Sagard, Hist. du Canada, p
son enfant de le suivre. Celui-ci en souffrit dans son cœur mais n’en dit mot, de peur, croyait-il bien à tort, qu’on l’obligeât à suivre ses parents.
Le samedi-saint, 1627, Choumin revint à Notre- Dame-des-Anges avec un autre Sauvage, bien connu comme grand jongleur. Les Récollets n’ayant pas raison de se méfier du père, le laissèrent monter seul à la chambre où se trouvait l’enfant. Il le tourmenta de nouveau instamment. Le néophyte résista, et lui déclara que, s’il insistait trop, il ne le reconnaîtrait plus pour son père et “ qu’il avait bien peu d’esprit, ” formule très usitée chez les Sauvages, de le détourner d’une chose qu’il lui avait lui-même conseillée.
Choumin, irrité, lui donna un coup de poing dans l’estomac et le jeta à terre. Le Frère Gervais accourut et demanda raison à Choumin de sa conduite. L’enfant prit la parole et dit : “ Ne vois-tu pas bien qu’il n’a plus d’esprit, et qu’il ne sait ce qu’il fait ? Il voudrait que je vous quittasse et que je ne fusse point baptisé, mais je le veux être, et mourrais plutôt à la peine ... ; pour me délivrer de ses importunités, si je vais en France je n’en reviendrai pas, ou bien vous me contraindrez de revenir1. ” Choumin, tancé d’importance, s’excusa sur ses compatriotes et sur quelques Français.
Le lendemain, jour de Pâques, le baptême n’eut pas lieu. Le Père Joseph alla à la chapelle de Québec pour les offices de la journée ; la coutume des missionnaires était d’y aller le matin et d’y demeurer