Sagard, Hist. du Canada, p
bruire les cailloux qui sont dedans, et en frappent la terre tantôt du bord, tantôt quasi du plat, pendant que tout le monde danse1. ”
Le Frère Gervais ne put résister jusqu’au bout dans cette cabane où il faisait une chaleur étouffante et où la poussière soulevée par les danseurs devenait aveuglante.
Mais les misérables prisonniers ne sont pas encore arrivés au terme de leurs tourments. “ Ils ont encore des tours à faire avant que de voir la fin de leur tragédie ; les barbares ne sont si fort empressés que de vouloir vider si tôt une affaire où ils trouvent tant soit peu de récréation ou sujet de festiner2. ”
En effet, après la danse vint le festin. Il eut lieu dans la cabane de Napagabiscou, et fut donné par Mécabau son beau-père à cause de son heureux retour. Le Frère Gervais y fut invité et il accepta l’invitation de Mécabau qui l’appelait son petit fils. “ C’eût été l’offenser que de l’éconduire, car ces bonnes gens ne considèrent pas le dégoût que l’on a de leurs sauces ; il faut tout prendre en gré et témoigner le plus que l’on peut qu’on est fort obligé d’avoir part à leur bonne chère et à leur amitié3. ”
Voici le menu du festin : un reste de viande d’élan, vieille, moisie et sale, jetée dans la chaudière sans être lavée, des œufs de canard vieux et pourris, des poissons entiers, des pois, des prunes, du blé d’Inde, le tout bouilli dans une grande chaudière et remué avec un aviron. “ Je vous laisse à penser