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Champlain, Œuvres, p

EN ROUTE

“ environ les cinq heures du soir, ” ajoute Sagard1.

C’était la première fois que le départ avait lieu si tard. “ La flotte du Canada partait ordinairement aux grandes mers de mars.2 3 ” Jusqu’en 1615, la date la plus tardive avait été le 13 avril 1608 ; encore faut-il ajouter qu’un des navires avait fait voile le 5 du même mois".

“ Il faut attacher beaucoup d’importance, a écrit l’abbé Beaubien, à ce premier départ des bons Pères Récollets. Sans doute, les missionnaires qui les ont suivis, les Jésuites principalement, ont eu une large part de mérites dans l’œuvre d’évangélisation du pays, et je suis heureux de reconnaître, en passant, leurs immenses travaux. . . ”

Mais “ l’œuvre des premiers Récollets, continue le même historien, si peu connue et si peu étudiée, a laissé sur les rives de nos fleuves, au sein des forêts profondes, sur les bords de nos grands lacs, des souvenirs impérissables de zèle et de dévouement. Saluons donc ce départ héroïque des premiers missionnaires de la patrie4. ”

1. Sagard. Hist. du Canada, p. 22, et aussi Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p. 56.

2. Note de l’abbé Laverdière citant Fournier, Hydrogr., liv. m, ch. xlix. Cf. Œuvres de Champlain, p. 354.

3. En 1603, Champlain partit pour le Canada le 15 mars de Honfleur ; en 1610 le 7 mars, de Honfleur. Champlain, tombé malade, se fit ramener à terre ; le navire lui aussi dut revenir au port d où il repartit le 1er avril, avec Champlain, guéri de son indisposition ; en 1611, le 1er mars, de Honfleur ; en 1613, le 6 mars, de Honfleur. Voir Œuvres de Champlain, pp. 65, 286, 353, 354, 379, 435.

4. L’abbé Ch. -P. Beaubien, Le Sault-au-Récollet. Montréal, 1898, pp. 20, 21.

Ce n’était pas un voyage de plaisir que celui de traverser à cette époque l’Océan Atlantique. Pour trouver quelque attrait dans un voyage sur mer, il fallait plus qu’aujourd’hui avoir le goût des aventures, ne point redouter le péril et être prêt à bien des privations ; il fallait avoir une âme de marin comme Champlain qui a pu écrire : “ entre tous les arts les plus utiles et excellents, celui de naviguer m’a toujours semblé tenir le premier lieu. Car d autant plus qu’il est hasardeux et accompagné de mille périls et naufrages, d’autant plus aussi est-il estimé et relevé par-dessus tous, n’étant aucunement convenable à ceux qui manquent de courage et assurance1. ”

Nous doutons que Marie de Médicis, reine de France, à qui Champlain adressait ces lignes, en 1613, en lui dédiant ses relations, ait été convaincue que la navigation était l’art le plus utile et le plus excellent. En tous cas, le marin saintongeois était bien dans le vrai en affirmant que cet art n’était pas poui les lâches. Avec toutes les commodités modernes, huit jours sur mer paraissent encore trop longs ; que penser alors d’une traversée d’un, de deux et même de trois mois, sur des voiliers mal accommodés ?

Nos Récollets firent un bon voyage. “ Nous fîmes voile, écrit Champlain, avec vent favorable et voyageâmes sans rencontrer de glaces, ni autres hasards, grâce à Dieu, et en peu de temps arrivâmes devant le. Dieu appelé Tadoussac, le vingt-cinquième jour

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