Dr N.-E. Dionne, Samuel Champlain, n, p
• 3. Sagard, Hist. du Canada, p. 895.
la société de Guillaume de Caen et de son neveu Emery avait vécu. Elle avait eu une charte pour onze ans. Il y en avait sept qu’elle trafiquait dans la Nouvelle-France. Richelieu lui faisait perdre quatre ans de bénéfices ; perdre n’est pas le mot ; cette société n’y avait pas droit, puisqu’elle n’avait pas respecté les conditions du traite qui garantissait son privilège.
C’est bien ce que rappelle le début de la charte de la compagnie des cent associés ou de la Nouvelle-France. Tout d’abord, le désir de Louis XIII de fonder une colonie au Canada, pour attirer à la connaissance du vrai Dieu les Sauvages de ces contrées, est mis en relief. Puis l’incurie des deux précédentes sociétés des marchands est dénoncée. Citons quelques passages :
“ Néanmoins, ceux auxquels on avait confié ce soin, avaient été si peu curieux d’y pourvoir, qu’encore à présent il ne s’y est fait qu une habitation, en laquelle bien que pour l’ordinaire on n’y entretienne quarante ou cinquante Français, plutôt pour l’intérêt des marchands que pour le bien et l’avancement du service du roi au dit pays, si est ce qu’ils ont été si mal assistés jusques à ce jour, que le roi en a reçu diverses plaintes à son conseil . . .
“ Ceux aussi qui avaient jusques à présent obtenu par eux seuls tout le commerce des dits pays ont eu si peu de pouvoir ou de volonté de le peupler et cultiver, que ... ils ne se sont mis en aucun devoir ni commencé de satisfaire a ce dont ils s étaient obligés . . . Ces désordres étant parvenus à ce point, Monseigneur le Cardinal a cru être obligé
d’y pourvoir et en les corrigeant suivre l’intention du roi, et faire en sorte que pour aider à la conversion de ces peuples, établissant une puissante colonie en cette province, la Nouvelle-France soit acquise au roi avec toute son étendue pour une bonne fois, sans crainte que les ennemis de cette couronne la ravissent aux Français, comme il pourrait arriver s’il n’y était pourvu. ”
On est déjà loin du mémoire des Récollets de 1621, présenté au roi par le Père Le Baillif, au nom du Canada, et cependant, en lisant ces lignes que nous venons d’emprunter à la charte des cent associés, il nous revient en mémoire ce passage où les Récollets exprimaient au roi leur crainte “ de voir le titre auguste de Nouvelle-France, changé en un autre, soit de Nouvelle-Hollande, Flandre ou Angleterre ; car d’estimer qu’il y ait rien qui (ne) résiste à présent à leur entreprise, c’est se flatter en l’attente d’un malheur inévitable s’il n’y est remédié1. ”
Richelieu, arrivé au pouvoir, voulut y porter remède ; il arrivait trop tard. L’effort qu’il fit fut anéanti par les Anglais qui avaient pris les devants, et Québec guère plus fortifié, guère plus peuplé en 1629 qu’en 1621, ne put résister à leur entreprise. Mais ne devançons pas les événements.
Pour former sa compagnie, Richelieu commença par faire démissionner le vice-roi. Le duc de Ventadour se rendit à sa demande moyennant le remboursement de la somme qu’il avait lui-même payée