‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 259 sur 344 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

le petit louis

, 'histoire du petit Louis, Naneogauachit1 de 1 son nom sauvage, est un de ces faits assez fréquents dans les annales de la propagation de la foi. Il nous révèle d'une part l’empire tyrannique du démon sur une âme païenne, les efforts furieux, les tentatives étonnantes que la Providence lui laisse faire parfois pour ne pas perdre sa proie ; d’autre part, ce fait nous apprend les belles qualités du cœur et de l’esprit cachées sous des dehors sauvages, l’influence et la puissance de la grâce. De plus, l’histoire du petit Louis nous représente quelques scènes de ce qui se passa à Quebec au

printemps de 1627. .

Naneogauachit était le fils de Choumm, Montagnais, celui-là même chez qui, dans 1 hiver de 1618 à 1619, se cabana le Père Le Caron, au pays des Montagnais, et qui voulut absolument qu un de ses enfants, né en ce temps-là, s appelât Pere Joseph. C’est alors aussi que, lui montrant un autre de ses enfants, encore très jeune, il dit au Pere

1. C’est l’orthographe donnée par Sagard. D’autres ont écrit ce nom Neogaouachit.

Récollet : “En voici encore un autre que je te donnerai quand il sera un peu plus grand, pour envoyer en France, et veux qu’il soit baptisé et vive encore comme toi1. ”

Choumin tint parole et, un jour, on vit arriver à Notre-Dame-des- Anges le brave Montagnais avec son Naneogauachit. “ Père Joseph, dit-il au Récollet, voilà mon fils que je t’ai amené pour demeurer avec toi, ou pour l’envoyer en France, ainsi que tu voudras, je te l’avais promis et m’en acquitte, et te le laisse en dépôt pour en disposer à ta volonté, seulement, je te supplie pour l’amour que tu portes à Jésus, d’en avoir soin, de l’instruire et de le faire son enfant comme tu m’as promis, car je veux qu’il vive dorénavant comme toi et aille en paradis avec toi2. ”

L’enfant n’avait alors que “ neuf ou dix ans seulement, mais il était fort joli, honnête, remarque Sagard, et sentant peu son sauvage non plus que son père3. ” Le Père Le Caron lui demanda s’il voulait demeurer avec lui et puis être baptisé ; l’enfant répondit avec joie affirmativement. “ Làdessus, on lui fait quitter son habit de sauvage qui consistait en un petit capot rouge qu’il avait eu à la traite pour des pelleteries, et (il) fut revêtu d’un petit habit à la française, (ce) qui le consola fort, car il se contemplait, se regardait et s’admirait lui-même avec ce petit habit4. ”

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