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qui fait mourir ceux qui le reçoivent, mais au contraire, il donne souvent la santé du corps avec la vie de l’esprit. Donc, que ceux de ta nation ne disent point que l’eau du bapteme t aura lait mourir si Dieu t’appelle de ce monde après icelui, mais que ç’a été pour te délivrer des misères que tu souffres et te rendre bienheureux en paradis. A quoi répondit le malade, qu’il le croyait aussi et que ceux qui croiraient le contraire ne seraient pas sages.
“ Lors son beau-père, ayant ouï ses plaintes et su le mauvais dessein de quelques Sauvages, se leva en sursaut et dit : Je ne sais comment il se peut trouver des personnes de si petit esprit que de croire qu’un peu d eau soit capable de nous faire mourir. A e sait-on pas qu il faut que tous les hommes meurent, baptises ou non baptises, et que nous ne sommes ici que pour un temps ? Ce sont des méchants qui attribuent de si mauvais effets au baptême que ces religieux nous confèrent pour notre salut.
“ Oh ! dit-il en colère, si je rencontre jamais de ces malins, je les ferai tous mourir et ne supporterai jamais qu’aucun tort soit fait à ces Pèies, encore que mon gendre vienne à mourir. Puis se promenant à grands pas, d’un bout à l’autre de la cabane, avec une hache à la main, il disait d’une voix forte : Vous autres de ma nation, (il était Montagnais), et vous mes amis, parlant aux Algonquins, je vous dis que je veux que mon gendre soit baptise, puisqu il le veut être et qu’il en a le dessein depuis un si long temps ; faut-il vouloir du mal à ceux qui nous
veulent du bien, rendre des déplaisirs pour des bienfaits ? Vous avez trop d’esprit pour le vouloir faire ; mais je vous assure que je couperai la tête à tous ceux qui y contrediront, et puis je la porterai aux Français pour preuve que je suis leur ami1. ” Après ce discours véhément, durant lequel il paraissait vouloir assommer tout le monde, tant il se démenait, il se calma “ et s’assit à terre entre le Frère Gervais et le malade ; puis d’une voix douce et pacifique, (il) recommença à parler à l’assemblée en ces termes : “ Mes amis, nous sommes ici assemblés pour une chose de grande importance, qui est le salut de mon gendre ; il est malade comme vous voyez, sans espérance qu’il en relève, et pour ce, faut travailler pour le repos de son âme, par le moyen du baptême qu’on est près de lui donner ; si vous êtes bien aises de ceci, vous serez cause que je vivrai et mourrai content, et par ainsi, vivant et mort, je serai bienheureux2... ”
Plusieurs Sauvages approuvèrent alors la décision du malade. Un autre fit remarquer qu’il fallait avoir peu d’esprit pour croire qu’un peu d’eau fasse mourir, alors que depuis son arrivée à la cabane, on avait jeté plus de quatre sceaux d’eau sur Napagabiscou lui-meme sans le tuer. Cette remarque excita le rire général.
Une grande convulsion saisit alors le malade qui devint froid et sans sentiments. Le Frère Gervais eut peur d’avoir trop tardé ; mais Trégatin