Sagard, Hist. du Canada, p
3. Sagard, Hist. du Canada, p. 12 — Leclercq, Premier Etablissement de la foy, i, p. 35.
bassement de la foi au Canada par les Récollets. Ces pièces se trouvent, manuscrites, dans le registre des brefs, aux archives du Vatican1.
Tout d’abord, nous constatons par ces documents que le roi de France, par l’intermédiaire, sans nul doute, de son ambassadeur à Rome2, demanda au Général des Franciscains d’envoyer de ses religieux au Canada. Pour faire droit à cette requête, le Général des Franciscains s’adressa au Pape, source de toute juridiction. La date de ces deux démarches n’est pas donnée, mais la réponse du Saint-Père porte une date qui nous fixe suffisamment au sujet des deux précédentes. Le placet de Paul V est du 26 mai 1615. En tenant compte de la lenteur des échanges dans les communications à cette époque, de la lenteur aussi religieusement gardée à Rome, on peut fixer assez exactement la demande du roi de France à la fin de 1614, ou tout au début de 1615. Mais il n’est pas de grande conséquence de connaître la date exacte de cette démarche ; le fait en est beaucoup plus remarquable, la requête du Général de l’Ordre est beaucoup plus
1. Archives du Vatican, Reg. Sec. Brev.-Paulus V, 1615, No .5% fol 147 r. à 149 v.
-• Rapprochons de cette demande de l’ambassadeur français à Rome, ce que le Nonce Guy Bentivoglio rapporte dans le bref du 20 mars 1618 : “ Vous pourrez savoir qu’autrefois le Révérendissimo Archevêque Comte de Lyon, Ambassadeur de Sa Majesté très chrétienne vers Notre Saint-Père, ayant requis le Saint-Siège Apostolique et supplié Sa Sainteté, que sur le bon plaisir de Sa Sainteté. . il fut loisible au Révérend Père Provincial des religieux Récollets. d’envoyer quelques religieux du susdit Ordre de saint François. . ’’ etc. . Sagard, Hist. du Canada, p. 13.
LES ENVOYÉS DE ROME
importante et la réponse du Pape est d’un intérêt majeur pour l’histoire de l’établissement de la foi au Canada.
Citons d’abord la requête du Général des Franciscains, ou plus justement du Vicaire Général de l’Ordre. Le Ministre Général, le Père Jean d’Hierro, était décédé le premier novembre 1613. Le 7 décembre de la même année, un Vicaire Général était élu pour gouverner la grande famille franciscaine jusqu’au Chapitre Général ; ce fut le Père Antoine de Tréia1. Il dirigea l’Ordre jusqu’au 2 juin 1618, date du Chapitre Général tenu à Salamanque et qui nomma pour soixante-deuxième successeur de saint François d’ Assise le Père Bénigne de Gênes. Le Père Antoine de Tréia fut nommé évêque de Carthagêne2.
Le Père Antoine, Vicaire Général de l’Ordre, adressa donc à Paul V une supplique dont voici la teneur :
Bienheureux Père,
Frère Antoine de Tréia, Vicaire Général de tout l’Ordre de saint François de la régulière Observance, expose humblement à votre Béatitude que le roi de France, très chrétien, a instamment demandé qu’il (Vicaire Général) envoyât quelques religieux capables, de son Ordre, à l’île (sic) de
1. T. R. Père Othon de Pavie, L’Aquitaine Séraphique, ir, p. 31.
2. T. R. Père Othon de Pavie, L’Aquitaine Séraphique, iv, p. 31.
Canada, dont il est le Seigneur, pour prendre soin par leurs prédications, les confessions et autres fonctions du ministère, de l’Eglise nouvellement établie en cet endroit, pour instruire les Indiens de la doctrine chrétienne, administrer le baptême et les autres sacrements, ainsi que d’autres Frères de ce même Ordre tant aux Indes Orientales qu’Occidentales l’ont fait d’une manière digne d’éloges.
Le suppliant, espérant que de cette entreprise sortiront de grands' biens pour notre sainte Mère l’Eglise, par la naissance d’une nouvelle chrétienté, de même que par le ministère des mêmes Frères, elle s’est merveilleusement multipliée chez tous les Indiens, a volontiers consenti à cette demande (du roi). Mais pour que les Frères se rendent dans cette province avec l’autorité et la décence qui convient à une si grande et une telle entreprise, il (Vicaire Général) demande à votre Béatitude que, selon sa grande bienveillance et clémence, Elle veuille bien leur concéder la même autorité et privilèges que d’autres Souverains Pontifes, prédécesseurs de votre Béatitude, concédèrent aux dits religieux, qui dès le début, quand les Indes furent conquises, furent destinés à ce ministère.
Ensuite, le Vicaire Général de l’Ordre détermine les pouvoirs qu’il demande au Saint-Père pour les Récollets appelés à évangéliser le Canada. Ces pouvoirs, d’après la requête, sont contenus dans diverses lettres pontificales, adressées, deux aux Franciscains et deux aux Jésuites ; les deux premières sont de Léon X, du 25 avril 1521, et d’Adrien AG, du 10 mai 1522 ; les deux autres sont de Gré-
LES ENVOYÉS I)E ROME
goire XIII, datées du 12 août et du 8 septembre
À cette demande du Supérieur Général des Franciscains, le Pape Paul V fit répondre favorablement par ces mots : “ 26 mai 1615, il plaît au Très Saint-Père, aux termes du bref susdit de Grégoire XIII pour les Jésuites, et cela pour dix ans seulement1. ” Ce bref est celui du 8 septembre
Telles sont les premières pièces officielles concernant la venue au Canada de ses premiers missionnaires. Elles prouvent que les Récollets furent bien les envoyés de Rome et de Rome seulement.
Voyons en résumé quelle est la teneur du bref de Grégoire XIII. Tout d’abord, ce Pape renouvelle et confirme les pouvoirs donnés aux Jésuites par Paul III et Jules III, d’absoudre, en pays infidèle, les chrétiens de tous péchés et de toutes censures même de celles contenues dans la bulle in Cœna Domini. Puis il ajoute : “ Et de plus, aux prêtres de la même Société qui ont été une fois approuvés par le Général ou au moins par un évêque, pour prêcher, confesser et célébrer la messe . . . , nous faisons concession et communication de la même permission et faculté, à savoir : que pour l’exercice du ministère, ils ne soient pas tenus de demander à d’autres évêques ou de recevoir d’ailleurs une nouvelle permission et approbation, mais qu’ils puissent sans cela prêcher,
1. “ Die 26 maii 1615, Sanctissimo placet ad instar prædicti brevis Gregorii 13 pro Jesuitis et ad decimum tantum. ”
confesser et célébrer la messe, même en dehors des églises consacrées, sur des autels portatifs, dans un lieu toutefois décent et honnête, même une heure avant l’aurore ou une heure après-midi, au besoin. . et dans les lieux d’où les évêques sont très éloignés, qu’ils puissent se servir d’huiles saintes consacrées depuis deux, trois ou quatre ans, librement, licitement et sans scrupule de conscience, après avoir fait cependant auparavant la diligence requise pour se procurer chaque année l’huile sainte nouvelle. ”
Grégoire XIII concède ensuite une indulgence plénière aux missionnaires décédant soit dans leur mission, soit en y allant, soit en en revenant; une autre indulgence plénière aux missionnaires et aux chrétiens aux conditions ordinaires, à gagner les jours de la dédicace et du titulaire des églises de la Société érigées ou à ériger dans ces pays de mission et en la fête de la Circoncision de Notre Seigneur ; une troisième indulgence de sept ans, à tous ceux qui, contrits de leurs péchés et priant pour l’exaltation de l’Eglise, visiteront, en n’importe quel jour de fête de l’année, une des églises désignées ci-dessus.
Enfin Grégoire XIII accorde que dans chacune des églises précédentes, chaque autel, désigné par les Supérieurs des missionnaires, soit privilégié.
En résumé : pouvoirs très étendus pour l’exercice du saint ministère et l’administration des sacrements, privilège de se servir d’autels portatifs, concession des autels privilégiés, faculté d’user de saintes huiles anciennes, précieuses indulgences,
LES ENVOYÉS DE ROME
tel est le contenu du bref de Grégoire XIII aux Jésuites, en date du 8 septembre 15731.
Or, ce sont ces mêmes pouvoirs, ces mêmes privilèges et faveurs que Paul V accorda, le 26 mai 1615, aux Récollets appelés à introduire la foi catholique au Canada.
Outre le placet de Paul Y, il y a aux archives du Vatican un bref de ce Pape, donné à Sainte- Marie-Majeure, le 10 juillet 16152. Cette pièce est restée presque aussi ignorée que les précédentes. Seul le continuateur des Annales de Wadding Fa connue et la cite presque en entier3.
Or, ce bref est la reproduction textuelle à peu de choses près du bref de Grégoire XIII aux Jésuites. Les noms sont changés évidemment. Le Général des Franciscains prend la place de celui des Jésuites ; le Canada, File du Canada comme il est dit dans le bref, remplace les Indes. Les pouvoirs et les faveurs accordés sont les mêmes, avec la seule différence que Paul V accorde pour 10 ans les pouvoirs donnés pour trois ans par Grégoire XIII.
Aux archives du Vatican, à la suite du bref, on lit cette phrase : “ S’il plaît au Très Saint-
Père, on peut expédier ce bref. Signé : P. Cardinal Aldobrandinus, Silvio Cobellutius4. ” Nous
1. Archives du Vatican, Reg. Secret. Brev. Grég. xm, 1572, no 63, fol 484. Ce bref est donc rentré au reg. de 1572, alors cependant qu’il est daté du 8 sept. 1573.
2. Reg. Secret. Brev. Paul. V, 1615, No 526, p. 147 r. 148 v.