CHAPITRE XXX Y
PREMIÈRE ALERTE
|xe la Raide avait quitté Tadoussac le 7 septem- S J bre 1627 pour retourner en France ; Emery ■de Caen demeura jusqu’au 5 octobre dans les eaux canadiennes pour surveiller la pêche de la baleine et voir si cette entreprise aurait du succès. Puis, la petite colonie française, se repliant sur elle-meme, dut penser à couler le mieux possible l’hiver toujours trop long. “ Nous demeurâmes, écrit Champlain, cinquante-cinq personnes, tant hommes que femmes et enfants ; sans comprendre les habitants du pays, assez mal accommodés de toutes les choses nécessaires pour le maintien de l’habitation. . . . , .
“ De ces cinquante-cinq personnes, il n’y avait
que dix-huit ouvriers et (il) en fallait plus de la moitié pour accommoder l’habitation du cap de Tourmente, faucher et faner le foin pour le bétail pendant l’été et l’automne1. ” Dès l’année passée, Champlain avait fait commencer un établissement au cap Tourmente pour l’élevage du bétail. Le
service divin y fut assuré par les Récollets qui édifièrent en cet endroit une petite chapelle.
En septembre et octobre, les Sauvages, venus de “ cinquante et soixante lieues de Québec, ” firent selon leur habitude la pêche de l’anguille/' qui est en abondance en ce temps-là, lesquelles ils font boucaner et les réservent pour en manger jusques au mois de janvier que les neiges sont hautes pour aller à la chasse de l’élan, de quoi ils vivent jusqu’au printemps1. ”
Le 3 octobre, Champlain alla inspecter les travaux au cap Tourmente. Au retour,'- deux Français, “ Henry, domestique de la dame Hébert ” et “ un pauvre manouvrier appelé Dumoulin2, ” ramenant du bétail à Québec, furent tués , par un Sauvage. Champlain fut très affecté par ce funeste événement et il résolut de ne pas laisser impuni ce double assassinat. Les soupçons tombèrent bien sur le vrai coupable, mais comme les preuves matérielles manquaient, la justice ne put suivre son cours.
Toutefois, les Montagnais, qui n’avaient qu’à se louer des Français, regrettaient amèrement le crime commis par l’un des leurs. Pour conserver l’amitié et l’assistance de Champlain, ils décidèrent de lui accorder ce que jusque-là ils avaient toujours refusé. Ils prirent conseil du Père Le Caron. “ Mon fils, lui dit Mécabau, appelé Martin par les Français, il me souvient qu’autrefois Monsieur de Champlain