Sagard, Hist. du Canada, p. 5S
revinrent tous deux immédiatement à la cabane de Kakemistic ; celui-ci était arrivé. Il raconta qu’ayant fait rencontre de deux ours, il les avait tués et en apportait une partie, qu’il enverrait chercher le reste le lendemain.
L’enfant cependant déclinait. Le Sauvage et sa femme disputaient ensemble. Kakemistic était pour le baptême ; sa femme, n’avouant pas qu’elle eût consenti, s’y opposait maintenant, disant “ que cette eau du baptême ferait mourir son enfant1. ” Les deux missionnaires obtinrent toutefois son consentement et le Père Lalemant baptisa l’enfant qui mourut vers le soir. Des Sauvages se mirent fort en colère contre les missionnaires parce que selon eux, en baptisant l’enfant, ils l’avaient faite mourir. Ils en vinrent jusqu’aux menaces2.
Les parents eurent un grand chagrin de cette perte ; “on consola les pauvres gens du mieux que l’on put ; après quoi le Père Joseph leur demanda le corps de la défunte, qu’ils avaient enveloppé à leur mode, pour la mettre en terre sainte au cimetière proche Québec. Mais le pauvre homme était tellement passionné pour sa fille morte, qu’il la voulait garder et la porter partout où il irait, disant que puisque son âme était au ciel, elle prierait Latahoquan, qui est le Créateur, pour sa famille, et qu’elle n’aurait jamais faim. Et comme on lui eut dit qu’à la fin il se lasserait d’un tel fardeau, il répondit que du moins il ne la voulait pas enterrer