CHAPITRE XXXVI
HÉROÏQUE RÉSOLUTION
Au cours de cette première entreprise des Anglais contre le Canada, Champlain, nous venons de le constater, sut faire bonne contenance ; car selon sa façon originale de s’exprimer : “ en ces occasions, bonne mine n’est pas défendue. ” Il attendit donc de pied ferme l’ennemi qui ne vint pas. Mais aucun Français ne devait se faire illusion, Champlain moins que les autres. Québec se trouvait très peu pourvu de vivres et de munitions ; l’ennemi avait tout en abondance ; Québec n’avait que quelques hommes pour défendre la place, des hommes décidés, courageux, intrépides il est vrai, mais l’ennemi les accablerait par le nombre. Champlain dit juste. Si les Anglais fussemt montés jusqu’à Québec, ils s’en seraient emparés, malgré la bravoure du fondateur et le patriotisme de tous.
En face de cette perspective, les missionnaires avaient, eux aussi, des mesures à prendre. Ce qui, pour eux, paraissait hors de doute, était que si les Anglais s’emparaient de Québec, les missions si chèrement établies, si péniblement entretenues et développées, seraient entièrement ruinées. Pou-
vait-il leur venir à l’idée que ces protestants fanatiques, stimulés encore par quelques calvinistes Français, doublement traîtres, les laisseraient en paix continuer leur ministère, ou du moins respecteraient leurs personnes et leur domicile ? Ils ne pouvaient attendre une telle conduite d’ennemis de Dieu autant que de la France.
Quel cas fallait-il faire en ces temps difficiles de l’amitié des Sauvages ? Chez le plus grand nombre, l’amitié se mesurait aux présents reçus. Dans les circonstances, les Français, réduits à de dures nécessités, ne pouvaient rien en faveur des Sauvages ; les Anglais au contraire, pouvaient faire des présents considérables aux Montagnais surtout. En sorte que, de fait, il ne fallait guère compter sur les Sauvages. Champlain n’est pas tendre pour eux. Sagard fait remarquer que depuis la dévastation des établissements du cap Tourmente, les Montagnais “ venaient tous les jours donner de fausses alarmes à Québec, dont les uns témoignaient assez ouvertement un désir de changement et d’en voir chasser les Français, sous espérance de mieux que leur promettaient les Anglais1. ” Tous les Sauvages n’avaient pas ces sentiments. Sagard ajoute en effet que certains “ eussent été marris comme de voir blesser la prunelle de leurs yeux2, ” si les Français eussent été chassés du pays.
Un Montagnais que nous connaissons bien,. Pierre- Antoine Pastedechouan, joua un bon tour