Sagard, Hist. du Canada, p
LE PETIT LOUIS
Mais la scène ne tarda pas à changer. Après la joie, les larmes. Il fallait se séparer. Dans ces cœurs sauvages, il y avait une tendresse exquise. Choumin, courageux et ferme pour amener son enfant, perdit contenance pour le quitter. “ Quand il fut question de dire adieu à son enfant, la parole lui manqua, et, fondant en larmes, il n’osait plus regarder son fils, l’objet de ses douleurs, non plus qu’une autre sainte Paule son petit sur le rivage de la mer. ” Néanmoins, s’armant de courage, il “ dit de rechef au Père Joseph : cet enfant est à toi, je te l’ai donné et me suis dépouillé du pouvoir que j’avais sur lui, afin qu’il suive tes volontés, reçois-le donc et en fais comme ton fils, et sur ce (il) partit pour s’en retourner avec les autres Sauvages, chargé de quelque petit présent qu’on lui donna pour essuyer ses larmes1. ”
Mais après le père, ce fut le fils qui perdit courage. “ Or, continue Sagard, ce fut ici bien la pitié, car Naneogauachit voyant partir son père, il n’y eut plus de paix à la maison ; il pleurait, il s’affligeait et voulait à toute force s’en retourner avec lui, sans qu’on pût par aucune douceur lui persuader de demeurer2. ” On finit par faire diversion à son chagrin en faisant appel a sa vanité, très forte chez les Sauvages. On lui enlèverait son habit français s’il voulait s’en aller. Ce sacrifice, très gros pour lui, fut son salut. L’enfant essaya bien encore d’attendrir le Père Joseph pour qu’il lui permît de s’en