Sagard, Hist. du Canada, p
voyé son canot et le deuxième avait traversé à la nage. Le Frère Gervais lui dit qu’il voulait bien aller assister Trégatin, mais comment passer la rivière ? Sans penser au danger, le Sauvage lui proposa de le passer à la nage, ce que le Frère Gervais eut la prudence de refuser. Alors le Sauvage, dont Sagard admire la charité avec raison, repassa seul à la nage la rivière et alla chercher une chaloupe. Frère Gervais y monta après avoir demandé à Marsolet, interprète, de l’accompagner, ce qu’il fit. La pluie et le vent se mirent de la partie et rendirent la courte traversée difficile. Enfin, arrivé à terre, le Récollet, avec quatre ou cinq Français, se rendit auprès du malade. Ils trouvèrent Napagabiscou très mal, ayant des convulsions et une très grosse fièvre, qui firent douter beaucoup de son retour à la santé.
Ayant repris ses sens, après une violente crise, il se tourna vers le Frère et “ lui dit avec un accent plein de dévotion: <l mon frère, il y a longtemps que je t’attendais pour être fait enfant de Dieu, je te prie de baptiser celui qui, préférant les intérêts du ciel à ceux de la terre, ne veut que ce que ton-» Dieu veut, qui est la grâce de le louer à jamais1. ” Olivier et Marsolet, présents, servaient d’interprètes à Napagabiscou et au Récollet.
Celui-ci “ lui demanda s’il y avait longtemps qu’il avait ce désir ; il répondit qu’il y avait plus de trois hivers qu’il en avait fait la demande au Père Joseph, et qu’assurément il avait compris