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Sagard, Hist. du Canada , p

LE PETIT LOUIS

devint très agité. Les religieux, connaissant à présent l’histoire du fantôme, se demandaient s’il n’y avait pas obsession.

A ce moment arriva Choumin avec son jongleur ou sorcier. Choumin faisant l’étonné dit : “ Mon fils veut mourir, mais laissez-moi faire et je le guérirai.” Il s’en alla alors au jardin avec son compagnon, et là tous deux se livrèrent aux jongleries accoutumées pour la guérison d’un malade. Mais l’état de l’enfant empirait toujours. On l’entendait parfois demander le baptême ; il disait que le fantôme qu’il avait vu voulait l’étouffer. Le Père Lalemant lui fit prendre un peu de vin dans lequel il avait fait tremper une relique, le pauvre Sauvage l’avala mais sans soulagement. Alors le Père Joseph lui donna une cuillérée d’eau bénite ; l’ayant bue, il dit : “ Qu’est-ce qu’on m’a fait boire ? Ce mé¬

chant craint bien cela, il l’a fait fuir, et ne me tient plus à la gorge, il est à présent aux pieds du lit. Jetez en dessus. ” Après qu’on en eut jeté, il dit : “ Il n’est plus là, il est sous le lit. Jetez-y en aussi, ” ce qu’ayant fait, l’enfant dit : “ Voilà, il n’est plus céans, il s’est enfui, tant il craint ce que tu lui jettes1. ”

Jusqu’à son baptême, l’enfant fut souvent tourmenté le soir, de la même manière durant une heure, quelquefois deux. Le jour on le laissait aller seul par les bois à la chasse aux écureuils. Il lui arriva d’entendre une voix lui ordonnant de quitter les missionnaires, sinon qu’il en mourrait. Le petit

I, Sagard, Hist. du Canada, p. 554.

Sauvage en eut encore tellement peur que, laissant là son arc et ses flèches, il s’en alla à la course au couvent. Les Récollets le fortifièrent et lui dirent, si l’occasion se renouvelait, de faire le signe de la croix et d’invoquer les noms de Jésus et de Marie. Ils lui mirent au cou un reliquaire contenant une parcelle de la vraie croix.

Les Récollets, “ voyant cet enfant toujours dans les souffrances et que l’esprit malin ne (se) désistait point de ses poursuites, se résolurent de le baptiser le jour de la Pentecôte1. ” Ils en parlèrent à Choumin qui, vaincu enfin, reconnut sa faute, donna son consentement, “ pourvu qu’on lui dise en quel jour de la lune se serait, ” et qu’il tâcherait d’amener plusieurs de ses parents et amis à cette cérémonie.

“ Le samedi de la Pentecôte étant arrivé, le Père Joseph accompagné du petit Naneogauachit et de Pierre- Antoine, allèrent aux cabanes des Sauvages, les prier pour la cérémonie du baptême qui se devait faire en public, après lequel il y aurait festin solennel pour tous ceux qui s’y trouveraient, indifféremment, hommes, femmes et enfants, (ce) qui était le moyen d’y avoir bonne compagnie, car où la chaudière marche, ils sont assez diligents2. ”

Le lendemain, jour de la Pentecôte, la cérémonie eut lieu, mais non en public. Champlain fit remarquer en effet, que ne pouvant jamais se fier aux Sauvages, le bon ordre et la prudence conseillaient de faire la cérémonie devant une réunion moins

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