Champlain, Œuvres, p
PREMIÈRE ALERTE
'Car les Anglais sont arrivés à Tadoussac, et ont envoyé ce matin fourrager et brûler le cap de Tourmente. Ce fut une alarme bien chaudement donnée. . . Il ne faut pas demander s’il fallût tourner visage à Québec plus vite qu’on était venu, mais ayant le vent et la marée contraires, les Pères, (le Père et le Frère) furent contraints de céder à la nécessité, cacher leur canot dans les bois et s’en aller par terre jusques à l’habitation par un temps fort fâcheux1. ” Les Sauvages, dans leurs canots légers, et grâce à leur habitude de l’aviron, voguèrent jusqu’à Québec où ils portèrent la triste nouvelle.
Voici ce qui était arrivé, d’après Champlain et Sagard. La barque ennemie avait jeté l’ancre près du cap Tourmente, puis quinze ou seize hommes s’étaient approchés, en chaloupe, de l’habitation où se trouvaient plusieurs Français parmi lesquels Foucher, Nicolas Pivert, sa femme, Marguerite Lesage et leur nièce. Ceux-ci furent trompés d’autant plus aisément que plusieurs parmi les ennemis étaient d’origine française. Ces derniers dirent que l’année precedente, ils étaient \ enus sur le navire du sieur de la Italde2. C’était chose possible. Ces Français, traîtres a leur patrie, devaient l’être aussi à leur Dieu ; or les protestants ne manquaient pas sur les navires des sieurs de Caen.
Trompés par ces dehors hypocrites, les Français