut une entrevue avec le Cardinal de Joyeuse. Le Cardinal en profita pour demander qu’on lui envoyât des renseignements sur le Canada. Mais l’abbé Gosselin est entièrement dans le vrai en affrmant que l’Archevêque de Rouen n’eut rien à voir aux pouvoirs des Récollets.
Son assertion est l’écho de ces paroles de Sagard : “ Mais pour ce que la chose était d’importance et qu’elle ne pouvait être bien faite que par les voies ordinaires et bienséantes aux Religieux de saint François, nous eûmes recours à Sa Sainteté pour en avoir les permissions nécessaires1. ”
Nous trouvons dans la conduite des deux Récollets de la Province de l’Immaculée-Conception, venus à Paris en 1614, pour accepter les missions du Canada, une autre preuve de l’esprit, vraiment romain des uns et des autres. Quand le Nonce apostolique leur eut dit qu'il n’avait pas de pouvoirs à leur communiquer, qu’ils devraient s’adresser à leur Général pour les obtenir de Rome, et comme par ailleurs, ils n’avaient pas le temps de les demander avant le départ des navires en 1614, ces deux Récollets, ainsi que nous l’apprend Champlain, “ne voulurent pas entreprendre le voyage (du Canada) sur le pouvoir du Père Du Verger, craignant qu’il ne fut pas assez authentique et sa commission valable2. ”