Sagard, Hist. du Canada, p
HÉROÏQUE RÉSOLUTION
aux Anglais. Il était à Tadoussac quand les ennemis y arrivèrent. Reconnu par quelques Français au service des Kirke, il fut mandé à bord du vaisseau amiral. David Kirke lui parla français, mais Pierre-Antoine feignit d’abord de ne pas comprendre, jusqu’à ce que le capitaine Michel lui eut dit qu’il le reconnaissait fort bien. L’amiral, désirant utiliser ses services, le fit garder à son bord et bien traiter. Mais le Montagnais voulait sa liberté et, d’ailleurs, il n’avait nulle envie de servir les Anglais. Il inventa un stratagème qui lui réussit. “ Or çà, dit-il un jour au capitaine Michel, que désirez-vous de moi, j’ai toutes les envies du monde de vous servir et de laisser là les Français, car monsieur l’amiral est un très brave homme qui m’a obligé, j usques à ce point de faire tout ce que vous voudrez pour l’amour de lui, mais j’ai pensé aussi qu’étant homme d’honneur, comme vous êtes, vous me ferez aussi la faveur de ne me point manifester aux Français, particulièrement aux Pères Récollets, à qui j’ai l’obligation du saint baptême et de ce que je sais, car ils ne seraient pas contents de ma révolte et ne feraient plus état de moi. Voyez un peu, remarque Sagard, l’esprit du garçon, comme il sait bien accommoder son fait1.
David Kirke désirait trouver un moyen d’attirer les Hurons et autres Sauvages de l’ouest jusqu’à Tadoussac pour avoir leurs fourrures. Pierre- Antoine se chargea d’aller les chercher aux Trois-Rivières, en compagnie de deux de ses frères et de deux autres Sauvages