Sagard, Hist. du Canada, p
HÉROÏQUE RÉSOLUTION
causer trop de mal. Un deuxième fut percé en deux ou trois endroits, un troisième se rompit, et les Sauvages qui le montaient se sauvèrent à la nage. Nos voyageurs descendirent à terre pour la nuit, passée “ à l’enseigne de la lune en même hôtellerie, ” écrit Sagard1. Et cette nuit ne fut pas tranquille, car la marée, très forte, atteignit le lieu de leur repos.
Vers les six heures du matin, ils rencontrèrent quatre canots allant chercher des vivres à Québec. Enfin, peu d’heures après, ils atteignirent les Trois- Rivières, “ où était posé un camp de Montagnais et d’ Algonquins, qui les reçurent avec une joie et applaudissement d’un peuple affectionné envers nos pauvres religieux2. ” Le Père Le Caron et le Frère Mohier se cabanèrent dans ce village.
Dieu avait eu pour agréable la généreuse résolution de ses serviteurs. Il se contenta de leur bonne volonté, en ne leur permettant pas d’aller plus loin dans leur sacrifice. Après huit jours passés aux Trois-Rivières, ils apprirent la nouvelle que les Anglais s’en retournaient et reçurent des lettres de Champlain et de Pontgravé, les suppliant de revenir à Québec, puisque le danger, d’abord si imminent, semblait disparaître en s’éloignant.
Cette nouvelle réjouit beaucoup nos deux Récollets ; et ce qui augmenta encore leur joie “ fut l’arrivée de vingt canots Hurons, dans l’un desquels était le vénérable Père Joseph de la Roche, hâlé,