Sagard, Hist. du Canada, p
NAPAGABISCOU
que sans le baptême on n’allait pas en paradis. Et le bon religieux continuant ses interrogations lui demanda, toujours par les interprètes, s’il connaissait notre Dieu duquel il parlait. Oui, dit-il, aux effets de sa toute puissance et bonté laquelle nous expérimentons et voyons tous les jours devant nos yeux; et quand bien nous ne le connaîtrions qu’en cet univers, le ciel, la terre et la mer qu’il a créés et tout ce qu’ils contiennent pour notre service, comme nous pour sa gloire, ainsi que nous a dit le Père Joseph, cela suffirait pour le confesser ce qu’il est, tout puissant et Dieu par-dessus toutes choses, qui a envoyé son unique Fils en ce monde, pour le rachat des humains.
“ Puis, poursuivant son discours, il dit : Je ne me puis pas souvenir, malade comme je le suis, . de toutes les instructions que le Père Joseph m’a données, mais je crois entièrement tout ce qu’il croit et que tu crois aussi, et veux vivre et mourir dans votre créance, car ceux qui ne sont pas des vôtres ne peuvent jouir de la vie éternelle comme vous ; ils vont dans un feu sous la terre avec les manitous ; c’est ce que j’ai retenu de plus particulier de vos instructions et enseignements ; tu me feras ressouvenir du reste qui m est necessaire à un autre temps, mais auparavant, baptise-moi, mon Frère, car je serai toujours en peine et en doute de mon salut que cela ne soit accompli.
“ Le religieux le voyant dans une si bonne resolution et ferme propos du saint baptême, lui dit qu’il en était fort édifié, mais qu’il fallait de plus être marri des offenses qu’il avait commises contre
Dieu, avec une ferme résolution de n’y plus récidiver et d’abandonner pour un jamais toutes leurs vaines superstitions et de se faire plus amplement instruire s’il revenait en convalescence, ce qu’il promit et témoigna avec des paroles et des soupirs qui ne pouvaient procéder que d’un cœur vraiment touché de Dieu et confus de sa confusion même. Oui, dit-il, je suis grandement fâché de tout le mal que j ai fait en ma vie et d’avoir fait le manitou en tant d’occasions. Tiens, voilà mon sac qui est là attaché a cette perche, prends-le et tout ce qui est dedans et le brûles ou le jettes dans la rivière, fais-en tout ce que tu voudras, car dès à présent, je te promets que je ne m’en servirai jamais ; baptise-moi donc1. ” Les Français, tant catholiques que protestants, dirent qu’il fallait le baptiser. Son beau-père Mecabau, qui un jour demandera
la même grâce pour lui-même, était aussi de cet avis.
Mais le Frère Gervais sut se conduire d’après les règles de la prudence en pareil cas. Il restait encore un obstacle à détruire, et puisque le temps le permettait, le Récollet rappela la fausse opinion répandue parmi les Sauvages, que l’eau du baptême faisait mourir. Il rappela la colère de plusieurs contre les missionnaires depuis le baptême de la petite Ivakemistic, morte le soir même du jour qui la vit naître au ciel. “ Et partant, dit le Frère Geivais, je veux bien t’avertir et tous ceux qui sont ici présents, que ce n’est pas le saint baptême