‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 268 sur 344 · Sagard, Hist. du Canada, p · texte numérisé non relu

Sagard, Hist. du Canada, p

grande place. Là, le Père Le Caron, “ leur fit une exhortation en langue canadienne. ” Il leur parla du baptême, de sa nécessité ; leur dit pourquoi les missionnaires étaient venus dans leur pays. Il leur demanda s’ils ne voulaient pas être instruits et confier leurs enfants aux missionnaires pour être élevés dans la foi.

Il s’adressa particulièrement aux capitaines et leur fit voir qu’ils devaient se faire instruire les premiers, afin que leur exemple entraînât les autres. Il les supplia d’y aviser au plus tôt, car, dit-il, “ en une affaire où (il) va de votre salut, il n’y faut point de remise. ” Il fit ensuite le tableau de la gloire des bienheureux et des tourments des damnés.

A la fin du discours un des capitaines, nommé Chiméourinion, prit la parole et dit : “ Il est vrai que nous n’avons point d’esprit, de voir que depuis douze hivers que tu es ici et que tu nous as tant de fois parlé du chemin du ciel, et de te donner de nos enfants pour être nourris et instruits en ta religion (ils mettent toujours la nourriture avant l’instruction), nous ne t’en avons encore point voulu donner que fort rarement ; et avons négligé notre instruction ... Tu montres bien que tu nous aimes grandement, d’avoir quitté ton pays pour nous venir instruire et endurer tant de mal comme tu as fait pendant deux ou trois hivers, que tu as couru les bois avec nous pour apprendre notre langue.

Si nous allons chez toi, tu nous fais part de tes biens, et nous donnes à manger et à nos enfants ; et pourquoi te serions-nous ingrats et méconnaissants en ne recevant pas tes paroles, puisque tu es

LE PETIT LOUIS

fort puissant et savant, et nous des bêtes rampantes, ou comme (de) petits enfants qui manquent de jugement. Nous voici treize capitaines avec tout cepeuple qui nous est sujet et plein d’amitié pour toi, car tous te connaissent pour bon et pacifique. Nous tiendrons demain conseil pour délibérer sur tes paroles, et puis nous te dirons notre résolution et le désir que nous avons de te contenter et d’amender les fautes passées1. ”

Après lui, parla le capitaine Mahican-Aticq ; il s’appelait autrefois Miristou, mais étant devenu capitaine, en 1622, il avait pris le nom de Mahican- Aticq, qui veut dire loup et cerf. Il en donna pour explication à Champlain que dans son pays “ il n’y avait bête plus cruelle qu’un loup et un animal plus doux que le cerf, et qu’ainsi il serait bon, doux et paisible, mais s’il était outragé et offensé, il serait furieux et vaillant2. ” Sagard l’appelle ordinairement Mahican-Atic-ouche. Ce Capitaine, s’adressant à Pierre-Antoine Pastedechouan, le prit à partie et lui demanda pourquoi il ne faisait point part aux siens de tout ce qu’il avait vu ou appris en France.

Le Père Le Caron répondit pour Pierre-Antoine. Il reprit les Sauvages de ce qu’ils n’ajoutaient pas foi aux récits de son protégé. Puis il ajouta : A II y a appris à parler français et à prier Dieu, à lire et écrire, et beaucoup d’autres choses nécessaires que vous autres ne savez pas, et que, si vous voulez,

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